Top 14 / Champions Cup. « Vous allez nous emm… pendant encore un bon moment » : Toulouse – Bordeaux-Bègles, le grand récit d’une saison de rivalité

C’est peu dire que l’année 2025 ressemble à un mano a mano entre Toulouse et l’UBB. Les deux principaux pourvoyeurs du XV de France ont partagé les titres au niveau international et hexagonal au bout d’un parcours qui vit l’élève plus proche que jamais de dépasser le maître…

On les avait quittés sur la pelouse du Stade Vélodrome, encore sonnés par le scénario d’une improbable finale de championnat qui avait vu le Stade toulousain réaliser un incroyable doublé Champions Cup-Top 14, en dynamitant façon puzzle le challenger girondin (59-3). Pourtant, en ce 28 juin 2024, les Rouge et Noir avaient tous conscience d’avoir vécu un moment extra ordinaire mais qui ne reflétait pas totalement la réalité sportive. Ainsi, au moment d’aller sportivement serrer la main de ses adversaires, le manager du Stade toulousain, Ugo Mola, avait eu ce mot sibyllin à l’oreille du demi de mêlée bordelais, Maxime Lucu. « Vous allez nous emm… pendant encore un bon moment. » Signe qu’après avoir si souvent croisé le fer ces dernières années avec les Rochelais, les Stadistes avaient reconnu dans l’UBB leur nouvelle Némésis ? À l’évidence, oui… Et pour tout dire, il est évident que cette finale disputée sur les rotules par les Girondins fut le point de départ de leur saison suivante, la leçon apprise ce soir-là ayant été parfaitement reçue par le président Laurent Marti. « Toulouse, c’est le Real Madrid du rugby. Je n’ai jamais été avare de compliments à son sujet, j’ai toujours dit que ce club était une source d’inspiration. Jusqu’au dernier quart d’heure, on était déçus et abattus parce qu’on était battus sévèrement. Mais dans le dernier quart d’heure, on était complètement humiliés. Et nous avions à la fin un goût plus qu’amer encore dans la bouche : la honte. Alors, on va essayer de se nourrir de cette lourde défaite. » Et d’en comprendre les raisons. À savoir, une saison régulière trop peu maîtrisée pendant les doublons pour espérer mieux qu’un barrage à domicile, synonyme de grosse perte d’énergie et de dommages collatéraux, ainsi qu’en avaient à l’époque témoigné les blessures de Tameifuna et Jalibert…

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La déception des Bordelais après l’échec en finale de 2024. Icon Sport – Hugo Pfeiffer

Et l’UBB mit fin à l’invincibilité du Stade à domicile…

Voilà pourquoi, dès cette quatrième journée de Top 14 du 29 septembre 2024, les Bordelais s’étaient avancés particulièrement motivés sur la pelouse d’Ernest-Wallon, face à des Toulousains probablement un peu trop sûrs d’eux, qui plus est rapidement confortés dans leur illusion de supériorité par un carton jaune précocement reçu par le pilier de l’UBB, Ugo Boniface, suivi d’un essai transformé de Blair Kinghorn dès la 8e minute de jeu. Sauf que, ce jour-là, les avants girondins avaient décidé de ne rien lâcher, en opposant à leurs hôtes une guerre totale dans les rucks, chose finalement peu habituelle à cet instant de la saison. Et il suffit d’un rien, à savoir un carton jaune reçu par Blair Kinghorn, pour finalement changer le cours de la saison. En effet, bien guidés par leur maestro Matthieu Jalibert, les Bordelais surent profiter de cette supériorité numérique pour faire parler la magie de Louis Bielle-Biarrey, avant que Maxime Lucu ne double la mise trois minutes plus tard. De quoi s’offrir un minuscule pécule de six points d’avance (7-13) auquel les Bordelais s’accrochèrent toutefois comme des morts de faim, un essai en force de Mauvaka ne suffisant pas à faire pencher la balance côté stadiste, tandis que Matéo Garcia clôturait le suspense d’une pénalité lointaine à la 75e (12-16) ; avant qu’un ultime grattage des Girondins sous leurs poteaux vienne définitivement tuer le suspense.

