Homme en forme du Stade toulousain et du XV de France ces derniers mois, Anthony Jelonch sait que son rôle, notamment dans le combat et le jeu au sol, sera prépondérant lors du quart de finale à Bordeaux dimanche. La demi-finale perdue de Champions Cup l’an passé, ses deux graves blessures au genou, le poste de numéro 8, son épanouissement personnel… Le Gersois a accepté de se confier avant ce grand rendez-vous.
Face à Bristol, vous avez disputé votre premier match à élimination directe de la saison. Cela lui a-t-il offert une saveur particulière ?
Oui. Déjà, parce qu’on avait tous hâte d’être à ce moment-là, de jouer ce huitième. Puis, je crois que toutes les conditions étaient réunies pour qu’on fasse un bon match. Il y avait du soleil, le Stadium était plein, et il y avait une superbe ambiance. On a su faire le job.
Et on suppose que vous attendiez ces phases finales depuis des mois…
On joue tous pour vivre ces moments-là, et on avait vraiment à cœur de réaliser un gros match. Donc, on était content de faire cette prestation. Cela nous lance pour la fin de saison qui va être palpitante. Et puis, on voulait se qualifier pour atteindre ce quart de finale qui était attendu depuis longtemps. Notamment dans toutes les analyses et les articles.
Vous ne l’aviez pas non plus dans un coin de la tête depuis un moment ?
(sourire) Peut-être. C’est un grand rendez-vous. En tant que compétiteurs, ce qu’on aime le plus, c’est de disputer ce genre de grands matchs-là. Bordeaux, on sait que c’est le champion en titre, donc la meilleure équipe d’Europe la saison dernière.
Comme l’ont dit beaucoup de vos partenaires, on sent que l’intensité est montée d’un cran à l’entraînement, depuis une dizaine de jours…
C’est vrai. À Toulouse, on a ce truc-là. Dès que les phases finales arrivent, tout le monde est plus concentré, et les entraînements sont d’une plus grande qualité encore que le reste de la saison. Chacun a envie d’avoir une place dans les vingt-trois de la feuille de match. Et ça met une très belle émulation dans le groupe.
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Moi, j’ai envie d’être sur le terrain et je veux simplement donner tout ce que j’ai
Vous semblez insister sur le fait que cette bascule existe particulièrement à Toulouse. Est-ce quelque chose qui vous a marqué depuis votre arrivée en 2021 ?
Oui. Ça, je l’ai vraiment senti depuis que je suis à Toulouse : dès qu’on entame les phases finales, que les matchs éliminatoires arrivent, tout le club est beaucoup plus en alerte. C’est juste l’envie de bien faire. Au niveau des joueurs, cela nous permet de faire de très bons entraînements, et donc de le retranscrire sur les matchs.
À titre individuel, vous êtes réputé pour votre calme en dehors du terrain. Est-ce que ça bouillonne plus à l’intérieur dans ces périodes ?
Un peu, quand même (rire). Mais je le vois surtout comme un énorme plaisir. Le moral est souvent bon chez moi. Là, il fait beau la semaine et je sais que je vais jouer des matchs de phases finales. Que demander de plus ? Moi, j’ai envie d’être sur le terrain et je veux simplement donner tout ce que j’ai. C’est pour ça je fais ce qu’il faut pour bien m’entraîner, et être en forme le jour J.
Vous avez disputé les phases finales l’an dernier, mais vous les aviez ratées lors des deux précédentes saisons en raison de graves blessures au genou. Cela vous aide-t-il à mieux apprécier ces rendez-vous ?
Je sais que le privilège que ça représente. Cela a été très dur de manquer ces matchs-là deux ans d’affilée. Il y a eu des très bons résultats (champion de France en 2023 et doublé en 2024, NDLR), et je faisais tout ce qui était en mon pouvoir pour aider l’équipe à être au top. Mais c’est évidemment bien mieux quand tu vis les phases finales en tant qu’acteur…
Après la dernière finale de Top 14, vous disiez que vous vouliez vraiment gagner ce titre sur le terrain avec Toulouse. Vous fixez-vous le même défi en Champions Cup, un sacre qui vous manque en tant qu’acteur ?
