Top 14 – Reportage. « À Bayonne, c’est chaud Patat » : les coulisses d’une semaine sous tension

À Bayonne, où la cohabitation entre Laurent Travers et Grégory Patat est source de tensions, la position du manager de l’Aviron bayonnais semble de plus en plus inconfortable. Dans de telles conditions, le Gersois pourra-t-il tenir encore longtemps ?

C’est sous un doux temps automnal que les joueurs de l’Aviron bayonnais ont retrouvé le chemin des terrains, mercredi matin. Accompagnés par des températures avoisinant les 20 degrés, les ciel et blanc ont effectué une reprise plutôt ludique, avec un atelier football, à dix jours du match contre le Racing.
Pendant que Laurent Travers, le directeur du rugby de l’Aviron bayonnais recevait le Toulousain, Dimitri Delibes, pour une visite des installations du club, Grégory Patat, le manager de l’Aviron bayonnais, était là, à admirer les dribbles de Pascal Cotet, tout sourire. Après dix jours de coupure, le Gersois a retrouvé ce qu’il aime le plus : le terrain, son staff et ses joueurs. C’est l’essence de son métier, et ça lui a mis du baume au cœur, car la fin des vacances, pour lui, n’a pas été de tout repos. Tout est parti, dimanche soir, d’un article du journal Sud Ouest. Nos confrères y racontaient comment, quelques jours avant la réception de Montauban, Philippe Tayeb avait sèchement critiqué Grégory Patat au cours d’une réunion quelque peu houleuse. « Si je t’ai prolongé, c’est juste parce que tu avais l’opinion publique avec toi. […] Tu n’es pas un bon manager. Laurent (Travers) doit tout reprendre », écrivait alors le quotidien local.

Patat, le roi du silence

Quelques heures après la parution de cet article, qui secoua tout Bayonne, le président de l’Aviron bayonnais, sollicité par nos soins lundi matin, accepta donc de livrer sa version des faits, pour notre site internet, Rugbyrama.fr. Rendez-vous fut pris, lundi à 15h30, au cabinet d’assurance de Philippe Tayeb, à Anglet. « Je vous ai dit que vous deviez travailler ensemble pour l’institution », entendit-on dès notre arrivée sur place. On comprit alors assez vite, qu’à l’étage, le président du club s’entretenait avec Grégory Patat et Laurent Travers. D’autant qu’en fin de matinée, un informateur nous avait prévenu qu’une réunion de crise devait avoir lieu, entre les trois hommes, sur les coups de 14 heures.

Plutôt souriant et cordial au moment de quitter la réunion, Laurent Travers sortit du bureau du président Tayeb peu après 15h30. Grégory Patat, lui, avait la mine des mauvais jours. Son président venait, à notre grande surprise, de lui demander de rester à ses côtés, le temps de l’interview. Tayeb voulait que son manager donne sa version des faits, au sujet de la réunion houleuse évoquée un peu plus tôt. Pas franchement favorable, le Gersois déclina la proposition de son président et s’éclipsa poliment. L’interview ne se fera qu’avec le président Tayeb, comme cela avait été prévu à la base. D’ailleurs, un peu plus tôt dans la journée, le patron du club basque avait envisagé de faire un communiqué commun, avec Grégory Patat, pour réagir à l’article de Sud Ouest. Patat avait déjà refusé. Depuis ? Le manager Gersois se mure dans le silence. Il n’a pas donné suite à nos multiples sollicitations. Sa direction attend de lui qu’il s’exprime, pour corroborer les propos de son président. Fatalement, cette situation contraste avec des dernières semaines, où nos différentes demandes d’interviews, pour évoquer sa prolongation, sont restées sans réponse favorable du club.

