Exclusif. XV de France : « Nous acceptons les critiques, pas les remises en cause » : Galthié débriefe la tournée des Bleus

On n’a pas les moyens de faire mieux

Quels enseignements tirez-vous de cette tournée d’automne ?
D’abord, c’est une tournée qui est arrivée au bon moment.

C’est-à-dire ?
À deux ans de la Coupe du monde, elle nous offre de multiples enseignements. Elle est vraiment très riche. Complexe, mais riche. Deux victoires sur trois matchs, malgré une première défaite face à la meilleure équipe du moment (17-32 face aux Springboks). Peut-être même la meilleure équipe de l’histoire du rugby. Le système sud-africain a écrasé l’Irlande samedi à Dublin (13-24). Je l’avais déjà dit avant la tournée, je le répète. Ma grande satisfaction, c’est que cette équipe de France, qui avait à peine cinq entraînements avant ce premier match, est encore dans la partie à la 60e minute. Il a fallu une décision arbitrale, un grattage illicite de Malcom Marx, pour faire basculer la partie.

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Comment ça ?
Nous aurions dû obtenir une pénalité nous permettant de reprendre le score, finalement ça se retourne contre nous. Et nous n’avions pas les moyens ensuite de renverser le match. Mais, encore une fois, ma grande satisfaction, c’est que pendant 60 minutes on fait mieux que jeu égal avec eux. Malheureusement, après, on n’a pas les moyens de faire mieux, ni physiquement, ni collectivement. Les Sud-Africains sont chirurgicaux. Trois essais à zéro passe. Clair, net, précis.

Quels sont les autres enseignements ?
Quand on doit défendre ce ballon porté à la 71e minute contre l’Afrique du Sud (17-18), c’est la première fois qu’on se retrouve dans cette situation depuis neuf mois. Il faut aussi comprendre pourquoi nous sommes en retard. Le premier essai qu’on prend aussi est terrible (Cobus Reinach, 33e). C’est terrible, même si les Sud-Africains ont encore un avantage sur la mêlée, parce que c’est un essai à zéro passe alors que l’on mène 14 à 6 et que l’on peut se diriger tranquillement vers la mi-temps. On a donc pris des coups violents dans cette tournée. Contre les Fidji, malgré une entame parfaite, chirurgicale et un score de 21-0, on a une perte de contrôle de quarante minutes, liée essentiellement à nos fautes et erreurs défensives. Mais ce qui est formidable dans ce match-là, c’est que l’équipe a été en capacité de réagir, après le retour en force des Mélanésiens.

Et enfin ?
Il y a ce dernier match face à l’Australie avec de nombreuses fautes d’indiscipline, notamment sur notre ligne de hors-jeu et nos positions dans les rucks défensifs. Cela nous coûte huit pénalités en première mi-temps et nous oblige à défendre sur cinq pénaltouches. Et pourtant, sur le peu de possession que nous avons eue, nous marquons 19 points. La seconde période est plus aboutie.

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Je l’ai déjà dit, je ne suis pas certain que nous soyons au même niveau qu’à la fin de l’année 2021, si l’on doit comparer les deux périodes précédant la Coupe du monde. Aujourd’hui, nous sommes à 65 % de victoires sur les deux années passées. On en avait 70 % à la même période en 2021. La différence est mince, mais elle existe.

N’aviez-vous pas plus de certitudes en 2021 qu’aujourd’hui ?
Absolument pas. Nous étions alors sur une euphorie après la victoire sur la Nouvelle-Zélande. Surtout, après cette année 2021, il y a le Grand Chelem et une série de 24victoires en 26 matchs, ce qui amplifie l’impression. Nous avions aussi bénéficié d’un calendrier favorable. Mais je me souviens que nous étions encore en recherche. Nous avions tenté une association 10-12 avec Romain (Ntamack) et Matthieu (Jalibert) contre la Géorgie ; une combinaison dont nous n’étions pas satisfaits. Nous avions alors placé Jonathan Danty en numéro 12. Sur ces deux dernières années, le calendrier ne nous a pas épargnés : Afrique du Sud, Fidji, Australie, on n’est pas loin de ce qui est le plus difficile sur un plan physique. Ce sont les trois équipes qui sont les plus dominantes dans les collisions sur le circuit mondial.

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Comment expliquez-vous vos errances défensives ?
Clairement, notre défense est moins hermétique. Nous sommes passés de 1,9 à 3,1 essais encaissés en moyenne par match. Mais offensivement, nous marquons aussi davantage. Sur la même période du premier mandat, nous marquions 3,2 essais par match, aujourd’hui, c’est 4 par match sur l’année 2025. Nous avons donc progressé. On se situe même parmi les trois meilleures équipes du monde, offensivement parlant.

