Apparu davantage en sélection (5 matchs) qu’en club (3) depuis l’été 2025, de nouveau éloigné des terrains pour soigner une entorse, le Wallaby aux 37 sélections profite de cet énième arrêt forcé pour ébaucher « un plan » censé optimiser son rendement entre les deux équipes de son cœur. À 33 ans, la Coupe du monde à domicile dans le viseur, « Big Will » garde les dents longues.
Comment va votre cheville ?
Mieux. J’ai passé trois semaines dans une botte. Le temps de la rééducation et de retrouver la forme, on essaie de viser un retour pour Bayonne (20 décembre) ou Toulouse (28 décembre). Sinon ce sera Toulon (4 janvier) et si ce n’est pas possible, le match au Leinster (10 janvier). Je ne sais pas encore mais je travaille dur, ne vous inquiétez pas.
De quoi souffrez-vous depuis début novembre ?
D’une rupture partielle du ligament syndesmotique, grade 2. Une entorse. C’est une « grosse » blessure. J’ai fait un très mauvais match à Toulon, je ne m’étais pas bien préparé pendant la semaine. J’ai essayé de courir, mais la semaine précédente, je m’étais déjà tordu la cheville…
Contenus de la page
Maintenant, je sais ce dont mon corps a besoin
Entre une blessure au mollet et une commotion en sélection, et cette blessure en club, vous n’êtes pas verni depuis l’été…
Oui… mais c’est le rugby ! Ça fait partie du jeu. Il y a des gars plus malchanceux que moi. J’ai hâte d’avancer. On veut faire un plan pour que je puisse jouer beaucoup plus de matchs pour les deux équipes. L’année prochaine, on fera un plan en fonction du calendrier international, et j’espère pouvoir jouer quelques tests pour bien préparer ma saison.
Vous semblez régulièrement souffrir au niveau du mollet et du genou depuis deux, trois saisons. Votre imposant gabarit (145 kilos, 2,03m) pose-t-il « problème » avec le temps ?
Franchement, je ne pense pas. Peut-être que c’est aussi lié à l’âge. Je vieillis. Beaucoup de joueurs plus âgés voient leur corps commencer à fatiguer. Je fais beaucoup de récupérations, j’ai tout ce qu’il faut à la maison pour être à 100 % prêt. Certaines blessures sont liées à ce que je fais dans la semaine, d’autres viennent de chocs en match et tu ne peux rien y faire. Une commotion, par exemple…
Vous évoquez ce que vous faites dans la semaine…
Pour les blessures au mollet, peut-être aussi que je suis un peu trop lourd, parfois ? Peut-être que ma charge de travail à l’entraînement est trop importante ? Il y a beaucoup de points à examiner. Mais au fil des années je fais très attention à la récupération et à la préparation. Cette saison est compliquée, je n’ai pas beaucoup joué pour La Rochelle, mais je suis motivé et prêt à travailler dur pour revenir dans l’équipe. Maintenant, je sais ce dont mon corps a besoin.
Est-ce dire que vous avez changé certaines habitudes ? Au niveau de la nutrition et/ou du sommeil, par exemple…
Le sommeil, c’est toujours dur avec des enfants qui se réveillent la nuit (rires). J’en ai deux. Mais ma femme m’aide beaucoup. Je dors bien avant les matchs, donc pas d’excuse. C’est surtout une question d’âge et de perception. Je fais vraiment tout pour être en forme pour jouer un match.
Comment vous sentez-vous physiquement, sans possibilité d’enchaîner des matchs depuis un certain temps ?
Bien. Quand je prends une pause, je la prends vraiment. Mais avec mon gabarit, si la pause est trop longue, je reprends vite du poids et mon corps n’aime pas ça. Mais, vraiment, je pense qu’il n’y a pas trop de lien de cause à effet entre mon gabarit et le fait de se blesser. Je touche du bois, je n’ai pas eu trop de graves blessures dans ma carrière. Là, peut-être que Dieu voulait que je me repose un peu ! (rires)
Comment avez-vous vécu les allers-retours entre club et sélection depuis la fin de saison dernière, qui ont alimenté bien des discussions ?
Ce n’est pas si difficile. En fin de saison, je suis revenu à La Rochelle pour trois ou quatre jours, puis je suis reparti en Australie. Ça fait un voyage. Je suis revenu trois mois plus tard (remis à disposition de son club avant le coup d’envoi du Top 14), j’ai passé un peu de temps ici, puis j’ai fait un aller-retour pour Perth (pour la fin du Rugby Championship). Ce n’est pas si… Même si avec l’âge, faire autant d’allers-retours, ce n’est plus aussi facile qu’avant. À l’avenir, il faudra planifier quels matchs viser pour que je sois toujours à 100 % et prêt à jouer, que ce soit ici ou en Australie. Le plus dur, en fait, c’est d’être loin de la famille. Elle me manque. J’ai mis la pression à ma femme pour tout gérer à la maison comme une mère célibataire (rires). Je suis très reconnaissant qu’elle me soutienne dans mon envie de jouer pour mon pays.
