De retour un an après son dernier match en équipe de France, et un peu plus d’un mois seulement après avoir renoué avec la compétition suite à une rupture du ligament croisé d’un genou, le troisième ligne, monté dans la cage samedi pour défier les Fidji, et ancien capitaine du XV de France Charles Ollivon a été élu homme du match. Une performance qui en dit long sur la force de résilience du bonhomme mais aussi sur le caractère bien trempé de ce basque AOP. Entretien.
Vous avez été élu homme du match samedi soir alors que vous n’avez repris la compétition que le 4 octobre dernier après dix mois d’absence en raison d’une rupture du ligament croisé du genou. Très franchement, pensiez-vous être en capacité de jouer avec le XV de France il y a un mois ?
Après une blessure aussi longue comme j’ai connu, mon objectif était d’abord de reprendre le rugby et de retrouver des sensations. Je savais qu’il y avait cette tournée avec l’équipe de France, je connaissais les adversaires, les dates, les stades… Mais après une absence aussi longue, sur une blessure aussi grave qu’une rupture du ligament croisé, il y a beaucoup d’étapes à franchir et de cases à cocher, avant de s’imaginer rejouer en équipe de France. J’étais donc vraiment focalisé sur mon club, je voulais d’abord retrouver des sensations, me sentir bien sur le terrain, avant d’envisager un retour pour la tournée, pour le tournoi, ou quoi que ce soit.
Vraiment ?
Sincèrement, c’est particulier une blessure aussi complexe qu’une rupture d’un ligament croisé du genou. Je voulais me sentir stable sur mon genou, avant d’envisager quoi que ce soit. Après, pour être le plus transparent possible, cette tournée, je l’avais en tête, mais je n’avais pas de projet particulier. À aucun moment, je ne me suis projeté si loin.
Encore une fois, on vous avait donné pour perdu, encore une fois vous avez démontré être en capacité de revenir au plus haut niveau. D’où vient cette force ?
C’est vrai que j’ai été donné pour mort pour le rugby ou pour l’équipe de France quelques fois (rires). Mais bon… Ça fait partie de la vie d’un joueur de rugby. Des blessures, tous les joueurs en ont, plus ou moins graves, plus ou moins souvent. Mais d’autres avant moi sont revenus de ce genre de blessure.
Sauf que vous, c’est une situation qui se répète depuis quelques années et qu’à chaque fois, vous parvenez à retrouver votre meilleur niveau malgré des blessures graves…
C’est vrai que je n’ai pas été épargné. Mais ça fait partie de moi, c’est mon caractère, je suis comme ça. J’aime ce sport, j’aime aussi beaucoup mon club, j’aime porter ce maillot bleu, je me régale de ce que cette vie m’offre. En fait, je ne me pose pas tant de questions que ça.
N’avez-vous jamais douté ?
Évidemment que pendant ma convalescence, j’ai connu des périodes de doute, je me suis posé aussi quelques questions. Ça n’a pas été une rééducation ni difficile, ni facile. Mais voilà, j’ai été bien aidé par Pierre (Mignoni, manager du RC Toulon), qui m’avait mis en place tout un plan de reprise. Donc, c’est vrai que j’ai passé une rééducation assez sereine et ça m’a permis de bien travailler, de préparer mon retour dans de bonnes conditions et au final d’être de me sentir très bien à l’instant de reprendre la compétition. Ce qui m’a permis de redevenir performant très rapidement, pour ne pas dire dès le premier match.
Mais où allez-vous puiser cette résilience, tu vas la chercher où, Charles ?
Depuis tout petit, on me parle de mon caractère. Il doit y avoir un peu de ça. C’est ce qui me caractérise beaucoup. Je suis comme ça, c’est dans ma nature. Je n’ai pas besoin de me forcer, ce n’est pas quelque chose que je cultive. Je suis comme ça et je pense que je ne changerai pas. Le goût du travail, de la réussite, ça fait partie de mes valeurs.
On évoque les blessures mais il y a eu aussi la perte du capitanat en équipe de France, une mise hors groupe parfois, comme l’an passé pour la rencontre face au Japon. N’avez-vous pas le sentiment que rien n’est simple dans votre parcours ?
C’est comme dans la vie de tous les jours, il n’y a rien de simple, il n’y a jamais rien d’acquis. Et encore mois le maillot de l’équipe de France.
Rien ne semble vous affecter. On se trompe ?
C’est une question qu’on me pose régulièrement. Sincèrement, je crois que les gens ont souvent été plus inquiets pour moi que je ne l’étais moi. Évidemment, j’ai eu à faire face à pas mal d’obstacles, que ce soit en club, en équipe de France ou à cause de blessures. Mais j’essaie toujours de voir le bon côté des choses. Aujourd’hui, j’ai 32 ans, c’est aussi plus facile de prendre un peu de recul. J’ai la chance d’être heureux dans ma vie privée, comme dans ma vie professionnelle. Je vois beaucoup le positif dans mon quotidien, c’est une chance. C’est pour ça que lorsqu’on me demande si de redevenir simple soldat de l’équipe de France, après en avoir été le capitaine, ça me gêne, je n’ai aucun souci à répondre que ce n’est pas un problème. Vraiment pas. Je suis heureux d’être en équipe de France. J’y prends tellement de plaisir que je n’ai pas de problème d’ego. Allez donc demander à mes entraîneurs, ils en parleront mieux que moi. En fait, pour moi, ce n’est pas un sujet.