La défense des Bleus a été critiquée pendant la tournée d’automne. MIDI OLYMPIQUE – PATRICK DEREWIANY

Et pour la défense ?
Pour la défense, ça dépend des équipes que nous affrontons. Quand tu joues trois fois les All Black chez eux, ce n’est pas une tournée au Japon.

On a souvent parlé du jeu en «tank» que vous avez mis en place et qui a fait le succès de votre équipe…
(il coupe sèchement) J’ai lu ça mais le jeu en tank n’existe pas. D’où sortez-vous ça? Il s’avère que nous avons des combinaisons avec des codes, des noms différents. Mais le jeu en tank, ça ne veut absolument rien dire. On essaie simplement de faire évoluer et d’inventer notre rugby par rapport à des visions qui sont stratégiques.

C’est-à-dire ?
Être fort sur la zone d’affrontement. Pourquoi? Parce qu’on n’a pas le temps de construire des circuits efficaces. Quel est le temps nécessaire pour construire une animation offensive ? Nous avons deux fois moins de temps que les autres grandes nations. […] On choisit donc de faire évoluer notre animation offensive mais aussi défensive, pour être le plus efficace possible avec peu de temps. Et ça, c’est le fruit de nos recherches.

Pouvez-vous développer ?
Comment déplace-t-on le ballon sur la latéralité, sur la profondeur ? Combien de passes peut-on se faire face à la défense ? Quand on se fait des passes, quelle est la meilleure façon de se faire des passes ? Des courses droites ? Ou pas ? Quand il y a une partie de l’équipe qui joue avec le ballon, que fait l’autre partie de l’équipe qui n’a pas le ballon ? Nous jouons avec trois équipes sur le terrain. Qu’est-ce que fait la première pendant que la deuxième exerce la pression sur la défense ?

En clair ?
Le rugby, c’est une histoire de jeu de transition, anticiper ce qui permettra à l’équipe qui se déplace d’être en meilleure position sur le coup d’après. Nos équipes sur le terrain travaillent les unes pour les autres. Notre réflexion est d’avancer en essayant d’être en position de force, avec le ballon devant la défense, mais aussi avec le ballon dans le dos de la défense. Parce que le rugby ne se joue pas que sur la ligne d’affrontement, il se joue aussi dans les espaces qu’on essaie de se créer.

Maxime Lucu animant le jeu tricolore face aux Wallabies. MIDI OLYMPIQUE – PATRICK DEREWIANY

Pensez-vous toujours que votre équipe sera plus performante dans le prochain Tournoi des 6 Nations ?
On sait que lorsqu’on met quelque chose en place pendant une tournée de novembre, ça ne marche pas immédiatement. On l’entraîne, on le joue, et il faut souvent une deuxième compétition pour que ce soit validé. Donc, il y a des choses qu’on a mises en place qui n’ont pas fonctionné totalement. Mais ne vous affolez pas. C’est normal. Ça devrait pouvoir fonctionner, même si nous ne sommes pas à l’abri d’être lu et décrypté par nos adversaires.

Un mot sur la discipline : elle n’a pas été optimale au fil de cette tournée d’automne. On dénombre douze pénalités de moyenne sur ces trois matchs. Qu’en pensez-vous ?
Ce qui me gêne, c’est l’indiscipline sans le ballon. Certaines choses ne sont pas acquises. J’en déduis que la méthodologie de travail n’a pas encore été efficace. […] Comment a-t-on pu être aussi sanctionné en deuxième mi-temps, contre l’Afrique du Sud ? Et puis, on a été à nouveau surpris face aux Fidji alors qu’on avait identifié ça comme un secteur d’amélioration.

En clair ?
Défensivement, nous avons un problème lié à notre compétence technique : le plaquage complété aux jambes, le double plaquage et la manière, ensuite, dont je vais rouler vers l’Est ou vers l’Ouest pour ne pas gêner le jeu. Si vous reprenez les images, vous constaterez que nos joueurs se relèvent plutôt que de « roll away », comme disent les Britanniques. C’est lorsqu’ils se relèvent qu’ils sont en position de hors-jeu et ce mouvement de dégagement doit donc devenir un réflexe acquis. Force est de constater qu’il ne l’est pas encore.

