Tournoi des 6 Nations – « So easy, l’Italie ? » : le commentaire général de France – Italie

Portés par deux démonstrations et déjà promis au Grand Chelem, les Bleus avancent vers Lille avec l’étiquette de favoris. Mais cette année, l’Italie n’a rien d’un faire-valoir et le souvenir du match nul de 2024 plane encore.

Le XV de France ne s’avance pas seul vers le grand ch’Nord. Il est précédé d’une rumeur. D’un bourdonnement de notifications qui clignotent en bleu-blanc-rouge. Après avoir éviscéré l’Irlande et marché sur le pays de Galles, voici les Tricolores douchés par une pluie de louanges. Chez nous, les éditorialistes sont en lévitation. Ailleurs, on empile les fadaises et on parle de « grâce française », de « symphonie tricolore » et d’un grand chelem désormais présenté outre-Manche comme une formalité. « So easy », a-t-on lu dans le Times, lundi matin. Easy. Le mot préféré de ceux qui ne plaquent personne. Le mot qui boursoufle les egos et ramollit les guibolles. Le piège est là. Invisible. Élégant. So british. Alors ? « Quand on est encensés, disait Fabien Galthié dimanche soir, il est parfois difficile de se mobiliser dans un sport de combat. » On se replie, les petits. On garde le bruit du monde à distance réglementaire. On écoute encore le patron, qui assurait après Galles qu' »on peut vraiment faire mieux ».

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Derrière les murs de Marcatraz, on vit en spartiates, on respire la grisaille de l’Essonne comme un rappel à l’ordre et on dort même sur des sacs de jute, s’il le faut. Surtout, on se repasse jusqu’à la nausée le triste souvenir de 2024. C’était à Lille, déjà. On venait d’un Mondial où l’Italie avait encaissé soixante points à Lyon. On avait été sortis par les Boks en quart-de-finale, on avait mangé chaud à Marseille face à l’Irlande (17-38) mais on parlait encore d’un potentiel en sommeil, d’une dynastie tricolore en reconstruction. Puis il y eut Lille. La claque. La purge. Un match nul, 13-13, qui suintait la défaite. Vingt fautes de main, des Bleus éteints et ce jour-là, dans le Nord, une stratégie qui tenait en un réflexe pavlovien : envoyer, encore et encore, Uini Atonio et Posolo Tuilagi s’écraser sur les épaules italiennes, comme si la répétition du choc pouvait tenir lieu d’idée. Ce 25 février 2024, la bande à Quesada aurait dû vaincre. Et si un courant d’air n’avait pas dévié la dernière pénalité de Paolo Garbisi sur le poteau, elle l’aurait fait…

Doit-on vraiment craindre l’Italie ?

On dit souvent qu’il n’y a rien à gagner dans un France Italie : ni fanfare, ni gloriole ; juste ce maudit trophée Garibaldi qui ressemble à tout – une jante éventrée, un ressort de matelas, un tuyau d’arrosage- sauf à un trophée. En cas de sortie de route, en revanche, on peut y laisser sa crédibilité, essuyer un tombereau d’insultes et, dans le pire des cas, voir s’éteindre sa carrière internationale. Depuis ce funeste match nul, Jonathan Danty et Matthis Lebel n’ont d’ailleurs jamais reporté la cocotte. Pardon ? Ce préambule ridicule n’est qu’un film d’horreur mal monté ? Vous avez probablement raison.

