À l’heure du café, Midi Libre retrouve Brigitte Banégas. La championne, reine des profondeurs sous-marines, revient sur 26 années de plongée en apnée. Des débuts de la discipline dans les années 90, à la protection de l’environnement, une discussion informelle qui donne envie, à son tour, de plonger.
Grosse enceinte à la main, Brigitte Banégas pousse les portes du Arlett Café, à Béziers. Dans quelques jours, elle y organise une fiesta pour son anniversaire. La sportive de haut niveau, championne du monde d’apnée, l’admet, elle adore faire la fête. Cette après-midi, la discussion se tiendra devant un jus de pomme. Revenir avec elle sur ses 26 années de carrière, c’est se laisser prendre dans des récits d’aventures, s’immerger dans un bleu profond, et laisser les musiques océanes du film de Luc Besson, Le Grand Bleu, remonter à nos oreilles.
Avant la plongée, il y a eu le volley. D’abord dans l’équipe de Béziers en deuxième division puis en première à Montpellier. « J’ai toujours eu l’esprit de compétition, j’adore le dépassement de soi et la recherche de performance », raconte celle qui s’oblige à ne pas participer aux prochains championnats du monde. Et cela pour travailler à contre-courant de son tempérament, « pour ne plus être dans la victoire mais dans la performance vis-à-vis de moi-même et progresser autrement. »
Contenus de la page
Le monde du silence
Elle découvre la plongée à 31 ans, pendant une traversée en voilier de l’Atlantique, avec son compagnon : « Je plongeais pour regarder si l’ancre était bien mise, je faisais le tour du bateau et j’avais des facilités. » Happée par cette nouvelle discipline, lors de leur retour en France en 2000, elle cherche un club. À Nice, aux côtés de Claude Chapuis, considéré comme le père de l’apnée moderne, elle découvre un nouveau monde : « On était une bande d’illuminés, on allait plonger tout le temps, même en hiver », se souvient-elle avec plaisir. Et après quelques mois d’entraînement seulement, elle devient championne du monde en équipe !
Autour de la table, elle évoque, avec sensibilité, cette impression de pénétrer un autre monde dès la surface de l’eau franchie. Un environnement de silence où la vie et les règles ne sont pas les mêmes. Naïvement, on se demande : pourquoi ne pas faire de la plongée en bouteille ? La discipline permet de rester presque une heure sous l’eau et d’explorer les fonds marins. La question fait sourire Brigitte Banégas : « Mon ami, Loïc Leferme (décédé lors d’une plongée en 2007 NDLR) disait que l’exploration en bouteille est une plongée les yeux ouverts et que l’apnée est une plongée les yeux fermés. Mais il y a une humilité du dispositif et un engagement important qui est donné. Quand on est en profondeur, sous l’eau, il n’y a plus d’autres options que de continuer, j’aime cette aventure et ce danger. Je suis moi-même, avec mes petites capacités et je fais avec. J’aime cette façon d’être avec la nature ».
Des « petites » capacités qui l’ont entraînée jusqu’à 80 mètres de profondeur. Et qui l’ont amenée à voyager autour du monde pour différentes compétitions : Bahamas, Ibiza, Égypte, Polynésie, Antilles, Corse… Difficile de citer toutes les terres depuis lesquelles elle a pris son élan.
Transmission
Par ailleurs kinésithérapeute, la Valrassienne n’a jamais souhaité faire de la plongée son métier. En revanche, elle aime voir grandir sa discipline et transmettre ce qu’elle sait « aux petits jeunes », lors de stages par exemple. Et elle semble voir d’un bon œil, la lente professionnalisation de la discipline, notamment grâce aux réseaux sociaux, qui ouvrent la plongée en apnée à plus de monde.
Elle décrit, en plaisantant, l’époque où « certains personnages comme Enzo Majorqua donnaient une image un peu mystique de la plongée, comme s’il fallait méditer 10 heures avant d’aller sous l’eau. Alors qu’on peut aussi l’approcher plus simplement et purement sportivement ». Ainsi, l’addicte à la mer reste une terrestre : « Je suis toujours contente de remonter, je n’ai jamais voulu rester au fond », s’amuse-t-elle.
Et aussi…
Son café préféré à Béziers : L’Arlett café, à Béziers, où elle a donné rendez-vous. En bénéficiant de la sympathie d’Oliver Marguerat, le propriétaire, qui a spécialement ouvert pendant sa fermeture hivernale à sa demande, pour cette interview.
Son spot de plongée préféré : « La corse sans hésiter », notamment vers Propriano. « Ce sont des réserves natura 2000, très protégées et magnifiques ».
Son loisir quand elle ne plonge pas : Faire de la pirogue avec son compagnon au large de Valras. « Nous avons vécu un an en Polynésie française où c’est vraiment un sport local que nous avons adoré. À notre retour nous avons voulu continuer ! »
Un combat qui lui tient à cœur : « La protection des aires marines et terrestres. L’artificialisation des sols et le bétonnage à excès me touchent beaucoup. Sous l’eau, on voit bien que dès qu’un espace est protégé, la biodiversité revient. »
Des personnages qui, en plongée, l’inspirent : Des pionniers de la discipline, « j’ai aimé regarder les films de Cousteau, il y a eu Jacques Mayol aussi et l’Italien Umberto Pelizzari avec qui j’ai plongé à Ibiza. »
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