Tayeb : « Tu n’es pas un manager, tu es l’entraîneur de l’équipe professionnelle »

Philippe Tayeb, lui, a parlé. Longtemps. Il n’a éludé aucun sujet et pendant près d’une heure, le patron de l’Aviron a livré ses vérités. « L’article (de Sud Ouest, N.D.L.R.) est déformé. Je n’en veux pas au journaliste, qui a fait son travail. Ce sont des propos qui lui ont été répétés et ça vient de l’intérieur. C’est grave. » Sur la forme, le président Tayeb a regretté que « des gens (en interne, N.D.L.R.) parlent pour déstabiliser le club ». Quant au fond ? « Lors de la réunion dont il est question, je n’ai jamais dit à Greg que c’était un mauvais manager. Je lui ai dit : « pour moi, tu n’es pas un manager, tu es l’entraîneur de l’équipe professionnelle”. Quand je parle du rôle de manager, c’est l’ensemble des pôles du club, avec le management de l’équipe première, du centre de formation… J’ai dit à Greg qu’il avait eu de très bons résultats en tant qu’entraîneur, mais que demain, s’il voulait continuer à progresser, il fallait qu’il soit dans un management global. »

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Sa prolongation ? « Elle a été conditionnée par trois indicateurs. Premièrement, les résultats obtenus, avec cet objectif qu’il a rempli. Deuxièmement, il fallait protéger l’arrivée de Laurent Travers, qui a été insulté, injurié et menacé sur les réseaux. Troisièmement, il y avait une forme de popularité autour de Greg, et c’est très bien, donc la signature a été faite en ce sens. » Ici, le président Tayeb apporte ses précisions et amène une certaine nuance, par rapport aux échanges qu’il a eus, en tête-à-tête, avec son manager, et qui ont été retranscrits dans la presse. « J’espère qu’il le confirmera », souffle Tayeb. Il n’en sera rien.

Giroud, verdict imminent

Du côté de Jean Dauger, le silence de Patat n’a pas été bien perçu par sa direction et la situation du manager ciel et blanc semble de plus en plus inconfortable. Demi-finaliste du dernier championnat, avec une masse salariale somme toute modeste (la douzième de la division), Patat estime avoir la recette qui marche, même si son équipe doit progresser à l’extérieur. Il veut donc continuer d’avancer avec ses plus proches collaborateurs, après avoir prolongé son propre contrat jusqu’en 2028. Le problème, c’est que sa direction ne voit pas l’avenir de la même façon. Le président Tayeb veut injecter du sang neuf dans le staff. « Dans le monde professionnel, quatre ans de terrain, c’est très difficile, parce que les joueurs connaissent le discours. Les managers qui sont restés 20 ans en place l’ont fait, car ils ont fait bouger leurs collaborateurs », dit Tayeb, pour justifier sa volonté de changement.

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Ainsi, le dirigeant a proposé un contrat très longue durée (4 ans) à Thibault Giroud, l’actuel directeur de la performance de l’UBB. « Il me paraît être l’un des meilleurs en France », glisse Tayeb, qui n’a pas prévenu Patat avant de sonder l’ancien préparateur physique des Bleus. Pourquoi ? « Je viens de m’en expliquer avec lui. J’en resterai là sur le sujet », coupe le dirigeant. Patat, lui, souhaite prolonger Loïc Louit, un de ses plus fidèles soutiens, avec qui il a travaillé à Auch et Perpignan. « Loïc fait du très bon travail, souligne Tayeb. Je n’ai aucun problème avec lui. Au contraire, c’est un garçon brillant dans ce qu’il fait, mais je suis là pour améliorer ce qui est déjà en place. »

Loïc Louit pourrait être fixé dans les tout prochains jours, puisque du côté de Jean Dauger, on attend une réponse de Thibault Giroud, sous peu. La deadline accompagnant la proposition de l’Aviron est fixée bien avant la reprise du Top 14 (le 22 novembre). À Bordeaux, Laurent Marti a, lui, prévu de rencontrer les adjoints de Yannick Bru plus tard, pendant le mois de décembre, pour avancer sur le dossier des prolongations. D’ici là, Giroud aura normalement donné une réponse à l’Aviron. Sera-t-elle positive, ou négative ? Plusieurs entretiens ont eu lieu mercredi, à Bordeaux. En milieu de semaine, la tendance le concernant était à un départ de l’UBB, où son contrat prendra fin en 2027. Rien n’est officiellement acté.

