Le livre de Cécile Accariès-Louche plonge dans les années 50 et 60, quand son oncle était concierge des arènes… Le dernier à occuper ce poste.
Les arènes de Béziers, inaugurées en 1897, sont un lieu emblématique du patrimoine culturel et historique de la région. Mais pour certaines personnes, c’est beaucoup plus. C’est le cas de Cécile Accariès-Louche. Cette Biterroise, qui a fait toute sa carrière comme technicienne à l’INRA de Montpellier, a vécu et connu les coulisses des arènes pendant vingt ans, grâce à son oncle qui y a été embauché comme concierge, en 1953. Son livre, qui paraît le 16 mars, est une plongée dans une époque insouciante… et révolue.
Nous sommes devant l’entrée des arènes, on voit des fenêtres de part et d’autre de la grande porte. C’est là que vous avez vécu ?
Oui, c’est bien là. À droite, il y avait deux pièces : la chambre de mon oncle et de ma tante, Casimir et Blanche Accariès, et celle de mes parents avec leurs deux enfants. À gauche, c’était le salon et la cuisine, les pièces de notre vie quotidienne, qui servaient de bureau pendant les spectacles. Il n’y avait pas confort, pas d’eau chaude, mais c’était le cas de beaucoup de logements à l’époque. J’y ai vécu à plein temps de 1953 à 1956. Mes parents ont ensuite déménagé pas très loin, mais j’étais tout le temps chez mon oncle, les jeudis, les week-ends, pendant les vacances. Je dormais là pendant les spectacles, c’est aux arènes que l’on organisait les fêtes de famille.
Vivre dans les arènes, pour une enfant, c’était comment ?
C’était magique. C’était ma maison, mais aussi un terrain de jeu, un monde à part. J’allais à l’école Ernest Renan, un peu plus bas, et on venait là avec mes amies pour des parties de pétanque ou de cache-cache. On allait partout, on avait le privilège d’être dans les coulisses. Une semaine avant les corridas, mon oncle était chargé de réceptionner les taureaux qui arrivaient d’Espagne et le camion de fourrage pour les alimenter. À l’arrière des arènes, près du corral, il avait installé un jardin potager. Je me souviens des rencontres avec le mayoral qui nous parlait de l’Andalousie, la préparation de la chapelle, le contact avec les matadors…
Cette vie dans les arènes vous a-t-elle fait aimer la corrida ?
J’ai vu ma première corrida à 6 ans. Quand j’entends les premières mesures du paso doble, j’ai toujours un frisson, même si personnellement, j’ai toujours eu du mal avec la mise à mort. Mon frère, en revanche, rêvait d’être torero. Les murs de sa chambre étaient entièrement tapissés d’affiches de corrida. Il s’est entraîné, mais, nos parents n’étaient pas d’accord.
Les arènes, à l’époque, c’était aussi une vraie salle de spectacle…
Oui, parce qu’il n’y avait pas toutes les scènes que l’on a aujourd’hui. J’ai donc vécu des concerts prestigieux comme ceux de Johnny Hallyday, Sylvie Vartan, Yves Montand, Eddy Mitchell, Sacha Distel, Georges Brassens. Sans oublier les autres spectacles : les basketteurs des Harlem Globetrotters, le ballet nautique Niagara folies, ou les duels télévisés entre villes organisés par Guy Lux. La famille du concierge pouvait installer des chaises devant la scène, nous étions toujours au premier rang, et on avait un accès privilégié à ces stars. Il n’y avait pas tout cet entourage qu’il y a aujourd’hui.
Votre oncle a-t-il été le dernier concierge des arènes ?
Presque. Lorsqu’il est mort, en 1973, ma sœur l’a remplacé pendant cinq ans auprès de ma tante. Et puis, les chambres sont devenues l’infirmerie. L’espace séjour a été utilisé pour la vente de billets et les tâches administratives. Il n’y a plus eu besoin de concierge.
Contenus de la page
La vie quotidienne de Béziers vue depuis les gradins
À l’ombre des gradins, le livre de Cécile Accariès-Louche, évoque aussi la vie quotidienne de Béziers dans les années 50 et 60. Car à l’époque, la ville était indissociable de ses arènes. « Elles étaient ouvertes au public, toute l’année, explique l’auteure. Mon oncle faisait le guide pour les visiteurs. Et sur la piste il y avait toutes sortes d’activités : des séances d’entraînement de majorettes, des concours de boules, c’est là aussi que les camions de la fête foraine étaient garés. Tout était beaucoup plus informel. Mon oncle a pu faire venir la famille de son frère dans son logement de concierge ; ma tante faisait sécher son linge dans les arènes et il lui est arrivé de l’enlever pendant les corridas ; on voyait le directeur faire les comptes après chaque spectacle, avec ses enfants qui tenaient la buvette… On ne verrait plus ces choses-là aujourd’hui. »
Le livre, abondamment illustré, paraît officiellement le 16 mars, mais il suscite déjà un grand intérêt parmi les Biterrois : les quelques exemplaires mis en vente au Plaza, le restaurant qui fait face aux arènes, sont partis en quelques heures.
Le livre est disponible sur Amazon et au Plaza. Prix : 11,50 euros.
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