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Car on a beau empiler les précautions oratoires, convoquer le match nul de 2024 comme une cicatrice collective qu’on gratte pour se faire peur, rien n’y fait. Cette équipe de France ne peut être décemment vaincue dimanche. Pas elle. Pas comme ça. Pas après avoir produit en deux matchs plus de jeu qu’elle n’en avait distillé ces six dernières années. Allons, allons… Matthieu Jalibert a beau être absent, Thomas Ramos a un Paolo Garbisi dans chaque cuisse. Antoine Dupont est à son vis-à-vis Alessandro Fusco ce que George Foreman est à Tony Yoka. Et si Louis Lynagh avait la moitié du talent de son père, il porterait probablement un autre maillot, sous un autre ciel. Ajoutez à cela le vacarme, l’enfer du Nord, les 50 000 furibards de la métropole lilloise. Et dites-moi comment ne pas se sentir invincibles. Ce n’est pas du mépris, non. C’est encore moins de la désinvolture. C’est juste cette vieille habitude française qui revient quand ça gagne : on bombe le torse, on fait les coqs et de « XV de France », on ne dit plus que « nous ».

La bleusaille de Galthié a-t-elle autant de talent que de sang-froid ?

On vous entend, les bégueules. Dire que l’Irlande était à poil, que le pays de Galles est en charpie et qu’avant d’avoir croisé la route des Springboks, des All Blacks ou des Anglais, le XV de France du Tournoi 2026 n’est encore qu’un projet. On vous voit tresser des couronnes à la mêlée transalpine, vouer la nôtre aux gémonies et pointer du doigt, doctement, le poste de pilier droit. Moi, je trouve pourtant que Dorian Aldegheri a fait le job, jusqu’à présent. Au milieu des vitrines de perfection et des figures standardisées, l’enfant de Blagnac avance avec son corps de gros nounours, sans chercher à séduire. Dans le milieu, on l’appelle d’ailleurs « Doudou ». Il ne se met pas torse nu sur Instagram, il ne vend ni compléments alimentaires ni morning routine. Sur le terrain, il a souvent les mains sur les hanches et pourtant, il est là. Il pousse, il plaque, il déblaie et pour l’instant, à droite, c’est le patron. En attendant que Tevita Tatafu apprenne à réaliser que ses 140 kilos ne sont pas une garantie constructeur et que Georges-Henri Colombe admette avec nous qu’il pourrait être un phénomène, le XV de France sait qu’il peut compter sur Aldegheri, qui s’il ne promet pas l’avenir, garantit au moins le présent.

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Alors au combat, garçons. Hissez-vous dès maintenant à la hauteur de cette bagarre entre Latins. Parce qu’en début de match, ça va grincer. Ça va fritter. Ça va saigner. Ils ne s’embarrassent pas de manières, les Italiens. Autour des rucks, ils pratiquent cet art discret que les Argentins nous ont déjà enseigné : parler mal, souffler court dans l’oreille, tirer le maillot d’un centimètre, laisser traîner un genou, une main, une semelle. Tout ce qui ne se voit pas, mais qui use. Et puis il y aura cet avant-match fiévreux où Gonzalo Quesada, leur coach, quittera ponctuellement sa bonne éducation pour lâcher des gros mots et faire grimper les hommes aux grillages. Il glissera à Paolo Garbisi que le Top 14 ne le respecte pas, qu’à Toulon on doute de lui et que c’est le moment de rappeler qu’on ne vire pas un ouvreur international comme on change une ampoule. Il jurera que le 24-73 encaissé l’an passé à Rome était une indignité et que cette rouste appelle aujourd’hui une revanche. Il regardera Tommaso Menoncello dans les yeux et lui dira d’assumer, maintenant qu’il s’est proclamé dans la presse comme « un des meilleurs centres d’Europe ». Comme le font souvent les Pumas, les Italiens vont donc avant tout chercher la faille nerveuse. Et dans les chevelures majestueuses de Théo Attissogbe et Mickaël Guillard, ils verront une prise, un prétexte, une poignée à saisir pour faire chauffer le monde et sortir les Bleus de leur match. À bien y réfléchir, ce troisième round du Tournoi sera une affaire de sang-froid autant que de talent. De talent, la bleusaille tricolore n’en manque pas. De sang-froid, on verra…

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https://www.rugbyrama.fr/2026/02/19/tournoi-des-6-nations-so-easy-litalie-le-commentaire-general-de-france-italie-13231835.php

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