Patat se pose des questions

Toutefois, si la tendance se confirme, cela pourrait avoir de grosses répercussions sur le staff de Grégory Patat. Et sur le manager lui-même ? Ce dernier se pose des questions au sujet de son avenir à Bayonne. « Quand il y a un doute, il n’y a pas de doute », nous a-t-on soufflé. Patat a été affecté par les remarques de son président et les difficultés qu’il rencontre pour prolonger certains de ses adjoints lui pèsent.

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Sur ce thème, pour être précis, tous ne sont pas menacés. Au sein de la direction ciel et blanche, on souhaite conserver Gerard Fraser, le grand architecte du jeu bayonnais, dont les qualités et la force de travail sont reconnues par tous. Le Néo-Zélandais a refusé une première proposition de prolongation. « Un refus, c’est dire “je ne veux pas rester à Bayonne”. On a laissé travailler et on est en réflexion sur deux ou trois détails », nuance Tayeb. Les deux hommes devaient se voir en milieu de semaine pour un nouveau point. Pour Nick Abendanon, en charge de la défense de l’Aviron depuis cet été, une rencontre est censée avoir lieu d’ici peu. « J’espère qu’on pourra le renouveler », avance Tayeb. Camille Lopez, lui, est sous contrat. La question ne se pose donc pas.

En revanche, la donne semble différente pour les entraîneurs des avants. Joël Rey (60 ans), qui s’occupe de la mêlée, doit devenir directeur de la performance au centre de formation, après quoi il pourrait prendre une retraite sportive bien méritée. Stéphane Barberena, qui gère la touche, est plus que menacé. « Aucune discussion n’a eu lieu avec lui », coupe Tayeb. Un ou deux postes, dans le staff, pourraient donc être à pourvoir cet été, afin d’accompagner la conquête ciel et blanche. Patat aura-t-il les mains libres pour choisir le ou les adjoints en question ? « Oui et non, répond Tayeb. Il a obligatoirement un avis à avoir de Laurent Travers et de moi. »

Tayeb : « On n’est pas dans l’émission “Mariés au premier regard” »

Depuis plusieurs mois, la cohabitation entre les trois hommes est, au mieux, cordiale, au pire, houleuse. Tayeb répète à l’envi que ses relations avec Patat « ne sont pas tendues » et le président du conseil d’administration, à l’initiative de la venue de Laurent Travers, a bon espoir que les deux hommes puissent « travailler ensemble ». Le débat n’est, d’ailleurs, plus de savoir si Bayonne a besoin d’un directeur du rugby pour avancer, mais si le mariage entre Patat et Travers, qui n’a pas souhaité s’exprimer, va fonctionner. « Peut-être que je n’y arriverai pas, avoue Tayeb. On n’est pas dans l’émission “Mariés au premier regard”. Là, c’est “mariage au dixième mois.” Mais bon… Avant de se marier, on m’a dit qu’il fallait se fiancer, puis se pacser. On a trois ans pour faire ça. Là, ce sont les fiançailles. On va passer au Pacs. Peut-être qu’ils se marieront et qu’on aura un prolongement des contrats. » Ou peut-être que la situation va tourner au vinaigre et que Philippe Tayeb sera contraint de prendre des mesures fortes. Lundi, le président de l’Aviron bayonnais l’a rappelé. « Des clubs ont décidé de couper des têtes pour moins que ça. » Devra-t-il mettre ses menaces à exécution ? Quoi qu’il en soit, à Bayonne, c’est chaud patate.

https://www.rugbyrama.fr/2025/11/13/top-14-reportage-a-bayonne-cest-chaud-patat-les-coulisses-dune-semaine-sous-tension-13048547.php

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