À La Rochelle, fin août, tout le monde marchait un peu sur des œufs au moment d’évoquer votre gestion, juste après avoir été libéré par les Wallabies. Votre manager Ronan O’Gara glissait que « c’est un dossier assez compliqué parce que c’est l’Australie qui garde les cartes en main »…
C’était compliqué car tout s’est décidé à la dernière minute. Autant la tournée contre les Lions était prévue depuis longtemps et je voulais vraiment y participer – d’ailleurs, durant cette période, la préparation s’est faite sans encombre – autant les matchs contre l’Afrique du Sud (en ouverture du Rugby Championship), je ne devais pas les jouer. Mais on me l’a demandé et je ne dirai jamais non à l’Australie. Après, j’ai eu besoin d’une coupure, j’ai pris dix jours, j’ai joué contre Clermont (3e journée de Top 14) puis je suis reparti. C’est une saison un peu en dents de scie, j’ai raté quelques matchs en club cette saison mais il en reste encore beaucoup à jouer.
On suppose votre position forcément délicate, non ?
Oui, c’est vrai. Mais regardez, beaucoup de joueurs vivent la même chose. Les Argentins, les Sud-Africains ont ces possibilités depuis des années. Il faut toujours trouver un équilibre. C’était probablement la première fois que je devais voyager autant, hors Coupe du monde. Mais je suis enthousiaste à l’idée de voir ce que l’avenir réserve, parce que je suis très fier – et un peu partial (sourire) – des gars, que ce soit à La Rochelle ou l’Australie. J’aimerais vraiment apporter ma contribution là où je peux. J’espère pouvoir jouer beaucoup plus l’année prochaine et celle d’après.
Quid de vos dernières discussions avec le président Vincent Merling, Ronan O’Gara et le sélectionneur Joe Schmidt ?
Eh bien, au bout du compte, c’est ça aussi, la force de ce club : il a toujours soutenu les joueurs internationaux, toujours été favorable au fait que nous jouions en sélection. Sauf quand nous avons beaucoup de blessés. C’est une discussion qu’il faut continuer à avoir. J’adore jouer pour mon pays, mais je comprends que c’est en jouant avec La Rochelle que j’ai été sélectionné par l’équipe d’Australie. Je reviendrai toujours jouer mon rugby ici, parce que j’aime jouer ici. Je sais que lorsque je performe ici, c’est plus facile d’être sélectionné pour l’Australie. J’ai beaucoup de chance et je suis reconnaissant envers ce club. J’espère qu’on pourra garder un dialogue ouvert et mieux planifier les choses, afin de tirer le meilleur de moi-même, pour mon club et mon pays.
L’environnement et la joie que tu as sur une Coupe du monde à la maison est quelque chose de très spécial
À quel point étiez-vous frustré de manquer la tournée d’automne ?
C’est « nul », hein ? Vous parlez de frustration mais, moi, je veux juste aider mon équipe. C’est ce qui m’importe. Je veux être impliqué et jouer. J’ai quand même pris l’avion pour Dublin (avant Irlande-Australie) car on ne savait pas si ma blessure à la cheville était une grosse blessure ou non. J’ai passé une IRM là-bas et les médecins ont dit que c’était assez grave, alors ils m’ont renvoyé en France.
Le XV de France vous attendait, le 22 novembre…
J’adore affronter la France ! Je l’ai jouée deux fois, en 2022 et juste avant la Coupe du monde. C’est toujours spécial et puis jouer pour son pays, c’est un incroyable honneur. Déçu mais ce sont des choses qui arrivent et tu dois vite basculer.
Pensez-vous à la Coupe du monde 2027 en Australie tous les matins en vous rasant ?
(sourire) C’est loin. C’est un objectif à long terme. Vous vous en doutez, je veux la jouer. Mais je dois m’assurer de tout maîtriser dès maintenant. En ce moment, je me concentre vraiment sur mon retour sur le terrain. Puis jouer et gagner le maximum de matchs possibles avec mon club. Je sais que je suis un joueur important de ce club et j’adore jouer pour La Rochelle, devant mes supporters et ma famille. Je sais que je suis meilleur quand j’enchaîne. J’espère pouvoir me projeter davantage bientôt sur la Coupe du monde. Et si l’occasion doit se présenter, elle se présentera.
Que représenterait pour vous le fait de gagner une Coupe du monde à domicile, dans la peau du capitaine ?
Oh… Ce serait incroyable ! C’est l’objectif ultime pour tous les joueurs professionnels, si tu as l’ambition de jouer pour l’équipe nationale, de jouer une Coupe du monde à la maison. Je vois par exemple que Greg (Alldritt) est frustré et déçu de ce qu’il s’est passé (au mondial 2023, en France), mais l’environnement et la joie que tu as sur une Coupe du monde à la maison est quelque chose de très spécial.
Comment jugez-vous le degré de confiance en Australie ? De la presse, des fans…
La confiance est là. Ce sera un tournoi différent, je pense, de ce qui s’est passé en France. Mais ce sera vraiment excitant de ramener le rugby en Australie et de recréer cette énergie… Vous avez vu l’engouement et l’atmosphère autour de la tournée des Lions ! Les supporters ont adoré ça. Dommage de ne pas avoir obtenu les résultats espérés, mais franchement cette équipe est en train de construire quelque chose de très spécial. Et j’espère pouvoir en faire partie.