Quelle relation entretenez-vous avec ce maillot bleu ?
J’aime le porter. Je ressens une immense fierté à chaque fois que je l’enfile. Et puis, je suis un compétiteur. J’ai besoin de toucher le plus haut niveau. Je fais du sport aussi pour ça. C’est quelque chose qui m’anime au quotidien. J’aime jouer à ce niveau-là, c’est une évidence. Et pourtant, je me régale avec mon club. J’ai la chance d’évoluer dans un club que j’aime Je suis dans un club avec des valeurs qui sont les miennes. Je me retrouve vraiment dans tout mon environnement. Et puis, cette équipe de France, ça fait quelques années que j’y suis maintenant. J’y suis attaché. Depuis la fin de la Coupe du monde au Japon et que Fabien en est devenu le sélectionneur, on vit une histoire singulière. Je sais très bien que rien n’est acquis, mais je veux juste être moi-même.
Pour la première fois, vous avez débuté un match de l’équipe de France au poste de 4. Est-ce que cela pourrait constituer une hypothèse durable pour la fin de votre carrière internationale ?
Ce qui est sûr, c’est que je ne jouerai pas jusqu’à 40 ans. Je peux déjà vous le confirmer, c’est une certitude. Après, le poste de 4, c’est une hypothèse. J’y ai joué hier soir (samedi). Tout est parti d’une cascade de blessure en club. Je crois qu’en équipe de France, avec la Flamme (Thibaud Flament) qui s’est fait mal, il y avait peut-être eu un manque à ce poste-là. Point barre. Moi, je suis à disposition de l’équipe. À Toulon comme en équipe de France. J’ai la chance d’avoir deux entraîneurs, que ce soit Pierre (Mignoni) en club et Fabien (Galthié), qui communiquent bien, qui s’entendent bien. Ça facilite les échanges et permet de travailler sereinement. Pierre et Fabien peuvent me mettre où ils veulent, ils savent qu’ils peuvent compter sur moi.
Celui qui ne veut pas subir de commentaires ou de critiques, il ne faut pas qu’il joue à ce niveau-là
Avec Grégory Alldritt, vous avez samedi soir été les deux joueurs ayant pris un peu le leadership sur le groupe. En quoi le fait de ne pas avoir subi sur le terrain la gifle reçue par l’Afrique du Sud vous a conforté dans ce rôle-là ?
L’idée, n’est pas farfelue, il y a même peut-être un peu de vrai. Pour des raisons différentes, ni Greg, ni moi n’étions sélectionnés pour affronter l’Afrique du Sud. Nous n’avons donc pas vécu les mêmes sentiments que ceux qui ont joué ce match. Cette défaite a été un mauvais coup reçu sur la tête et une grande déception pour tous les gars. J’ai donc essayé d’apporter ma fraîcheur, mon enthousiasme de retrouver l’équipe de France un an après mon dernier match (ndlr ; France – Argentine, le 22 novembre 2024). J’avais beaucoup d’envie, Greg aussi. Après, c’est notre rôle aussi. Nous sommes une équipe, un collectif et il faut essayer de se tirer les uns, les autres, vers le haut.
Avez-vous le sentiment, avec cette victoire laborieuse, d’avoir chassé les doutes nés après cette nouvelle défaite face à l’Afrique du Sud ?
Déjà, c’est une victoire ! Première chose. Je préfère le dire d’emblée.
Pourquoi ?
Parce qu’inconsciemment, tout le monde prend les Fidji d’une manière un peu différente. Or, pour les côtoyer au quotidien dans les clubs, on sait que ce sont des mecs avec des qualités hors-norme et ce n’est pas une équipe que tu peux manier facilement. C’est facile de dire qu’ils ont juste des individualités, mais depuis quelques années, le rugby fidjien s’est structuré. Ils sont vraiment difficiles à manœuvrer. Évidemment qu’on n’est pas complètement satisfait de notre match, mais il y a aussi du bon. On aurait aimé surfer sur ce 21-0 du début du match, c’est évident. Malheureusement, on a eu un petit passage à vide. On va bien regarder la vidéo cette semaine et essayer d’être plus constant samedi prochain.
Avez-vous le sentiment qu’on attend parfois trop de cette équipe de France ?
Jamais je ne dirai ça. C’est l’équipe de France, tout le monde veut la voir bien jouer et gagner. Je n’ai pas de problème avec ça. Et même si notre victoire est qualifiée de laborieuse, c’est le jeu. Quand on joue en équipe de France, on se doit de comprendre qu’il y a énormément d’attente. Celui qui ne veut pas subir de commentaires ou de critiques, il ne faut pas qu’il joue à ce niveau-là. Ça fait partie du job. Et notre priorité, c’est de répondre sur le terrain. Chacun à sa place.
Ce dernier match contre l’Australie est-il une occasion pour se faire pardonner la défaite contre l’Afrique du Sud ou une opportunité supplémentaire pour construire dans la perspective du Mondial 2027 ?
Jouer ces matchs-là, c’est important. Le chemin est encore long. Et l’on voit bien que sur notre route, il y a des embûches parfois. Ça fait partie du jeu. Il y en a quand même moins qu’il y a quelques années, mais ce n’est pas parce qu’il y en a moins qu’on doit se satisfaire de la situation. On a les yeux en face des trous, ne vous inquiétez pas.
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