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Un succès d’autant plus symbolique qu’il mettait un terme à une série de 33 rencontres et deux ans et demi d’invincibilité toulousaine à domicile. Et il permettait à l’UBB de prendre la tête du championnat… « Ce n’est pas un petit exploit, c’est un grand exploit, explosait, après le coup de sifflet final, le talonneur Maxime Lamothe. C’est un résultat incroyable, qui arrive après une bonne semaine de préparation. Par le passé, on a souvent été moyens face à Toulouse, la finale du Top 14 était restée dans la tête de tout le monde. On avait besoin de se prouver des choses à nous-mêmes. On avait besoin d’un vrai match référence, et je crois qu’on l’a obtenu. »

À Chaban, deux mi-temps à sens unique

La preuve ? Par la suite, les Bordelais surent mener de front leurs deux compétitions, en se sortant sans encombre des doublons du Top 14 tout en enchaînant les bonus offensifs en Champions Cup, ce qui leur valut d’occuper également la première place de la compétition continentale lors de la phase régulière. C’est ainsi que, juste après le Tournoi des 6 Nations et juste avant leur huitième de finale de Champions Cup à Chaban-Delmas contre l’Ulster, les Bordelais recevaient Toulouse pour la 19e journée du Top 14, avec l’envie de faire passer un message… Et ce message, nul ne le reçut mieux ce jour-là que les Toulousains, dont le large turnover ne saurait expliquer à lui seul la manière dont ils furent dominés à l’entame de la partie, dans un scénario de match qui ressemblait cruellement à celui de la saison précédente.

Au vrai, la première mi-temps fut un cavalier seul, ponctuée de quatre essais signés par la cavalerie locale (Van Rensburg, Bielle-Biarrey, Depoortere, Penaud) qui firent monter le score jusqu’à 29-0. Une humiliation, vous dites ? Probablement. Sauf que les Toulousains ont autant de ressources que de mémoire, eux qui trouvèrent dans leur remontada de la saison précédente des raisons d’espérer. Voilà comment, à la suite d’un coaching massif qui fit la part belle à la dernière génération des Rouge et Noir (Lacombre, Bertrand, Brennan, Castro-Ferreira, Darroque, Pouzelgues…), les coéquipiers de Juan-Cruz Mallia trouvèrent les ressources pour revenir au score, parfaitement guidés par leur génial Argentin. Castro-Ferreira, Brennan puis Vergé ayant respectivement trouvé la faille, les Bordelais sentirent brutalement le souffle de leurs hôtes dans leur cou, au point d’obliger Matthieu Jalibert à taper à la 77e une pénalité pour assurer le score, et priver les Toulousains d’un bonus défensif. « Gagner face à Toulouse est toujours une performance, mais perdre la deuxième mi-temps 24 à 3 laisse un goût amer, soufflait l’entraîneur girondin Yannick Bru. Cela ne doit pas faire oublier la première mi-temps, mais on est tombé dans la facilité. Je n’ai pas dû trouver les mots qu’il fallait à la pause. L’insouciance qu’on a eue en début de match et cette envie de se passer le ballon avec beaucoup d’intuition ont fini par remettre Toulouse dans le match, puisqu’ils marquent sur deux interceptions. Je sors de ce match avec une impression mitigée, il faut que l’on trouve le bon équilibre. Cela nous ramène à une certaine humilité. » Au contraire, peut-être, de Toulousains persuadés après ce match de conserver un ascendant sur leurs adversaires, moins sur la dimension du rugby que sur le plan mental. Ce en quoi ils se trompaient…

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Champions Cup : « LBB », l’incroyable doublé

Louis Bielle-Biarrey face à Toulouse en demi-finale de Champions Cup. Icon Sport – Hugo Pfeiffer

