Tournoi des 6 Nations – « Forts sûrs » : la présentation de pays de Galles – France, match de la deuxième journée

Après son succès convaincant face à l’Irlande, le XV de France se présente à Cardiff sans le poids des anciens complexes. Dans un contexte de crise du rugby gallois, les Bleus savent toutefois qu’une victoire ne suffira pas : seule la manière dira s’ils ont réellement changé de dimension.

On aurait pu dramatiser. Faire semblant d’y croire et déployer l’arsenal habituel. On vous aurait décrit avec application ce que produit un soir de grand match à Cardiff sur des hommes pourtant rompus à l’exercice. Énumérer la scénographie, les flammes que l’on crache, les usages presque rituels par lesquels la ville et son stade se rendent redoutables : la pénombre savamment ménagée, d’abord, qui isole l’adversaire au centre de l’arène et lui laisse le temps de mesurer l’étendue de sa solitude. Les joueurs gallois qui surgissent ensuite, rouges et sûrs d’eux, avec ce sourire tranquille que donne la certitude d’être chez soi. Il y aurait aussi l’hymne, le plus beau du Tournoi, Land Of My Fathers. Quatre-vingt mille voix graves, sans vibrato inutile, qui chantent, dans cette langue gutturale venue du fond des âges, leur petit pays comme on raconte une histoire. Et pendant ce temps-là, dehors, dans les rues autour du stade et les pubs saturés de Saint Mary Street, ils seraient tout aussi nombreux à hurler, boire, pousser pour que cède enfin la cocarde tricolore. Au départ, on voulait donc vous parler d’enfer, de vacarme et d’apocalypse. Mais à quoi bon, au juste ? La peur n’a aujourd’hui plus aucune raison d’être. Pas cet après-midi. Pas pour ce match. La peur, elle a même changé de camp et circule désormais de l’autre côté, sous les maillots rouges, dans ces pores qu’on crut longtemps imperméables.

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Dans les faits, le XV de France de Fabien Galthié n’a jamais perdu contre le pays de Galles. Il s’est imposé à Cardiff en 2020, puis en 2022, puis encore en 2024, dissipant méthodiquement les démons qui entouraient jusque-là la sélection tricolore entre ces murs. Ce qui relevait autrefois de l’exception est devenu une habitude et le rugby gallois, lesté de deux cuillères de bois consécutives, traverse une crise sans précédent. Il ne gagne plus. Il encaisse trop. Jusqu’à ces 73 points concédés face aux Springboks à l’automne, chiffre brutal, presque indécent, révélateur d’un malaise profond. À l’hiver 2026, l’ovale de la principauté est même si malade qu’on en viendrait presque à se demander si cette équipe serait aujourd’hui certaine de dominer la Géorgie ou l’Espagne, si jamais le vieux Tournoi se décidait un jour à greffer un système de relégation à sa carcasse centenaire. Nul ne se réjouit de la chute galloise, évidemment. Ni les nostalgiques des années soixante-dix, ceux de Barry John et JPR Williams, quand le pays de Galles jouait comme on invente une langue. Ni ceux du milieu des années 2000, lorsque Jamie Roberts et Jonathan Davies imposaient leur loi brute, ce Warrenball sans fioritures, qui cognait dans les corps et brisait les défenses. Si ce lent déclin nous serre autant le cœur, c’est parce qu’il dépasse largement le cadre d’une mauvaise série. Le rugby, éternellement menacé par son propre entre-soi, est peut-être en train de perdre l’un de ses piliers historiques. Un accent. Une mémoire. Une manière d’être au monde. Et c’est triste à pleurer, bonne mère…

Les Bleus vont-ils confirmer leur appétit offensif ?

Mais chacun porte sa croix, après tout. Et les Gallois d’hier ne s’attendrissaient guère sur le sort du XV de France, à l’époque où il errait dans le ventre mou de la compétition, condamné aux défaites encourageantes à Dublin et aux victoires douteuses contre l’Italie. Le rugby est ainsi fait : il regarde devant. Et ceux qui dominent n’ont jamais beaucoup de temps pour compatir avec ceux qui galèrent. Étincelants ou presque face à l’Irlande (36-14), les Tricolores se présentent donc à Cardiff avec ce statut d’absolu favori du Tournoi. Un costume un peu trop voyant pour un rugby qui se méfie des fanfaronnades et que Fabien Galthié, avant même le coup d’envoi de la compétition, s’était amusé à ranger dans la catégorie des « brèves de comptoir ».

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Malgré les précautions oratoires des uns et des autres, une impression s’est imposée au fil du premier round : la France joue bien, la France joue mieux et la dépossession, longtemps marque de fabrique des années Galthié, semble enfin céder du terrain. À sa place, autre chose affleure. Une prise de risques. Plus de passes. Plus de mouvement. Et, quitte à convoquer un cliché que l’époque avait presque rendu honteux, une forme réincarnée de french flair. Car imiter l’Afrique du Sud, son banc hypertrophié et son rugby de domination frontale, n’a que trop duré. Les Springboks seront toujours meilleurs que nous dans ce registre. Toujours plus puissants. Toujours plus durs. On s’en est une nouvelle fois rendu compte en novembre. Alors, si d’ordinaire, le Tournoi des 6 Nations n’a rien d’un laboratoire, il est bien possible que cette édition 2026 fasse exception. Que la plus ancienne, la plus codifiée des compétitions internationales serve, cette fois, de terrain d’expérimentation au XV de France. Reste à savoir si cette inflexion offensive sera tenue, prolongée, défendue quand les matchs se resserreront, le niveau s’élèvera et que la pression s’accentuera…

Antoine Dupont sur les terres de Gareth Edwards

Mais ce dimanche, l’heure ne sera ni aux spéculations, ni à la complaisance. Si les Bleus peuvent enfoncer le pays de Galles, qu’ils le fassent. Non par cruauté mais par respect. À la manière des All Blacks ou des Springboks qui, lorsqu’ils en ont l’occasion, n’épargnent rien ni personne. Après la gifle infligée à l’Irlande, on veut tous voir Matthieu Jalibert jouer à Cardiff comme on danse et rendre hommage, en déséquilibre heureux, aux princes de Galles. On veut voir Mickaël Guillard, dreadlocks en rafale, taper la ligne jusqu’à s’en fendre la courge. On veut voir Louis Bielle-Biarrey filer dans les couloirs comme un gosse qui s’échappe, Thomas Ramos blasphémer des deux pieds et Jean-Baptiste Gros jouer de sa pupille, noire comme une dalle, pour refroidir l’ambiance. On veut enfin voir Antoine Dupont trancher ce vieux débat, ce face-à-face fantasmé à cinquante ans de distance avec Gareth Edwards. En clair, on s’attend tous à ce que les Bleus fassent autre chose que gagner. Qu’ils nous fassent oublier, surtout, l’impression désagréable que ce match est plié avant même d’être joué. Qu’ils nous rappellent que le rugby vaut autant pour son issue que pour la manière dont on y parvient.

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https://www.rugbyrama.fr/2026/02/15/tournoi-des-6-nations-forts-surs-la-presentation-de-pays-de-galles-france-match-de-la-deuxieme-journee-13221770.php

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