Annie Genevard était lundi soir à la préfecture de Montpellier pour annoncer des mesures en faveur de la filière viticole. La ministre de l’Agriculture a détaillé ce mardi sur ICI Hérault le plan de sauvetage de l’État.
Après la manifestation des viticulteurs le 15 novembre à Béziers, la ministre de l’Agriculture était en préfecture à Montpellier lundi soir pour une réunion de travail avec la filière. Annie Genevard n’est pas venue les mains vides, annonçant le déblocage de 130 millions d’euros pour l’arrachage des vignes, 15 millions d’euros d’allégements de cotisations et une demande de fonds européens pour la distillation de crise. Annie Genevard était ce mardi matin l’invitée d’ICI Hérault pour détailler ces annonces. Elle assiste dans la journée à l’ouverture du Sitevi, le salon international du vin, au parc des expositions de Pérols.
ICI Hérault : Les viticulteurs attendaient beaucoup de la réunion hier (lundi, NDLR) soir. Vous n’êtes pas venue les mains vides. Alors, avant de détailler les mesures que vous avez annoncées, est-ce qu’on peut dire que c’est un énième plan d’urgence ?
Annie Genevard : C’est un plan d’urgence qui obéit aux nécessités du moment et d’une filière viticole qui fait face à un mouvement de fond qui fragilise de façon structurelle et conjoncturelle la viabilité économique de la filière. Structurelle, parce qu’on connaît le constat depuis plusieurs années : des consommations de vin rouge particulièrement en surproduction, mais aussi des événements conjoncturels qui contribuent à aggraver la situation. Ce sont les droits de douane, les contingences géopolitiques qui perturbent les marchés à l’export. Nous avons, en plus, des événements climatiques et le dérèglement, l’incendie dans l’Aude… Un cumul de difficultés qui nécessitent que l’État, une fois encore, se porte au chevet et au secours d’une filière qui est quand même un fleuron et une fierté française.
Dans les grandes lignes, Annie Genevard, vous promettez de nouvelles mesures d’allégement de charges sociales de 15 millions d’euros, et 130 millions pour l’arrachage des vignes. Sur ce point, les viticulteurs réclamaient 200 millions. Ça veut dire que le compte n’y est pas tout à fait ?
Non, parce que vous ne vous ne prenez en compte qu’une partie du plan : 130 millions, ça concerne effectivement un nouvel arrachage définitif. Il faut absolument adapter l’appareil productif aux possibilités du marché et c’est la raison pour laquelle il faut procéder à l’arrachage, à l’arrachage ciblé, utile. Et là, on pèse sur des difficultés qui sont des difficultés de structure. Mais il y a d’autres mesures qui viennent compléter ce plan : 130 millions, c’est pour l’arrachage, mais nous avons aussi d’autres mesures dont je voudrais vous dire quelques mots, si vous le voulez bien.
Oui, je vous ai parlé des allégements de charges sociales de 15 millions. Et puis il y a aussi la mobilisation de la réserve de crise européenne…
L’Union européenne dispose en effet d’un budget de crise qu’elle peut délivrer, pour des difficultés conjoncturelles pour le coup. Donc la réserve de crise ne peut pas financer l’arrachage qui, là, est une mesure de fond, mais peut éventuellement financer par exemple la distillation. La distillation, c’est la façon de traiter les surstocks non marchands. On sait que certaines caves sont pleines, donc il faut pouvoir traiter ces surplus aussi bien dans les caves chez les indépendants que chez les coopérateurs. Là, nous avons sollicité la réserve de crise et nous attendons la réponse de l’Union européenne qui pourrait apporter des fonds qui seraient les bienvenus à des viticulteurs qui, pour certains d’entre eux, sont dans des situations budgétaires extrêmement sensibles.
C’est la raison pour laquelle nous avons en effet proposé de procéder à des allégements de charges sociales. Nous venons de débloquer cinq millions d’euros et, sur l’exercice 2026, ce sera près d’un tiers de ces allégements de charges sociales. Nous y consacrons 30 millions chaque année, un tiers sera dévolu aux viticulteurs, avec une attention particulière portée aux jeunes parce qu’ils sont les plus fragiles, ils se sont généralement endettés et il faut pouvoir les aider à passer le cap. Donc il y a à la fois des mesures d’urgence, des mesures à caractère social, mais aussi des mesures qui doivent permettre une sortie de crise. Parce que ça ne sert à rien de ne pas essayer de peser sur les contraintes qui handicapent la filière depuis des années.
Pour un viticulteur dans l’Hérault, ça va représenter quoi ? C’est significatif, ça peut vraiment l’aider ?
Je peux vous dire que oui, c’est significatif. Il y sont très attentifs. Et c’est la MSA, la Mutualité sociale agricole, qui gère ce type de dossier. Croyez bien que cet argent est utilement utilisé.
En clair, il faut qu’on produise moins de vin en France ?
Il faut qu’on produise ce qu’on est capable de vendre. Et c’est la raison pour laquelle j’attire l’attention des viticulteurs sur la nécessité de se parler. C’est une filière qui doit continuer à se structurer et qui doit se parler pour aller à l’offensive sur les marchés, les marchés à l’export notamment. Il y a encore des marchés à l’export à explorer. Et puis voilà : l’amont c’est une chose, mais il y a aussi l’aval, c’est à dire la façon que nous avons de promouvoir nos vins. La promotion, la vente, c’est un segment absolument essentiel. Donc pour ce faire, il faut s’organiser, il faut penser à l’avenir, il faut avoir des stratégies. Et pour cela, il faut se parler.
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