En réalité, quand je commence un match en Top 14 ou en Champions Cup, c’est la même chose. Je veux autant gagner l’un que l’autre. Mais, c’est vrai, je n’ai jamais vécu la Coupe d’Europe jusqu’au bout sur le terrain. Donc, si je peux y parvenir cette saison… Je vais tout faire pour, en tout cas.
Que vous inspirent ces retrouvailles contre l’UBB ?
Après la demie de Champions Cup l’an dernier, on s’était retrouvé ensuite en finale de Top 14, et on avait su gagner à notre tour. Mais là, c’est encore différent. Ce sera un tout autre match. On a joué chez eux il y a moins de trois semaines. Le lundi, malgré la défaite, tous les mecs étaient contents d’avoir participé à cette rencontre (lui était en congés, comme beaucoup d’internationaux toulousains, NDLR). Il y a eu beaucoup de rythme, avec 46 minutes de temps de jeu effectif.
Pendant une heure et demie, il n’y a plus de copains
Les équipes alignées ne seront pas les mêmes dimanche, surtout la vôtre. Peut-on en tirer des enseignements ?
Déjà, celui que, contre l’UBB, ce sont toujours des matchs où ça joue beaucoup, où il y a énormément d’intensité. Peu importent les joueurs sur le terrain. Après, à nous de gommer certains points qui nous avaient fait défaut. Je ne sais pas quelle sera la météo mais, quoi qu’il arrive, on s’attend à un très grand match.
Vous vous êtes donc préparé à galoper…
Ah oui ! Il faudra beaucoup courir, et ne surtout pas compter ses efforts de la première à la dernière minute. La seule certitude, c’est que l’UBB sera au top devant son public. Il n’y a qu’à voir tous ses matchs en Champions Cup cette saison, surtout quand les conditions sont réunies. Là-dessus, il n’y aura pas de surprise. On va affronter une équipe très dangereuse, avec un gros paquet d’avants, et des trois-quarts qui vont très vite. On les connaît tous.
Justement, qu’est-ce que ça change de croiser aussi souvent ces joueurs, et d’en côtoyer autant en sélection ?
Toulousains ou Bordelais, quand on est avec l’équipe de France, on est tous potes. On se chambre souvent et on s’apprécie beaucoup. Mais une fois adversaires, pendant une heure et demie, il n’y a plus de copains. Chacun de son côté, on fait tout pour défendre sa paroisse. Notre obsession, c’est d’aller plus loin dans la compétition. C’est vrai pour eux comme pour nous.
Quel goût vous avait laissé la défaite à Bordeaux, en demi-finale l’an dernier ?
Il nous avait laissé à tous un goût amer. Même si Bordeaux avait fait un grand match, on n’avait pas été au rendez-vous. Pas au niveau auquel on voulait être. Ce qu’on avait su rectifier en finale de championnat deux mois plus tard. Mais, si on veut déstabiliser cette équipe dimanche, il va falloir qu’on ait vraiment envie d’en découdre devant.
Effectivement, en finale du Top 14, le pack toulousain avait été redoutable…
Là, il faudra aussi être très efficace sur les rucks. Cela avait été un point noir en demi-finale de Champions Cup l’an dernier. Encore, lors du dernier match à Bordeaux, on s’est fait piquer beaucoup de ballons en deuxième mi-temps sur le jeu au sol, alors que cela s’était bien passé en première période. C’est ce qui avait permis aux Bordelais de revenir dans le match, et de construire cette grosse victoire (44-20).
Le combat et les rucks, ce sont forcément des secteurs qui vous concernent…
Tout à fait. C’est pour ça pour que je voulais faire une grosse semaine de préparation, comme les autres. Tout le monde a beaucoup appris de cette demi-finale perdue à Bordeaux. Et, devant, on sait qu’on devra être au rendez-vous.
