Huit mois après son opération du genou, le capitaine du Stade toulousain et du XV de France devrait être remplaçant pour la réception du Racing 92 samedi soir. Et donc retrouver la compétition.
Avec Antoine Dupont, et parfois malgré lui, tout est différent. Et même démesuré. Ce samedi soir, alors qu’il devrait prendre place sur le banc des remplaçants toulousains lors de la réception du Racing 92, il n’agira pas d’un simple retour. Ce sera celui de l’icône du rugby français. Du joueur qui génère autant d’admiration que de curiosité. La dernière fois qu’il a foulé la pelouse d’Ernest-Wallon un soir de Top 14 ? C’était à la mi-temps du match contre le Stade français, le 1er novembre, quand il était venu sur le terrain pour signer sa prolongation de contrat au Stade toulousain jusqu’en 2031. « On a hâte de le revoir jouer pour continuer cette histoire », soufflait Clément Potrenaud après la rencontre. Cette fois, le demi de mêlée va bien troquer les chaussures pour les crampons. Huit mois après son opération du genou droit, le capitaine du XV de France va retrouver la compétition.
À vrai dire, l’excitation n’avait fait que grandir dans l’environnement du club depuis le 7 octobre, jour qui avait marqué sa « reprise rugby » et donc la fin de sa période de soins individualisés. Il était alors sorti au milieu de ses coéquipiers pour participer à un « tennis ballon » qui avait provoqué une certaine effervescence au bord du terrain d’entraînement. Semaine après semaine, Dupont est monté en puissance, jusqu’à être convié pendant cinq jours à Marcoussis par le staff des Bleus pour être « partenaire particulier » lors des séances de préparation au match contre l’Afrique du Sud. S’il a ensuite bénéficié d’une semaine de coupure, l’intensité qui fut la sienne à la reprise, lors des oppositions à Ernest-Wallon il y a une dizaine de jours, trahissait l’imminence de son grand retour.
Honnêtement, même si c’est contre nous, je préfère le voir sur un terrain que blessé. Ce sont des joueurs qu’on aime affronter parce que c’est ce qu’il se fait de mieux.
- Patrice Collazo, manager du Racing 92
Pour autant, s’il était apte et postulait officiellement avec le reste du groupe, il n’a jamais été question qu’il soit du déplacement sur le terrain synthétique de Montauban samedi dernier. « Il va falloir attendre encore un petit peu », disait son entraîneur Virgile Lacombe, la veille en conférence de presse. Et d’expliquer, comme Dupont l’a fait depuis l’entame de sa rééducation, qu’il n’y aurait aucune précipitation : « Ce qui nous « drive », ce ne sont pas les échéances rugby mais la partie médicale. Et la capacité d’Antoine à franchir les étapes, par rapport à ce que nous demande le pôle médical. Ça suit son cours, on est dans les délais. C’est déjà une bonne chose de le voir s’entraîner avec nous, de prendre du plaisir sur le terrain. Ça lui manquait. »
Une semaine avant la Champions Cup
Nul doute, au vu du compétiteur ultime qu’il demeure, que les matchs lui manquaient tout autant. Voire plus encore. Depuis un certain temps, le staff toulousain avait ciblé ce rendez-vous du 29 novembre pour lui offrir ses premières minutes de jeu cette saison. Une soirée qui sera donc chargée en émotions fortes, entre la dernière apparition de Pita Ahki sous le maillot stadiste et les retrouvailles du public avec Dupont. Le garçon est à part et sa simple présence sur la feuille de match donne une saveur singulière, notamment pour l’adversaire. Questionné sur le sujet mercredi, le manager francilien Patrice Collazo a d’abord souri : « Ah, vous avez plus d’infos que moi, vous connaissez la compo de Toulouse apparemment. Le contexte dont vous parlez, c’est le leur. Nous, on va à Toulouse, champion en titre. » Mais une fois relancé, il est allé plus loin : « On a discuté d’un ou deux ajustements, mais c’est tout. Si on se focalise sur Dupont, les quatorze autres joueurs vont nous poser des problèmes. La planète entière essaye de défendre sur lui et n’y arrive pas. Honnêtement, même si c’est contre nous, je préfère le voir sur un terrain que blessé. Ce sont des joueurs qu’on aime affronter parce que c’est ce qu’il se fait de mieux. Ces joueurs, il faut qu’ils soient sur le terrain. »
Son retour devrait en tout cas rappeler quelques souvenirs aux spectateurs d’Ernest-Wallon. Quand, le 12 octobre 2024, le guide de la génération dorée de Toulouse était déjà revenu après une longue pause bien méritée derrière le sacre olympique avec l’équipe de France à 7. C’était contre Clermont et il était aussi remplaçant. Entré en jeu en début de deuxième mi-temps, il n’avait alors eu besoin que de treize minutes pour inscrire… un triplé. Invraisemblable. Un épisode qui montrait combien il était surdoué du rugby. Celui dont Ugo Mola avait dit qu’il était « capable de révolutionner son sport ». Bien sûr, ce n’est pas un nouvel exploit de ce genre que son manager attend de lui ce samedi. Mais le moment est idéal pour relancer Dupont, alors que la campagne de Champions Cup débutera le week-end suivant pour Toulouse par la réception des Sharks de Durban. Une scène internationale, comme son aura.
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