Après la lourde défaite face à Clermont (14-34), Toulon est entré dans une zone grise. Entre résultats en berne et mise au repos de Pierre Mignoni, le RCT traverse une période qui pourrait laisser des traces durables.
Au Campus RCT, on pensait que cette période était révolue. Parmi la quinzaine de personnes interrogées gravitant autour du brin de muguet, la grande majorité a utilisé le mot que chaque club redoute : Toulon est entré en « crise ». Voilà fort longtemps qu’elle n’était pas venue s’immiscer sur les bords de la Méditerranée.
De l’extérieur, les conséquences du lourd revers face à l’ASMCA (14-34), le premier à Mayol en Top 14 depuis le 15 juin 2024, ont pu surprendre. Toulon (8e) a, certes, quitté les places qualificatives pour la première fois de la saison, mais ne reste qu’à deux points de l’accessit. Rien de rédhibitoire.
Néanmoins, les manières de perdre, notamment à l’extérieur, interrogent depuis de longs mois. La claque auvergnate a fait remonter tous les maux. Après la défaite, les yeux livides, Mignoni, qui n’avait cessé de tirer l’alarme ces dernières semaines, s’est exprimé avec une franchise rare : « Ce n’est pas digne de Toulon et de notre équipe […]. La vérité, c’est que personne ne veut mourir. Pour aller au paradis, il faut mourir. Et là, personne ne veut le faire. […] Maintenant, je ne peux pas dire ce que je vais faire. Je n’en sais rien. Ce que je peux vous dire, c’est que là, effectivement, ça ne répond pas. J’ai connu des moments comme ça, avec des joueurs, ici, même avec la grande équipe à l’époque. Seulement derrière, ça réagissait. Les joueurs passaient devant. Là, je ne sais pas si on va passer devant. On n’est pas ensemble. […] Je vais me laisser 48 heures et prendre mes responsabilités. »
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Mignoni a été rattrapé par le surmenage
Forcément, le lundi 16 février, la rade attendait la suite et notamment les conséquences de la réflexion à froid du manager varois. Elle s’est étirée au-delà du créneau indiqué, et elle est même toujours en cours. Depuis, l’intéressé s’est recroquevillé sur lui-même, en suspendant au strict minimum ses relations avec ses dirigeants et ses proches. Dans un sms privé ayant fuité sur la toile, il a dévoilé son besoin de se « reposer », car son corps lui disait « stop ». Il y a près de deux ans, il avait déjà eu une sérieuse alerte médicale. À l’époque, il l’avait plus ou moins ignorée. C’était déjà un premier signal au sein d’une vie passionnante à l’extrême, mais épuisante au centuple.
Dans l’espoir de remettre l’institution au sommet, le môme du Port-Marchand a multiplié les horaires à rallonge, du matin au soir, dans le sens stricto sensu de l’expression. Entre la gestion de son équipe (discours, entraînements, tactique), la mise en place du projet de formation (RCT Passion, ateliers, réunions), et les événements avec les partenaires et les supporters, Mignoni a pris tous les dossiers à bras-le-corps, enquillant des journées de travail, au bas mot, de dix heures.
Le président Lemaître avait bien conscience de son engagement sans faille, en qualifiant, en « on » et en « off », son directeur du rugby comme la « personne la plus importante du club ». N’est-ce pas trop pour la santé mentale d’un seul homme ? Seul le concerné, qui ne prend quasiment jamais de vacances, pourra répondre.
Sera-t-il à Lyon avec ses joueurs ?
L’après-Clermont s’est en tout cas fait sans Mignoni. Le 19 février dernier, le RCT, mis au courant de la fuite du SMS sur les réseaux sociaux, a pris la parole, via un communiqué, pour faire le point : « Pierre Mignoni, Directeur du Rugby, a souhaité prendre du repos cette semaine et le club a bien sûr accepté cette demande légitime. » À l’heure où nous écrivons ces lignes, ce mercredi 25 février, il n’était pas retourné au centre d’entraînement. La bande à Ribbans a préparé la rencontre face à Lyon, programmé ce samedi après-midi, sans son entraîneur en chef sur le pré. Du jamais-vu à Toulon. Pour le moment, personne, pas même Mignoni lui-même, ne sait s’il fera le déplacement dans le Rhône. À date, cela semble peu probable.
Titulaire du DESJEPS, Cédric Béal, brillant manager des Espoirs et proche de « Mignon », se tient, comme le veut le règlement, prêt à porter le brassard d’entraîneur sur le bord de touche. Accompagné des autres membres du staff (Parisse, Masi, Petitjean), l’ex-flanker a beaucoup parlé au groupe dans la semaine. Ce dernier est atteint et soucieux concernant l’état de santé du manager. À court terme, les Rouge et Noir se sont ainsi mis en ordre de bataille pour éviter de gâcher un exercice avant la grande messe du printemps. Pour l’an prochain, il est déjà acté que la séquence marquera un avant et un après. Le remplaçant de Parisse, qui rejoindra la sélection italienne, aura un profil de numéro 1 bis.
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