Dans le cadre des élections municipales des 15 et 22 mars, Midi Libre Béziers s’est intéressé à différentes problématiques et a demandé à tous les candidats de présenter leur programme sur ces questions. Après le logement, le sport, la jeunesse, l’environnement, voici le dernier volet consacré au centre-ville.
Au 12 de la rue Mairan, derrière la porte de la boutique « Aux histoires d’objets », Pierre Damier, le président de l’association des commerçants du centre-ville depuis plus de 2 ans, garde le sourire. La période est pourtant morose, constate-t-il chaque jour. « Depuis septembre, c’est catastrophique, les gens ont arrêté de vivre. Mais ce qui se passe à Béziers, c’est partout, en ce moment ça va mal. On ne peut pas incriminer la Ville : les gens restent cloîtrés chez eux », analyse-t-il.
Dans les principales artères commerçantes que sont les rues Française, Mairan, du 4-Septembre, de la Citadelle… de nombreuses cellules restent vacantes. Ceux qui restent s’entraident. « On a des commerces spécifiques avec une clientèle minimum pour nous faire survivre, comme l’horloger, la friperie. Mais on ne gagne plus notre vie. Les commerçants sont au bout de la chaîne, on subit tout, on se prend tout dans la figure », lâche, sans détour, ce passionné des instruments de musique. Lui, organise tous les vendredis, une soirée blues avec le restaurant d’en face, L’Amusette. Une initiative qui séduit.
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« C’est compliqué, il y a beaucoup de turn-over et de changements »
Dans ce contexte, l’association peine aussi à mobiliser. « On était une cinquantaine d’adhérents en 2025 mais c’est compliqué, il y a pas mal de fermetures et de réouvertures, beaucoup de turn-over et de changements. »
Et de toute façon, les bonnes volontés, tout comme la rénovation des halles, le retour de Monoprix sur les Allées et toutes les mesures prises par la Ville (aides financières aux travaux, franc biterrois, chèques stationnement…) ne parviennent pas vraiment à inverser la tendance. Côté grosses enseignes susceptibles de drainer du monde en centre-ville, si un temps la Fnac ou Starbucks ont été évoqués, pour l’heure, seule la franchise du glacier Amorino s’est installée au printemps 2025 sur les Allées. « Il y a une difficulté de surfaces disponibles qui ne correspondent pas aux besoins des grandes enseignes. C’est un frein qu’on rencontre », explique Olivier Leyssenot, élu à la CCI de l’Hérault.
« Le parking ? C’est un faux problème, une fausse excuse ! »
Pour Pierre Damier, pour avancer, il faut aussi et surtout tordre le cou à plusieurs idées reçues. « Il faudrait de la pub pour dire qu’il n’y a pas de problème de parking, c’est une fausse idée, une fausse excuse ! On a des tickets qu’on donne aux clients avec jusqu’à 3 heures gratuites dans les parkings souterrains. Le samedi, le stationnement est gratuit. Il y a aussi le nouveau parking de la place De-Gaulle. Et pour ceux qui ne sont pas trop fainéants, il y a le parking gratuit du Pont vieux qui permet d’accéder au centre en 10 minutes à pied et c’est magnifique à faire ! Donc ce n’est pas un problème. Mais les clients veulent garer leur voiture dans le magasin ! », dénonce-t-il. Autre point important à ses yeux : « Ce n’est pas plus cher, dans le centre, qu’au Polygone ou dans la galerie marchande d’Auchan ! » La désertification du centre-ville s’inscrit dans une tendance lourde, appuyée, à Béziers, par une problématique de vacance des logements. Il faudra du temps.