Personnellement, vous n’aviez pas débuté cette demie, mais vous aviez fait une entrée en jeu phénoménale. On a d’ailleurs l’impression que ce match vous avait placé sur une excellente dynamique, dans laquelle vous vous trouvez toujours. Êtes-vous d’accord ?
Peut-être. Je pense que cela remonte un peu plus tôt, en fait. Pendant les doublons, lors du match à Clermont (le 16 février 2025, NDLR), ce qui m’avait permis d’être rappelé en équipe de France et de finir le Tournoi sur la feuille de match. Cela m’avait fait beaucoup de bien à la tête.
À ce point-là ?
Oui. Surtout, c’est la période lors de laquelle j’avais vraiment récupéré de cette deuxième opération du croisé. J’avais connu un passage à vide après avoir repris, et c’était dur d’enchaîner les semaines. Ensuite, j’ai été épargné, les blessures m’ont laissé un peu tranquille. C’est beaucoup plus facile d’enchaîner et d’avoir du rythme quand tu joues beaucoup. Aussi, quand tu arrives à t’entraîner correctement, sans douleur, à récupérer également. Pour en revenir à cette demi-finale de Champions Cup, c’est un mauvais souvenir collectif mais elle m’avait vraiment fait du bien et m’avait mis en jambes pour la fin de saison, puis pour la saison suivante.
Avez-vous le sentiment, depuis dix mois, de connaître un réel épanouissement sportif en club et en sélection, voire même un pic de votre carrière ?
Il est vrai que je me sens bien sur le terrain. J’arrive à enchaîner les tâches, à être là au bon endroit. C’est toujours agréable, mais c’est le résultat de tous les efforts faits dans la semaine. Puis, les bonnes performances individuelles, on les doit à celle de l’équipe. Quand elle va bien, c’est le cas à Toulouse ou avec le XV de France, c’est beaucoup plus simple. Quand tu joues avec des mecs d’un tel niveau à côté de toi…
Même si vous avez raté le dernier match en raison d’une pointe à un mollet, vous avez aussi été un homme de base du sacre des Bleus dans le Tournoi…
Ce fut un très bon Tournoi pour tout le groupe, même s’il y a eu cette désillusion en Ecosse. Mais on a su remporter la compétition dans un contexte pas si simple avec une équipe d’Angleterre revancharde. Sincèrement, malgré ma frustration de n’avoir pas pu aider sur le dernier match, j’étais très content de la victoire finale.
Vous venez d’enchaîner huit titularisations en numéro 8. C’est aussi à ce poste que vous avez remporté le Brennus l’an passé. Avez-vous l’impression d’y être davantage fixé, et que ce rôle est celui qui vous va le mieux aujourd’hui ?
J’ai toujours évolué un peu à ce poste-là. Même quand j’étais à Castres ou depuis mon arrivée à Toulouse. Mais là, le fait de jouer beaucoup en 8 avec l’équipe de France et le Stade toulousain, m’aide sûrement à me sentir très bien dans ce rôle. Vous savez, aujourd’hui, le numéro 8 fait presque le même travail que les troisième ligne aile.
En quel sens ?
Désormais, le numéro 8 est beaucoup moins dans le troisième rideau. Il n’y a plus trop de sorties de mêlée, non plus, sur lesquelles c’est le 8 qui avance. En tout cas, avec les trois-quarts que l’a au Stade toulousain, on sait qu’ils aiment prendre le ballon derrière les mêlées et fixer. Franchement, ce poste me va très bien mais, que je joue 6, 7, 8 ou même 4, mon seul but est d’être utile. Dans tous ces rôles, maintenant, il faut beaucoup courir et être sur le premier rideau. Moi, c’est quelque chose que j’ai l’habitude de faire.
Et, que ce soit Antoine Dupont ou Paul Graou, vous avez un de vos meilleurs potes derrière vous !
C’est cool d’avoir Paul et Antoine juste derrière moi. On se connaît depuis longtemps, c’est facile pour communiquer. Disons qu’on arrive à bien s’entendre (rire).
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