L’Australie a hérité de la poule avec la Nouvelle-Zélande au mondial. Vous vous attendiez de toute façon à un tirage corsé…
Après, tout dépend de nous. On n’a pas eu les résultats qu’il fallait cette année, mais à la Coupe du monde, c’est une autre histoire. Tu as les matchs de poule à passer, ensuite, quand tu arrives en phase finale, c’est un autre tournoi. Quand la compétition approchera, on s’y penchera. Je ne suis pas trop inquiet. Mais pour le moment, il y a encore du travail à faire pour l’Australie, nous devons travailler les uns pour les autres…
Le principal, c’est de s’assurer qu’ils sont bien entourés avant de faire ce grand saut
Plusieurs adolescents australiens à fort potentiel ont débarqué dans des clubs du Top 14 ces derniers mois, à l’image de Sio Kite à La Rochelle. Les Wallabies peuvent-ils en pâtir ?
[Il paraît surpris] L’équipe nationale ? Ah, je ne pense pas…Le président de la Fédération australienne Daniel Herbert s’est plaint auprès de Word Rugby, arguant que des clubs français « n’ont pas besoin de débaucher nos joueurs à un âge si jeune »…
Oui, imaginez que vos meilleurs joueurs soient sélectionnés pour aller dans des académies à l’étranger. Si tu te mets à sa place, c’est forcément un problème. Mais, personnellement, un jeune qui fait ce choix, je lui dis « bravo mec », je lui souhaite le meilleur. Si tu as une opportunité de partir à l’étranger, de changer de cadre, de découvrir un autre mode de vie, une autre culture du rugby, je trouve que c’est une super chance pour certains joueurs. Parfois, c’est vrai, les gars sont très jeunes quand ils partent, j’espère simplement que les clubs qui les accueillent ont une bonne structure de soutien. Qu’ils ont des familles prêtes à bien encadrer ces jeunes. On oublie parfois que, quand ils arrivent, ils ne savent pas encore cuisiner, faire le ménage… Le principal, c’est de s’assurer qu’ils sont bien entourés avant de faire ce grand saut. Le Top 14 est l’une des meilleures compétitions du monde. Et quand ils commencent à bien jouer, s’ils veulent ensuite postuler pour l’équipe d’Australie, ils peuvent toujours lever la main et y aller.
Sio Kite, 147 kg et 2,04m à 17 ans, est-il un « bébé » Skelton ?
(sourire) Non, il est maître de son destin. Je pense que c’est un excellent joueur, avec un potentiel énorme, et j’espère qu’il pourra l’exploiter pleinement, travailler dur et réussir.
Revenons à vous. Pensez-vous pouvoir retrouver votre meilleur niveau ?
Oui, bien sûr. Je ressens toujours que je suis motivé à l’idée de progresser, et j’ai le sentiment de ne pas avoir atteint mon meilleur niveau. J’espère pouvoir petit à petit « changer » certains matchs, retrouver du rythme et construire une bonne dynamique pour la saison.
Comment voyez-vous la suite de votre carrière à La Rochelle ?
Déjà, collectivement, nous avons beaucoup d’ambition. Ce club compte beaucoup de jeunes joueurs qui montent en puissance. Si je regarde mon poste, en deuxième ligne : Charles Kante Samba joue incroyablement bien, Simon Huchet est aussi un excellent joueur. J’espère, moi qui suis plus âgé maintenant, pouvoir laisser le club dans une bonne situation. Je veux m’assurer que tout ce que j’ai fait serve aussi à préparer l’avenir. C’est ce que beaucoup de joueurs expérimentés essaient de faire : aider les jeunes, pas seulement en parlant ou en leur disant quoi faire, mais en leur montrant la meilleure chose pour le bien du club.
Club dont avez grandement participé à changer l’histoire…
Je pense que je suis arrivé au bon moment ! J’ai simplement essayé d’être moi-même, et beaucoup de joueurs arrivés ici ont écrit leur propre histoire : Victor Vito, Tawera Kerr-Barlow, Wiaan Liebenberg… J’espère qu’on pourra continuer. On a tous les bons ingrédients pour gagner un titre cette saison.
Pourriez-vous rester sur La Rochelle à la fin de votre carrière ?
Je ne sais pas, on verra. Mes deux enfants sont nés ici, donc c’est génial de faire partie de cette ville. De ma ville. Je l’adore. Je pense que ma femme aura peut-être un peu le mal du pays. La famille est en Australie, c’est ce qui nous manque le plus.
On sait peu de choses de vous, Will, et de votre vie en dehors du rugby…
J’adore passer du temps avec ma famille. On va jouer au golf quand il fait beau, et quand il ne fait pas beau, j’essaie d’y aller seul. Comme vous pouvez le voir, j’adore la nourriture (rires). J’aime manger, cuisiner. Je suis quelqu’un d’assez posé, plutôt calme. J’adore être à la maison, je suis un vrai casanier !
.
