« Sans les bénévoles, ça ne pourrait pas tourner »: quand la lutte contre la précarité alimentaire repose sur les bonnes volontés

Les 28 et 29 novembre, la Banque alimentaire organisait sa grande collecte nationale, notamment dans le Biterrois où 50 bénévoles se sont mobilisés. Entre la récolte devant les caisses du supermarché et le moment où les bénéficiaires peuvent profiter des denrées, c’est toute une chaîne de solidarité qui se met en place.

« J’ai pris quatre steaks hachés qui doivent durer quinze jours. Je ne les mange que par moitié pour que ça dure plus longtemps. » Annie* n’aurait jamais pensé que sa retraite serait autant rythmée par les calculs caloriques. Ce matin de novembre, devant une épicerie sociale proche des allées Paul-Riquet à Béziers, elle a fait la queue avec une dizaine de personnes pour s’approvisionner à bas coût. Sa pension de 1 000 € ne lui permet plus de faire autrement.

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Comme elle, une personne sur dix saute des repas. Alors, comme chaque année, les bénévoles aux gilets orange de la Banque alimentaire ont arpenté les supermarchés pour leur campagne annuelle de dons de denrées. Une mission d’autant plus importante que, dans le Biterrois, les bénéficiaires sont de plus en plus nombreux (+ 10 % en un an). Ces 28 et 29 novembre, l’antenne biterroise de l’association a mobilisé 50 bénévoles et récolté 7,5 tonnes de marchandises.

De la collecte aux attributions, la chaîne logistique, souvent faite d’ajustements fragiles, raconte le rôle essentiel des associations, des bénévoles et des collectivités, sans lesquels la précarité alimentaire se muerait en un désastre social.

Une plateforme logistique

Ce mercredi 3 décembre, les portes d’un entrepôt de Montady, près de Béziers, sont ouvertes et attendent d’engloutir les victuailles que des camions chargés amèneront. À l’intérieur, l’immensité froide du lieu est réchauffée par l’enthousiasme des bénévoles. Ils ont déjà de quoi faire : 600 kg de bananes, presque autant d’oignons, et des centaines de boîtes de conserve, de paquets de pâtes, de briques de lait ou de bouteilles de jus de fruit attendent d’être triés – une partie vient de la grande collecte.

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« En ce moment, nous manquons surtout de produits frais, notamment de fruits et légumes. » Valérie Canau, responsable du lieu et unique salariée de l’antenne ouest-Hérault de la Banque alimentaire, ne semble pas impressionnée par la quantité de nourriture. Elle sait déjà qu’elle sera « insuffisante » pour « couvrir tous les besoins« . Elle attend les « ramasses », les livraisons de supermarchés avec lesquels l’association a des accords. Essentiellement des produits proches de leur date de péremption ou en surstock. En contrepartie, les entreprises récupèrent un quitus, une réduction d’impôt égale jusqu’à 60 % de la valeur du don.

Justement, un camion Intermarché arrive. Les cinq bénévoles présents s’agitent : déchargements, conduite du transpalette, pesée, répartition et préparation des colis… Sans eux, « ça ne pourrait pas tourner », abonde Valérie Canau. Elle tient à préciser, qu’au moment des grandes collectes, le Centre communal d’action sociale (CCAS) de Béziers apporte son aide en mobilisant quatre salariés.

La Banque alimentaire est notamment financée par l’Union Européenne et par l’État Midi Libre – Solène Arnal

Les bénévoles, maillon essentiel

Jean-Pierre est bénévole depuis l’ouverture de l’antenne, il y a 8 ans. Il vient tous les jours d’ouverture, du lundi au jeudi : « j’ai fait du bénévolat toute ma vie, à l’Unicef et à la Croix-Rouge notamment, il n’y avait pas de raison que je m’arrête à l’âge de la retraite. C’est dans ma nature. » Pour Peter, bénévole depuis avril, c’est aussi une façon de créer du lien social et de lutter contre la pauvreté : « Je m’emmerdais chez moi, ici je suis utile », sourit-il derrière sa longue barbe blanche.

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Baptiste, 18 ans, le plus jeune de la joyeuse bande est en service civique pour 8 mois. La précarité est un sujet qui le touche, il sait que ses parents ont eux-mêmes bénéficié des aides alimentaires et même si cette époque est révolue, il trouve « important d’aider les personnes dans le besoin« . « Quand on peut aider, on doit le faire« , assène-t-il comme un mantra.

Ils ne croiseront pas de bénéficiaires. La Banque alimentaire organise la collecte, centralise les dons alimentaires puis les repartit et le relais est pris par des CCAS, des associations et des épiceries solidaires.

Ce matin, deux autres bénévoles sont présents : Cathy et Serge, sont membres de l’épicerie solidaire Chez Lili, située sur l’avenue Foch à Béziers. Ils sont venus avec une camionnette récupérer des denrées qui serviront à remplir les étagères de l’épicerie, où les produits seront revendus à 15 % de leur valeur réelle.

Une augmentation des demandes

50 centimes les deux boîtes de conserve, un euro les quatre pots de moutarde, 50 centimes le camembert entier ou le roquefort, six euros le paquet de 40 couches… Des prix imbattables et accessibles sur critères sociaux. Ce matin, à 9 h 30, il y a déjà la queue devant Chez Lili.

Parmi eux, Ali : « Je viens surtout pour les produits laitiers pour les enfants et quelques produits frais. Sans ça, avec les prix actuels, ce serait impossible de s’en sortir. » Depuis trois ans, suite à un accident, il doit apprendre à vivre avec les 1 100 € de l’Allocation adulte handicapée.

À l’intérieur, les bénévoles rangent, trient, et reviennent de leurs allers-retours en camionnette. Encore une fois, « la boutique ne pourrait pas tourner sans eux ». Les denrées viennent de la Banque alimentaire et de supermarchés,  » comme du Super U de Villemagne-l’Argentière par exemple « .

Selon Didier Ragues, président de l’association, « les demandes d’adhésion ne cessent d’augmenter. Nous n’en avons clairement pas assez pour répondre à tous les besoins ». L’association compte 450 cartes d’adhérent (soit 1 500 personnes). « Je refuse environ 200 adhésions, probablement plus, chaque année, faute de denrées suffisantes. » Surtout, il constate une augmentation des demandes de retraités, des gens « qui ont travaillé toute leur vie mais avec l’augmentation des charges, ils n’arrivent plus à se nourrir tout le mois ». Il estime que les quatre épiceries sociales présentes à Béziers ne sont pas suffisantes. Par ailleurs, la pérennité du magasin semble sur le fil en permanence, « si le moteur d’un frigo lâche et sans don, je ne sais pas comment on pourrait faire ».

*Le prénom a été modifié

https://www.midilibre.fr/2025/12/08/sans-les-benevoles-ca-ne-pourrait-pas-tourner-quand-la-lutte-contre-la-precarite-alimentaire-repose-sur-les-bonnes-volontes-13092557.php

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