Depuis deux ans, le maire de Maureilhan se démène pour trouver un médecin pour sa commune. Mais il ne trouve personne alors qu’il a contacté des facultés en France, mais aussi en Roumanie et fait appel à de multiples agences de recrutement. Fin décembre, le dernier médecin de la commune prend sa retraite.
« Les déserts médicaux », lance Christian Seguy, le maire de Maureilhan, dossier au bout des mains, « Je sais de quoi je parle. Cela fait deux ans que je travaille sur ce dossier pour ma commune. Et je ne parviens pas à trouver le moindre praticien ». Christian Seguy réagit au dossier sur la pénurie de médecins, et la course aux aides de l’État pour s’installer et qui a été publié dans nos colonnes, mercredi 5 novembre. « J’ai écrit partout, au ministre, au préfet, dans quinze facultés en France, mais aussi deux en Roumanie. Puis j’ai contacté des cabinets de recrutement, fait des publicités en Espagne et au Portugal et même un clip. Je n’ai rien. Et ce qui m’inquiète le plus, pour mes administrés, c’est que notre médecin arrête dans quelques jours. Il part à la retraite. » Le maire de Maureilhan estime que les députés et la classe politique en général sont « déconnectés du terrain ». Pour lui, il serait important que ceux qui votent les lois à l’assemblée connaissent la réalité du terrain. « Le politique est à l’origine de la désertification médicale. Il a voté des lois pour que les maires ne soient plus députés. Mais un maire n’aurait jamais laissé passer une telle loi (sur le zonage du territoire). Un maire est connecté aux besoins de la population de sa commune. Il aurait vite compris que les médecins allaient être une denrée rare. »
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La faute au quota de population
Depuis quelques années, la commune de Maureilhan a une maison médicale reconnue par l’Agence régionale de santé. Il a signé une convention avec la maison médicale de Béziers pour s’assurer de la présence de médecin de complément. Et malgré cela, toujours pas de médecin à l’horizon. « Nous sommes en concurrence directe avec les zones de revitalisation rurale et nous ne pouvons pas l’intégrer. Pourquoi ? Parce que la densité de la population de la Domitienne au km2 est plus importante que le reste du territoire. C’est n’importe quoi. Un médecin m’a contacté, il voulait savoir ce que je pouvais offrir. Il l’a fait ailleurs aussi et terminé. Je n’ai plus eu de nouvelles. » Pour l’édile, c’est clair, c’est tout simplement l’État qui a mis en place la désertification médicale.
« La société a évolué et c’est très bien »
« Je n’en dors plus. C’est difficile d’être en échec comme je le suis. Pour les personnes de ma génération, être médecin c’était un sacerdoce. Ce n’est plus du tout le cas aujourd’hui. Un médecin désormais, il pense, argent, loisirs et plus vraiment aux patients. Les femmes veulent des enfants, du temps à leur consacrer. Cela ne se discute pas et il ne faut surtout pas voir dans mes propos le moindre sexisme, mais juste en faire le constat. Le médecin est moins disponible. C’est la société d’aujourd’hui, elle a évolué. C’était sans doute nécessaire. »
Le salariat du médecin, ce n’est pas la solution
Alors pour combler le manque de docteur à Maureilhan, la commune a investi dans une cabine de téléconsultation qui a été installée dans la pharmacie du village. La mairie paye l’abonnement et cela rend service à la population. En évoquant le numerus clausus qui a été relâché, Christian Seguy s’emballe un peu. « Ok, le numerus clausus est revu, mais qu’est ce qui change. On doit former plus de médecins ? Mais avec quels professeurs ? Il faut là aussi en former d’autres car ils ne sont pas assez nombreux pour s’occuper de plus d’étudiants. On est en train de tourner en rond. Il faut trouver des solutions d’attente et rapidement. Bon sang, occupons-nous des gens qui vivent aujourd’hui pour assurer l’avenir. »
Quant au salariat d’un médecin, l’élu ne peut lancer sa commune dans cette aventure. Pas assez de moyens. Pas assez de financements. « Il me manque 500 habitants pour pouvoir avancer à perte sur ce dossier. Un médecin salarié, c’est la loi, fera 35 heures par semaine et pas plus et cela avec le nombre de patients qui va avec. Tous les ans, faute d’argent le budget sera donc déficitaire puisque je n’aurais pas assez de consultations pour faire du bénéfice. Et puis, quand j’ai trouvé un médecin, l’ARS arrive et me dit « Il en faut deux sinon ça ne marche pas. On fait comment ? Je n’arrive pas à trouver le premier. C’est désespérant. »
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