Un office de commerce qui fédère les énergies
Un office du commerce a été créé voilà près de 2 ans pour associer les différents acteurs de la dynamisation du cœur de ville : mairie, Agglo, l’association des commerçants du centre-ville, l’association Béziers artisan centre-ville, la CCI et l’office de tourisme. Cet office est présidé par Philippe Sempéré, également président des Galeries Lafayette. « Le but est de fédérer les énergies », souligne Olivier Leyssenot, Biterrois élu à la CCI. « Pour produire, par exemple, un calendrier homogène des événements et animations tout au long de l’année, ou encore permettre un support aux commerçants. » Autre levier : « On a travaillé sur un parcours marchand, l’idée étant de connecter le flux touristique, d’avril à septembre, de la liaison douce du Faubourg à la cathédrale jusqu’aux halles, aux Galeries Lafayette… grâce à la communication et la signalétique. » « Mais on répond sur ce qu’on maîtrise », ajoute Olivier Leyssenot. Difficile d’agir sur « l’évolution des modes de consommation et la désertification des cœurs de ville. »
Les propositions des candidats
Thierry Antoine (Le Printemps de Béziers, union de la gauche) : « Nous réduirons le prix des parkings »
« Beaucoup d’investissements ont été faits au centre-ville (parfois au détriment d’autres quartiers…) et si esthétiquement il y a une amélioration, force est de constater que la dynamique n’est pas là, avec des magasins fermés, des habitants paupérisés…
Le centre-ville doit être facilement accessible, en voiture (nous réduirons le prix des parkings) mais aussi, c’est l’avenir, en bus à partir de parking plus éloignés, à pied (nous referons enfin les trottoirs), à vélo etc.
Le commerce doit être soutenu, pas en paroles, mais avec des aménagements qui le favorisent ! Remettons des bancs sur les Allées pour que les aînés (et tous les autres) puissent s’y reposer ! »
Julien Gabarron (RN) : « Il faut repeupler le centre-ville »
« Pour relancer le centre-ville, il faut s’appuyer sur un schéma directeur commercial (objectifs clairs d’organisation commerciale), avec un véritable manager de centre-ville. Il faut repeupler le centre-ville (40 % des appartements sont vacants) grâce à la relance économique du territoire et à une fiscalité attractive : installer en centre-ville des gens qui y habitent, y travaillent et y consomment. Engager une concertation avec les bailleurs sur les loyers commerciaux. Implanter de nouvelles enseignes fortes grâce à la foncière (avec des activités ludiques et de services pour créer un véritable parcours de déambulation, culturel, familial et commerçant). Réintroduire des places de parking en surface pour les arrêts minutes chez les commerçants. ».
Thierry Mathieu (sans étiquette) : « Des navettes gratuites et fréquentes »
« La carte postale du centre-ville a été embellie mais dès qu’on s’éloigne des Allées, on retrouve des commerces vides, des rues abandonnées, des trottoirs détériorés, des quartiers entiers oubliés. Les petites enseignes ferment et les commerçants souffrent toujours. À court terme, nous aiderons réellement les commerçants par des mesures fiscales incitatives. À moyen terme, nous définirons une stratégie d’offre commerciale avec les professionnels pour répondre aux attentes des gens. Et nous développerons le nombre de clients en facilitant l’accès au centre-ville par des navettes gratuites et fréquentes et en augmentant le nombre de personnes qui habitent au centre-ville en proposant des logements de qualité. J’ai conscience du défi mais nous le relèverons. »
Robert Ménard (soutenu par LR) : « Nous prévoyons la construction d’un nouveau parking »
« Nous nous sommes opposés à l’implantation de nouvelles grandes surfaces. Nous avons embelli notre cœur de ville. Nous avons multiplié les animations gratuites à Noël et en été. Avec, à la clé, un nombre croissant de visiteurs. Nous aidons à la rénovation des commerces. Nous avons créé le Franc biterrois réservé à nos commerçants. Nous prenons en charge une grande partie du prix des tickets de stationnement que remettent les commerçants à leurs clients. Le nombre de commerces vides a baissé de 10 % en 10 ans. Demain, nous continuerons à démarcher de grandes enseignes, comme Monoprix ou les Galeries Lafayette, véritables locomotives commerciales. Et nous prévoyons la construction d’un nouveau parking tout proche du centre-ville. »
David Ocard (LFI) : « Un plan de soutien aux commerçants indépendants »
« Le centre-ville doit redevenir un lieu de vie, pas seulement un décor. Nous proposons un plan de soutien aux commerces indépendants, une politique active contre la vacance commerciale et un accompagnement à l’installation de nouvelles activités. Le stationnement doit être repensé pour favoriser la rotation et l’accès aux commerces. Nous défendons aussi plus d’animations culturelles et populaires et l’amélioration des espaces publics pour attirer habitants et visiteurs. Redynamiser le centre-ville, c’est recréer du lien. Nous voulons aussi encourager l’implantation de services de proximité et d’espaces conviviaux pour que chacun puisse se réapproprier durablement le cœur de Béziers. Et nous veillerons à l’accessibilité de l’espace public. »
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