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Concernant le double plaquage, pouvez-vous développer ?
Le double plaquage est très important dans le tiers central du terrain. On doit mieux travailler nos réflexes collectifs : qui va aux jambes ? Qui va en haut ? Que fait le plaqueur au sol ? Que fait le plaqueur en haut ? Celui-ci a deux opportunités : il peut renverser la pression et passer sur le porteur de balles. Il peut aussi gratter. Tout dépend de ce que fait le plaqueur en jambes, en fait. Tous ces sujets dans la zone plaqueur plaqué sont passionnants et c’est ce qu’on travaille justement avec Shaun Edwards. Ma question est la suivante : où seront nos joueurs les huit prochaines semaines, jusqu’au début du Tournoi des 6 Nations ?

Notre réponse : en club.
Voilà. J’espère alors que les joueurs vont avoir conscience, dans leur travail quotidien, de ce qu’ils peuvent faire de mieux. Cette période de huit semaines doit être mise à profit. Et pour le XV de France, et pour le championnat.

Votre animation offensive est-elle finalement trop dépendante d’Antoine Dupont ?
Nous avons marqué quatorze essais en trois matchs, en novembre. Ça fait une belle moyenne. Mais nous pouvons faire mieux. […] Je ne remettrai jamais en question la présence d’Antoine Dupont, mais il y a aussi des joueurs qui émergeront. L’entrée en jeu de Kalvin Gourgues fut à ce titre remarquable, samedi soir face à l’Australie.

Kalvin Gourgues à l’attaque avec Nicolas Depoortere. Midi olympique – Patrick Derewiany

Indéniablement.
On aurait voulu l’utiliser contre les Fidji mais malheureusement, on n’a pas pu : il était blessé. C’est un joueur qui a du talent. Je pense aussi à Fabien Brau-Boirie (Section paloise), Gaël Dréan (Toulon), Esteban Capilla (Bayonne), Lenni Nouchi (Montpellier). Il y a des joueurs à fort potentiel offensif, des joueurs de rupture : j’espère qu’on pourra les développer.

Avant le Tournoi des 6 Nations 2025, vous disiez que vous n’étiez pas satisfait de la mêlée fermée. Sur l’automne, vous êtes à 50 % de ballons conservés contre l’Afrique du Sud, 75 % face à l’Australie…
Il faut nuancer. Il y a des points d’amélioration en touche et en mêlée. Mais c’est un travail collectif. Pourquoi montrerait-on du doigt un entraîneur ?

Un second souffle durant le Tournoi ?

Le jeu déployé par le XV de France durant cette tournée de novembre n’a pas complètement séduit malgré deux succès sur les Fidji et l’Australie. Plusieurs carences se sont affichées en taille XXL. D’abord, la défense. Ensuite, la discipline. A plusieurs reprises, le sélectionneur des Bleus s’est retranché derrière le manque de temps et de vécu commun. A juste titre ? A chacun d’en convenir. Ou non. Il jure que pour lui, le sujet n’est pas « politique ». Qu’il ne cherche pas à mettre la pression sur la Ligue Nationale de Rugby et les clubs dans la perspective d’obtenir une marge de manœuvre supplémentaire à la signature du prochain avenant à la convention entre la FFR et la LNR, régissant la mise à disposition des internationaux.

Toutefois, les interrogations se sont accumulées. Comment le XV de France, qui a battu le record d’essais inscrits durant le dernier Tournoi des 6 Nations, a-t-il perdu de sa splendeur offensive ? Le poids des absences n’est pas anodin. Galthié, lui, réfute l’idée d’une Dupont-dépendance dans ce système que le staff surnomme en interne « le tank ». A ce sujet, il s’offusque de voir des fuites sur le nom des stratégies mises en place. Tout comme il atténue son propos tenu samedi soir en direct chez nos confrères de TF1. A chaud, le patron des Bleus confessait que son équipe, à deux ans de la Coupe du monde en Australie, n’avait pas le même niveau qu’en 2021 à la même distance de l’échéance du mondial 2023. Il argumente avec des chiffres et tente de convaincre qu’il n’a pas moins de certitudes. Il jure même qu’on verra lors du prochain Tournoi des 6 Nations une meilleure version de ses Bleus. La raison ? Cette tournée d’automne, véritable lancement de la saison 2025/2026 des Tricolores, est aussi un laboratoire pour son système de jeu. Les nouveautés aperçues durant cet automne auront déjà un vécu et serviront de base de travail dès lors que les Tricolores se retrouveront à Marcoussis en amont du premier match de la compétition face à l’Irlande. Avant cela, le staff, au grand complet, se retrouvera en séminaire au cœur des infrastructures de l’Aviron bayonnais pour lancer la dernière ligne du projet de jeu destiné aussi à conduire XV de France vers le titre suprême, en Australie.

