Tournoi des 6 Nations – « Ça me fait marrer d’entendre certaines critiques » : Bernard Laporte, ancien sélectionneur fait le bilan du deuxième sacre consécutif des Bleus

Dernier sélectionneur des Bleus à avoir réussi le tour de force de remporter deux Tournoi des 6 Nations consécutifs, c’était en 2006 et 2007, Bernard Laporte porte ici un regard éclairé sur la performance des hommes de Fabien Galthié.

Quelle est la portée d’une seconde victoire consécutive dans le Tournoi ?

C’est la consécration du travail bien fait. C’est peut-être aussi la confirmation de certains joueurs et l’émergence de quelques autres. Après, ça ne veut pas dire qu’on sera champion du monde en 2027. Quand j’étais sélectionneur, nous avons remporté les Tournois 2006 et 2007 sans être sacré quelques mois plus tard. Mais, ça signifie quand même que cette équipe est redevenue une des meilleures sur la scène internationale.

Pensiez-vous de la même façon après la lourde défaite en Écosse ?

Ça me fait marrer d’entendre certaines critiques. Souvenez-vous. Quand j’ai été élu président de la FFR, nous étions la huitième nation mondiale. Tout le monde l’a oublié aujourd’hui. C’est bien de savoir où l’on va mais c’est important de ne pas oublier d’où l’on vient. Les Écossais ont le droit d’être bons, les Français, parfois, un peu moins biens. Mais qui a gagné le Tournoi ?

La France…

Le XV de France, c’est la locomotive de notre sport. C’est pour cela que j’en avais fait la priorité absolue dès que j’ai été élu président. Aujourd’hui, l’équipe de France gagne et on voit, bizarrement, qu’il y a plus de licenciés, plus de spectateurs, des audiences exceptionnelles. Quand j’ai accepté cette mission, c’était pour l’équipe de France essentiellement. Le monde amateur, je ne le connaissais pas particulièrement. Dire le contraire serait prétentieux. Je sentais que ça n’allait pas très bien. Mais je savais aussi qu’une équipe de France forte aurait des répercussions positives sur les étages inférieurs.

PLUS INFO  Top 14 - "De mon vivant, je n’ai jamais vu un joueur aussi complet qu'Antoine Dupont" : la chronique de Xavier Garbajosa

Avez-vous le sentiment que cette victoire dans le Tournoi valide certains choix forts opérés par Fabien Galthié avant le début de la compétition ?

Je vois où vous voulez en venir. Mais qui vous dit que l’équipe de France n’aurait pas fait le grand chelem avec Greg Alldritt, Gaël Fickou et Damian Penaud ? Le rôle du Fabien Galthié, c’est de faire des choix, de sélectionner les joueurs en forme. S’il a choisi de ne pas retenir ces joueurs-là, c’est qu’il pensait que c’était la vérité à ce moment-là. Ça ne veut pas dire qu’ils sont rayés des listes pour autant. Ça montre surtout qu’il y a des jeunes qui poussent. Mais n’oublions pas qu’on n’a pas remporté le grand chelem.

Fabien Galthié a souligné avec force son incompréhension face aux critiques après la défaite en Écosse rappelant la qualité des adversaires. Est-ce une posture pour défendre son bilan ou partagez-vous son point de vue ?

Mais de qui se moque-t-on ? Qui décrète qu’une équipe ou une autre doit faire le grand chelem ? Avant même le début du Tournoi, j’ai entendu que l’équipe de France avait la voie royale pour gagner tous ses matchs. Je ne comprends pas. Tout comme je ne comprends pas toutes ces critiques après la défaite en Écosse. Quand j’entends que les joueurs ne sont plus derrière l’entraîneur, ce sont des conneries. Que l’équipe de France se soit plantée en Écosse, c’est une certitude. Elle a fait un match désastreux. Et alors ? Combien la France a-t-elle fait de grand chelem dans l’histoire ? Moi, ce qui m’interroge, c’est pourquoi elle a pris deux fois 50 points en deux matchs…

PLUS INFO  Pro D2 - Grenoble, la passe de cinq, nouvelle défaite pour Vannes... Nos pronos pour la 14e journée de Pro D2

Justement, n’avez-vous pas sentiment que le niveau de performance des Bleus, après une heure de jeu sublime contre l’Irlande, n’a fait que baisser au fur et à mesure de la compétition ?

On dit souvent que le premier match n’est jamais le plus abouti, mais effectivement cette année, la première heure contre l’Irlande a été un vrai délice. Après, à chaque match suffit sa peine. Et au final, l’équipe de France termine première, c’est le plus important. Désormais, si j’étais Fabien mon objectif serait de construire une équipe capable de battre l’Afrique du Sud. Les Boks vont se présenter comme des ogres. Ça ne veut pas dire qu’ils seront champions du monde. Mais on sait qu’à chaque fois qu’on les affronte, on est dans la difficulté. Il faut donc impérativement retrouver une grosse mêlée et être encore meilleurs sous les ballons hauts.