En effet, au-delà de l’enjeu de ce simple match de championnat, c’était bien un avant-goût d’une potentielle demi-finale de Champions Cup qui s’était joué, ce dont les deux clubs étaient bien conscients. Voilà pourquoi personne n’osa franchement jouer les surpris lorsque, le 4 mai, la route de l’UBB croisa à nouveau celle du Stade toulousain dans le cadre de la compétition « européenne », avec cette fois pour théâtre le Matmut Atlantique… Un rendez-vous préparé avec grand soin et la peur au ventre par les Bordelais, au contraire de Toulousains probablement trop confiants, malgré leurs deux défaites préalables… En effet, même si Antoine Dupont et Thomas Ramos manquaient ce jour-là côté toulousain, c’est avec une certaine suffisance que le rouge et noir pénétra sur le terrain, comme persuadés de leur supériorité intrinsèque sur les avants de l’UBB dans le cadre d’un grand rendez-vous. Une croyance que les Bordelais firent très rapidement exploser en plein vol, avec un essai de Pete Samu dès la 4e minute exploitant parfaitement un ballon de récupération, comme un pied de nez aux maîtres toulousains. Et si, à 18-11 à la pause, le match était encore loin d’être joué au vu de la domination stadiste en mêlée, il suffit d’un éclair pour le faire basculer… À savoir, dès le coup d’envoi de la deuxième mi-temps, un essai de Louis Bielle-Biarrey au bout d’un extraordinaire une-deux avec Samu, qui permettait à « LBB » de s’offrir un doublé et son quatrième essai de la saison contre Toulouse, et de placer définitivement son équipe sur orbite. Le bon coaching de Yannick Bru aidant, les Girondins n’eurent en effet aucun mal à faire plier Toulouse et le déchoir de son titre de champion d’Europe, avant d’aller chercher le trophée trois semaines plus tard à Cardiff, face à Northampton (28-20).

Les Bordelais célèbrent leur tout premier trophée européen. Huw Evans Agency / Icon Sport – Gareth Everett

« Je ne crois pas que l’UBB était au-dessus de nous, déplorait à chaud ce dernier. Ils sont loin d’être au-dessus de nous, mais aujourd’hui ils ont été beaucoup plus réalistes que nous. C’est ce qui fait la différence dans ces matches-là et ils l’ont fait. Donc, ils sont en finale et pas nous. Cette Champions Cup, on ne la gagnera pas cette année. Il nous reste un objectif à atteindre et à défendre, on va se concentrer dessus maintenant. » Quitte à se donner quelques migraines, dans le brainstorming de la remise en question… « Ce jour-là, on avait eu neuf ballons perdus au sol, trois ou quatre duels perdus en l’air, et une conquête qui avait pris le dessus au début mais pas suffisamment pour mettre à mal cette équipe, nous confiait quelques mois plus tard Ugo Mola. Ce jour-là, Bordeaux avait l’énergie de la première fois et l’envie d’aller chercher ce titre. La conjoncture a fait que cette demi-finale à domicile et cette finale contre Northampton leur ont permis de le gagner, c’était franchement hyper mérité. Mais ce qui m’avait en réalité le plus dérangé avant ce match, c’était d’avoir perdu ce doute qui permet d’être en éveil, cette inquiétude nécessaire à la performance. La veille de jouer la demi-finale contre l’UBB, on ne l’avait pas. En plus, on était confortés par la défaite du Leinster… C’était la première fois que je voyais des joueurs presque satisfaits de la défaite d’un concurrent. Je pense qu’on a tous, et moi le premier puisque je suis à la tête de tout ça, pédalé un peu à côté du vélo. Il a fallu analyser froidement les performances de ceux à qui le jeu appartient, prendre le temps de discuter, d’échanger. Tout ça nous a permis d’avoir un bout de chemin tracé pour essayer d’être prêts pour la suite. »