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Je comprends que Greg Alldritt ait demandé à ne pas participer à la tournée en Nouvelle-Zélande

Quelle est la responsabilité de Shaun Edwards (entraîneur spécialiste de la défense) sur les problèmes défensifs affichés durant cette tournée ?
Nous acceptons les critiques, pas les remises en cause. Le rugby est un sport collectif. Au fil de cette tournée, certains joueurs ont été pointés du doigt. Et je suis surtout satisfait de leur réaction.

Un exemple ?
Romain Ntamack ou nos piliers droits. La réponse de Romain hier (samedi), elle est claire. Romain se sacrifie pour le collectif, il joue pour l’équipe. La réponse de notre pilier droit (Régis Montagne), c’est une réponse collective, je crois. Tous ont répondu de la meilleure des manières aux critiques.

Mais n’avez-vous jamais un avis négatif sur un joueur ?
Je ne peux pas partager avec vous le fait qu’on pointe du doigt une personne ou un joueur. Je peux parler aux joueurs en tête à tête et leur expliquer de manière très claire ce que je pense, leur faire part de mes attentes. Mais la performance est collective. Et si on parle de Shaun Edwards, c’est pareil. La défense aide l’attaque, la touche aide la mêlée, la mêlée aide la touche. Tout est lié. L’énergie qu’on met dans un secteur permet à l’autre secteur de fonctionner. Il est donc hors de question pour moi de remettre en doute les compétences ou la performance d’une personne, de mon staff ou de mon équipe.

En revanche, le poste de pilier droit est en souffrance. En convenez-vous au moins ?
Moi, je suis très content de ce qu’a réalisé Régis Montagne, qui jouait encore en Pro D2 il y a deux ans. Il monte en puissance et nous croyons en lui. Il y a aussi Tevita Tatafu (Bayonne), qui reviendra bientôt à la compétition. Et puis tous les autres… On va trouver.

En évoquant la mêlée fermée, on pense aussitôt à Uini Atonio, 35 ans. Pensez-vous toujours pouvoir amener vos trentenaires jusqu’à la Coupe du monde australienne ?
On verra à la fin. Dire aux joueurs qu’ils sont en capacité d’aller jusqu’au Mondial, c’est positif. Il y a 80 % des joueurs du groupe actuel qui peuvent le faire. Mais d’ici deux ans, il y aura aussi un delta. On ne peut pas tout calculer.

Il semble que le XV de France soit néanmoins à un carrefour générationnel, avec l’apparition de Kalvin Gourgues au centre…
(Il coupe) Fabien Brau-Boirie, aussi. Et Pierre-Louis Barassi.

Le réservoir est hallucinant à ce poste.
Hallucinant, non. Il y a du potentiel. Remettons-nous dans le contexte mondial. D’autres équipes sont aussi armées à ce poste.

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Vous aviez choisi de donner le capitanat à Gaël Fickou, au début de la tournée.
(Il coupe) On avait lancé le Tournoi 2025 avec Antoine Dupont. Greg Alldritt avait repris le flambeau après la blessure d’Antoine. Quand Gaël Fickou nous a dit qu’il voulait partir en Nouvelle-Zélande avec nous, on s’est naturellement appuyé sur son immense expérience. Dans la foulée, il y a eu une continuité sur cette tournée d’automne.

Fabien Galthié aux côtés de Grégory Aldritt après la rencontre face aux Fidji. MIDI OLYMPIQUE – PATRICK DEREWIANY

En creux, on comprend néanmoins que vous n’avez pas apprécié le fait que Gregory Alldritt ne soit pas venu en Nouvelle-Zélande.
Pas du tout. Je comprends que ces joueurs-là ne viennent pas. Vraiment.

Mais il avait dit vouloir venir, au départ…
Oui, après le Tournoi des 6 Nations. Derrière ça, il y a eu quinze week-ends de compétition. Il avait le droit de m’appeler pour me dire : « Je ne peux pas ». Il n’est pas le seul, d’ailleurs. Jean-Baptiste Gros et d’autres m’ont dit la même chose… Anthony Jelonch m’a quant à lui soufflé : « J’ai besoin de soigner mon genou ». À la fin du Tournoi, ils voulaient pourtant tous partir en Nouvelle-Zélande ! Mais encore une fois, je suis d’accord avec eux et je les écoute.

Vous n’éprouvez vraiment aucune déception dans ces moments-là ?
Non.

https://www.rugbyrama.fr/2025/11/24/exclusif-xv-de-france-nous-acceptons-les-critiques-pas-les-remises-en-cause-galthie-debriefe-la-tournee-des-bleus-13069500.php

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