Le XV de France est-il encore loin du niveau des Boks ?

Loin et proche à la fois. Tout comme cette équipe est loin et proche aussi des All Blacks. Arrêtons de rêver, il n’y a pas que les Sud-Africains. Les Anglais ont montré samedi qu’ils étaient au niveau. Le sport, c’était une remise en question permanente. Et demain, tous les compteurs seront remis à zéro.

Vous évoquez les carences aperçues en mêlée. Êtes-vous inquiet ?

Le rugby français a toujours eu des mêlées dominatrices. Ce n’est plus le cas. Elle n’est pas catastrophique non plus, mais c’est vrai que la perte d’Atonio pèse lourd. Des mecs comme lui, il n’y en a pas à chaque coin de rue. Et pour l’instant, ça n’empêche pas de gagner.

PLUS INFO  La bataille du jeu au pied, le bras de fer au sol... France-Angleterre en trois questions

Avez-vous l’impression que cette génération de joueurs est en passe d’atteindre son pic de performance ?

C’est un ensemble de paramètres qui a permis à cette équipe de gagner. D’abord, Fabien l’a professionnalisé. Certains joueurs sont à leur meilleur niveau et peuvent encore progresser collectivement. Ensuite, de nombreux jeunes émergent. C’est le fruit de la suppression du pôle de France. Je me souviens encore d’Anthony Belleau qui ne pouvait pas s’entraîner avec Wilkinson ou Giteau car il devait aller à Marcoussis. Une hérésie. Désormais, tous ces joueurs travaillent avec les meilleurs et jouent en Top 14. On n’a pas été trois fois champion du monde des moins de 20 ans par hasard.

Globalement, comment avez-vous jugé ce Tournoi au scénario totalement dingue ?

Samedi, je me suis régalé à regarder les trois rencontres. L’Italie qui bat l’Angleterre a été battu par le pays de Galles qui n’avait pas gagné un match. La France domine l’Irlande qui bat l’Écosse alors que les Écossais ont secoué la France. Ça montre que c’est quand même assez équilibré. Mais à la fin, même si ça se joue à une minute près, c’est le XV de France qui gagne. Et tant mieux. Parce que si on avait perdu hier (samedi) en ayant pris deux fois cinquante points, tout le monde aurait la tête dans les rosiers. Fabien et son staff le savent mieux que personne : oui, il y a des interrogations. Il va donc falloir y répondre dans les prochains mois. Mais faites confiance à Galthié, c’est l’homme de la situation.

https://www.rugbyrama.fr/2026/03/16/tournoi-des-6-nations-ca-me-fait-marrer-dentendre-certaines-critiques-bernard-laporte-ancien-selectionneur-fait-le-bilan-du-deuxieme-sacre-consecutif-13274094.php

.

S'inscrire

spot_imgspot_img

A découvrir aussi
Toute l'info à Béziers

Direct. Top 14. Clermont – Racing 92 : tension maximale au Michelin où l’ASM doit impérativement se reprendre… Suivez la rencontre de la huitième...

Bonjour et bienvenue sur Rugbyrama pour suivre le match de la huitième journée de Top 14 entre Clermont et le Racing 92.

Manifestation du 31 octobre à Perpignan: « On vient aussi manifester pour la démocratie », près de 1000 personnes défilent dans le calme

A Perpignan, des centaines de personnes toutes les générations confondues, ont manifesté dans le calme, à l'appel de la CGT dans la matinée de ce samedi 31 octobre. Ce rassemblement contre la vie chère, mais aussi pour la démocratie, s'est déroulé sans heurts, dans une ambiance festive.

Un nouveau site internet pour localiser la tombe d’un défunt dans l’un des cimetières de Montpellier

Il existe désormais un site internet qui permet de rechercher et de localiser la sépulture d'un défunt dans l'un des huit cimetières de Montpellier. C'est rendu possible grâce à un plan interactif en ligne.

Accident de trains en Espagne : une figure de la tauromachie bien connue à Nîmes parmi les nombreuses victimes

Antonio Vázquez, 74 ans, fait partie des victimes de la catastrophe ferroviaire survenue mercredi 28 octobre 2026, en Espagne. Frère cadet du maestro Curro Vázquez et apoderado du matador Pablo Aguado, il était une figure respectée de la tauromachie. Bien connu des arènes de Nîmes, il avait travaillé par le passé avec Simon Casas.