Champions Cup – « Il faut que cette expérience nous serve » : éliminé en quart de finale par l’UBB, son nouveau bourreau, Toulouse doit se remettre au travail pour rebondir en Top 14

Comme l’an dernier, le Stade toulousain a chuté à Bordeaux, face à celui qui l’a éliminé lors des deux dernières éditions dans cette compétition. Mais, au bout d’une campagne européenne trop chaotique, ce groupe devra encore prouver qu’il possède une faculté unique à repartir à l’assaut de titres. Sacré défi.

Il y eut longtemps le Leinster. Cette bête noire, tel qu’on le dit dans le sport, comme pour inventer malédiction qui a finalement peu lieu d’être, lorsqu’il s’agit d’entrer sur un terrain, à quinze contre quinze. Mais, en osant y déceler un aspect plus pragmatique, la province irlandaise a surtout représenté, pendant des années, le plafond de verre d’une génération toulousaine exceptionnelle. Parce qu’elle s’était inclinée à trois reprises, et sur des scores malheureusement trop sévères en rapport à son immense talent, sur la pelouse de l’Aviva Stadium de Dublin. Mais vous savez quoi ? Le propre d’un champion, c’est justement de se nourrir de ce genre de défi, d’en faire même une obsession, pour atteindre le Graal. Son Graal. Et, en mai 2024, les Rouge et Noir ont fait exploser ce fameux plafond, contre ce même et redoutable Leinster, au terme d’une finale d’anthologie à Londres (31-22). Un match sublime, qui lui avait ouvert la voie royale d’un doublé. Chacun se souvient de cette autre finale, de Top 14 un mois et demi plus tard à Marseille, qui avait vu les Stadistes infliger la plus large défaite de l’histoire sur la dernière marche du championnat à l’Union Bordeaux-Bègles (59-3).

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À l’issue de la rencontre, et malgré l’euphorie des siens au cœur du Stade Vélodrome, Ugo Mola avait néanmoins eu ces mots prémonitoires : « On a peut-être bénéficié d’une équipe de Bordeaux-Bègles amoindrie. Elle fera partie du paysage inquiétant des prochaines années. » La suite lui a donné raison. Car, si le Stade toulousain demeure un mastodonte de la Champions Cup dont il est le recordman de titres (six), il a trouvé en l’UBB sa nouvelle limite. Ou son nouveau challenge, c’est au choix.

Il n’y a pas trop de hasard

La saison dernière, c’est déjà à Bordeaux que les hommes de Mola avaient abandonné ses ambitions de conserver le trophée dans la compétition. En demi-finale, sur un score lourd (35-18), après une semaine en enfer du côté d’Ernest-Wallon, avec les pertes de Thomas Ramos et Peato Mauvaka, après celles d’Antoine Dupont ou Blair Kinghorn. Ce qui avait fait dire au manager toulousain, particulièrement mécontent du comportement de ses troupes, voilà quelques jours : « Cela nous avait peut-être servi d’excuse. » Cette fois, il n’y en a pas.

Malgré toute l’activité de Jack Willis, les Toulousains ont chuté sur la pelouse de Chaban-Delmas. MO – Patrick Derewiany

Et, à l’heure de porter un regard sur la nouvelle défaite face au même adversaire en quart de finale, il faut davantage verser dans la pure analyse. Ce qu’a fait Mola, conscient que son équipe avait manqué d’efficacité dans une première mi-temps qu’elle a dominée : « On ne valide pas assez nos temps forts et nos incursions dans la zone de marque. Cela se transforme avec très peu de points. On sait très bien qu’à l’extérieur, il faut être en mesure d’être plutôt réaliste et a minima de convertir pas mal d’occasions, ce qui a été peu le cas. » Et voilà comment l’avance à la pause fut presque un leurre. Ce dimanche, Toulouse, malgré son vécu, n’a pas mis tous les ingrédients nécessaires pour viser une huitième demi-finale d’affilée en Champions Cup. « Perdre fait partie des choses qui nous permettront d’évoluer, disait Mola. On est tombé sur une très belle équipe de Bordeaux qui finit première de la phase de poule, qui reçoit un quart et une demie. Il n’y a pas trop de hasard. » Pas du tout, même, tant cette phase de poule fut chaotique pour Toulouse, avec des revers à Glasgow et les Saracens, plaçant de nombreuses bûches sur son chemin. « Le contexte a été à chaque fois différent, ajoutait Antoine Dupont. Je pense que, sur les secteurs où on a péché à Glasgow et aux Saracens, on a répondu présent. Dans l’engagement et l’intensité, on y était. On ne peut pas se reprocher grand-chose là-dessus. » Certes. Mais lui et ses partenaires ont manqué de maîtrise, nerveuse ou stratégique. À l’image de leur aventure européenne… « On a sûrement laissé trop de plumes dans cette campagne et c’est peut-être après ça qu’on court depuis un certain temps, regrettait Mola. Là, c’est une défaite éliminatoire dans une compétition qu’on a eu du mal à appréhender depuis le début. C’est là-dessus que j’ai un bout de frustration, plus que sur le scénario du match. »

Quand on connaît une déconvenue…

N’empêche, et c’est un petit événement, Toulouse sera absent d’un dernier carré pour la première fois depuis 2018. Cela faisait treize compétitions d’affilée, Champions Cup et Top 14 confondus, que le club se qualifiait au moins pour une demi-finale. Mais, si les joueurs ont pris un gros coup sur la tête – « ils sont déçus, même si ça n’enlève rien à ce qu’on a fait et à ce qu’on sera capable de faire dans quelque temps », affirmait Mola – il est encore trop tôt pour évoquer la fin d’une ère. En Champions Cup, c’est désormais une évidence, l’UBB a pris l’ascendant. Mais il n’y a qu’à jeter un œil au classement du Top 14, où Toulouse caracole en tête, pour comprendre combien l’envie d’aller soulever un quatrième Brennus de rang sera décuplée. Pourront-ils rebondir vite ? « Je vous dirai ça lundi », a évacué Mola. Mais les Stadistes sont déjà passés par là, justement quand ils chutaient au Leinster. Ils ont toujours su se relever.

PLUS INFO  Top 14 - Le samedi des Bleus à la loupe : les Bordelo-Béglais régalent, Macalou n'a pas changé

« Il faut que cette expérience nous serve, promettait Dupont. Quand on connaît une déconvenue, soit on baisse la tête et on arrête, soit on se remet au boulot, on en tire des leçons et on y trouve du positif. Surtout, on essaie d’être meilleurs sur les échéances qui vont arriver. Le groupe a su répondre présent par le passé mais il ne faut pas se dire que ce sera pareil, qu’on se rattrapera et qu’on va remporter le Top 14. Si on ne fait pas plus, si on ne change pas certaines choses, on n’y arrivera pas. On doit le prendre comme un avertissement, pour en faire plus. » Surtout s’ils doivent recroiser cette Union Bordeaux-Bègles, qui les avait poussés jusqu’en prolongation au Stade de France en juin dernier. Vaste programme, et il sera bientôt l’heure de le mettre à exécution.

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