La joie de Yannick Bru après la qualification des siens en finale de Champions Cup. Icon Sport – Hugo Pfeiffer

Ramos, héros des prolongations en finale

C’est ainsi que Toulouse, alors pratiquement certain d’être directement qualifié en demi-finale de Top 14, mit un point d’honneur à terminer la phase régulière avec les titres honorifiques de meilleure attaque et de meilleure défense du championnat, comme pour confirmer sa domination. « Je ne dis pas que c’est toujours le cas, mais quand tu y parviens, tu te donnes quand même davantage de chances de gagner, souriait Mola. Car cela travaille beaucoup dans l’effet que tu peux avoir sur tes adversaires ou l’arbitrage et en même temps… »

Les Toulousains célèbrent leur nouveau titre de champion de France. Icon Sport – Icon Sport

Mais sur les spectateurs lambda ? Beaucoup moins… C’est ainsi que, pour le quatrième UBB-Toulouse de la saison, en finale du Top 14, les faveurs des pronostiqueurs allaient beaucoup plus vers Bordeaux, au nom de leurs trois victoires préalables sur les Rouge et Noir. De quoi chatouiller l’orgueil des champions de France en titre ? Cela relève, là encore, de l’évidence, d’autant que ces derniers savaient depuis leur demi-finale sur quels secteurs s’appuyer. Et que, si Dupont manquait encore à l’appel, Thomas Ramos était quant à lui revenu aux affaires, apportant son inégalable savoir-faire dans l’art de remporter une finale. Auteur d’un 100 % dans l’exercice des tirs au but (24 points au total), l’arrière tricolore fut aux côtés de ses troisième ligne Anthony Jelonch et Jack Willis (auteur d’un doublé) le héros d’un match désormais entré dans la légende comme une des plus belles finales de l’ère moderne, terminée en prolongations après un suspense à couper le souffle. Score final : 39-33 « Il faut avoir l’honnêteté de reconnaître que les meilleurs ont gagné ce soir, admettait sportivement le manager unioniste Yannick Bru. On a fait une première mi-temps qui était trop timide, ou en tout cas en dessous de nos standards. Bravo aux Toulousains qui ont eu beaucoup d’appétit, notamment dans la rudesse de leurs collisions qui nous a un peu désarçonnés au début. » En témoigna cette sortie précoce d’un Louis Bielle-Biarrey sur les jantes et manifestement pas remis de ses précédentes commotions, rapidement mis hors course par un gros plaquage de Mallia… Et pourtant, lorsque Maxime Lucu passa de 50 mètres la pénalité qui envoyait Toulouse et l’UBB en prolongations, rien n’était encore fait ! « À 33-33 à la 80e, je peux vous assurer que notre karma n’était pas des plus flamboyants, s’amusait Mola. Oui, à un moment, j’ai presque pensé que ce n’était pas pour nous, qu’il fallait que cette saison se termine et que l’on passe à autre chose. »

Thomas Ramos a été l’un des hommes forts de la finale de Toulouse. Icon Sport – Icon Sport

Et pourtant, ce sont bien ses joueurs qui décidèrent du contraire, capables de laisser passer l’orage bordelais pour aller chercher dans les dix dernières minutes deux pénalités synonymes d’un incroyable triplé en championnat. Une nouvelle pierre dans cette rivalité toulouso-bordelaise qui a probablement touché son climax en 2025, en attendant des échéances plus riches en saveur que cette J6 du mois d’octobre dernier, marquée par une grosse impasse de l’UBB à Ernest-Wallon le 12 octobre (56-13), finalement peu riche d’enseignements, hormis celle d’un début de saison girondin en deçà des attentes…

PLUS INFO  J16 CONFERENCE AVANT MATCH

https://www.rugbyrama.fr/2025/12/30/top-14-champions-cup-vous-allez-nous-emm-pendant-encore-un-bon-moment-toulouse-bordeaux-begles-le-grand-recit-dune-saison-de-rivalite-13134734.php

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