« On ne prescrit pas des arrêts de travail pour s’amuser. » La colère d’un médecin généraliste non-gréviste, mais engagé dans le mouvement

Partout en France, les médecins libéraux ont entamé une grève pour protester contre plusieurs mesures controversées du budget 2026 de la Sécurité sociale. Dans l’Aveyron, un médecin solidaire du mouvement témoigne.

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Dans le cabinet médical du Dr Ferrand, pas question d’abandonner les patients. Même si le médecin soutient le mouvement de grève nationale débuté ce lundi, le cabinet, en plein désert médical, reste pour l’instant ouvert.

Le mouvement de grève des médecins, prévu pour durer dix jours, se concentre sur le budget de la Sécurité sociale, qu’ils jugent insuffisants, face à des besoins croissants et à des mesures permettant aux autorités de baisser « de façon autoritaire » les tarifs de certains actes médicaux, en « contournant » le dialogue social, ou encore une limitation des prescriptions d’arrêt de travail.

Certaines mesures de la loi de financement de la Sécurité sociale ne passent toujours pas, parmi elles la volonté de réduire les arrêts maladie. « Il y a certains médecins qui subissent ce qu’on appelle des mises sous objectifs, avec la Sécurité sociale qui vient en quelque sorte contrôler leur travail et qui prend ces mesures-là de manière aveugle et sans tenir compte de l’intérêt médical du patient, regrette Marc Ferrand. On ne prescrit pas des arrêts de travail pour s’amuser. On prescrit des arrêts de travail parce que les patients en ont besoin. Il y en a beaucoup parce que la dégradation des conditions de travail en France à l’heure actuelle est extrêmement importante. Un arrêt de travail, c’est avant tout un acte médical. »

Selon ce professionnel, cette loi est loin d’encourager les vocations dans un contexte où les déserts médicaux et l’accès aux soins restent des problématiques majeures.

Il y a six ans, Marc Ferrand a pris la suite de son père, médecin généraliste lui aussi. Son père, désormais à la retraite, continue de partager le cabinet avec son fils. « On a déjà une fuite importante, poursuit Marc Ferrand. Les nouveaux diplômés ne font plus de médecine générale en raison des tarifs qui sont minables. Il faut dire ce qui est. Ce sont des tarifs de pays du tiers monde. La moyenne européenne des tarifs des médecins, c’est 50 euros. En France, on est en 30 euros. »

Pour ce praticien, si les prochains jours se feront à son cabinet, le rendez-vous est déjà pris samedi prochain 10 janvier à Paris pour une grande manifestation des médecins libéraux. « On assiste à l’heure actuelle à un désossage généralisé de la profession. Maintenant, il y a des gens qui ne sont pas qualifiés au niveau clinique qui vont faire des actes médicaux. Moi, la délégation de tâches me choque énormément. Être médecin, c’est un métier à part entière. Il faut un examen clinique. C’est un métier qui nécessite de l’expérience, dans les hôpitaux, dix ans d’études… Je vois mal comment un pharmacien peut remplacer un médecin. On n’est pas dans la qualité. »

Le mouvement, lancé par les organisations professionnelles représentatives, des syndicats étudiants et de la jeune génération de médecins, commence par la fermeture des cabinets de certains praticiens, une réduction d’activité ou une « grève administrative » pour d’autres.

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Il doit s’intensifier au fil des jours et mener à une « grève dure », « l’arrêt des blocs opératoires » des cliniques du 10 au 14 janvier.

Écrit à partir du reportage de France 3 Quercy-Rouergue Mathilde de Flamesnil et Camille Saiseau et avec AFP.

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