En face du jardin de la Villa Antonine, à Béziers, l’épicerie « Les Tilleuls » existe depuis 75 ans. Aujourd’hui, le commerce n’est plus rentable et doit fermer. Un évènement loin d’être anecdotique pour les clients qui se mobilisent et tentent de sauver ce dernier lieu de sociabilité du quartier.
Les barquettes de fraises rouge vif exposées dehors donnent envie de franchir la porte du magasin. Une fois à l’intérieur, on est attiré par les jambons de pays artisanaux mais, rapidement, l’œil s’attarde sur les frigos vides et les étales qui n’en sont pas loin. Les petits commerçants de quartier ont-ils encore une chance ? La triste issue de l’épicerie « Les Tilleuls », en face de la Villa Antonine à Béziers, dit que non.
« La plus vieille épicerie de Béziers », d’après Sylvie sa patronne, va fermer ses portes. Son commerce n’est plus rentable. Ce mercredi 1er avril, elle a rendez-vous avec son comptable pour remplir le dossier de dépôt de bilan, il sera ensuite porté au tribunal de commerce. Une étape très concrète vers la fermeture de cette épicerie qu’elle a reprise il y a douze ans et qui existe depuis 75 ans.
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Beaucoup d’émotions
Un déchirement pour la primeur qui ne parvient pas à retenir ses larmes. Camille, une cliente accompagnée de son jeune enfant, est toute aussi émue de voir que « Sylvie ne s’en sort pas ». L’infirmière est indignée : « Comment cela est-il possible quand on travaille autant, six jours sur sept, en ne prenant qu’une semaine de vacances dans l’année ? » Question rhétorique, elle croit déjà connaître la réponse : « Je vois bien que les personnes de ma génération préfèrent aller au supermarché, tout est au même endroit. Je trouve ça dommage. La qualité n’a rien à voir, ici, les produits sont locaux. »
Les murs de l’épicerie sont familiers de ces conversations à bâtons rompus. Ici, « c’est un lieu de vie », affirme Sylvie. Elle montre, pour preuve, les dessins et autres photophores offerts par les enfants du quartier. Deux clientes confirment : « On vient pour faire les courses et pour passer un bon moment, discuter. C’est un lieu de sociabilité qui va, vraiment, nous manquer. » « En douze ans, certains clients sont devenus des amis », abonde Sylvie.
La fin d’une époque
« Ce n’est pas compliqué, j’ai plus de 70 ans et j’y allais déjà quand j’avais deux ou trois ans. Cette épicerie, je l’ai toujours connue », se remémore Nicole Digout, présidente du comité de quartier Gausselet-Aviateur. Elle estime que « cette fermeture est dramatique ». « Il s’agit du seul commerce du quartier, à titre personnel j’y vais deux à trois fois par semaine », justifie-t-elle.
Alors, avec d’autres habitués, elle se mobilise. Des pancartes sont visibles à l’entrée du magasin, des tracts affirment en majuscule, « sauvons notre épicerie de quartier », et un rassemblement est prévu le samedi 4 avril à 11 h 30. La manifestation sera précédée d’une réunion pour réfléchir aux possibilités, on pense trouver un repreneur ou inventer une alternative comme une coopérative. Bien que touchée par ces gestes, Sylvie n’y croit pas. La fatigue semble avoir éteint son optimisme.
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