Carnet noir – « Sur un terrain, je n’ai jamais eu peur à côté de lui » : les Toulonnais honorent la mémoire d’André Herrero

Le Rugby Club Toulonnais pleure la disparition d’André Herrero, figure emblématique du club et du rugby français. Ce leader charismatique, surnommé « le Grand », a marqué les esprits par sa personnalité et son engagement indéfectible.

  • Bernard Lemaître (président du RCT) :

On ne parle pas de Toulon sans évoquer André

« À Toulon, personne ne pouvait ignorer qui était André. Il était un géant du rugby. C’était un personnage, qui avait un certain talent. Il avait surtout la caractéristique de ce qu’était un grand joueur : la personnalité, le caractère, et l’autorité sur les autres. C’était un vrai capitaine, dans le sens premier du terme. C’était un leader. On a beaucoup de peine de le voir partir, comme tous ses partenaires de cette fabuleuse génération. C’est triste, parce que l’on perd aussi un véritable passionné du Rugby club toulonnais. Quand sa santé lui permettait, il ne ratait aucun match du club. Il n’était pas né ici, mais il était devenu un Toulonnais pur jus. C’est simple : on ne parle pas de Toulon sans évoquer André. »

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  • Pierre Mignoni (manager du RCT) :

Il ne laissait pas la place aux détails du combat, de ce que c’était de jouer à Toulon

« André était quelqu’un. C’était le « Grand ». Il imposait les choses. Pour moi, c’était l’avant le plus emblématique du club. C’était un homme que l’on suivait. Je n’ai pas eu la chance de jouer avec lui. Je l’ai vu à la télévision. Je l’ai aussi connu très exigeant avec nous, en tant que président. Il voulait l’excellence. C’était un grand monsieur de Toulon, du rugby français. Quand André rentrait dans une pièce, il changeait l’ambiance. Il prenait tout l’oxygène. Il avait du charisme. Il avait un truc, qui fait que c’était un leader naturel. Quand il parlait, il était suivi, même s’il avait parfois des excès. Il était très dur. Il était aussi dur avec cette équipe actuelle, parce qu’il nous aimait. Il ne laissait pas la place aux détails du combat, de ce que c’était de jouer à Toulon. Il a porté, sur tous les terrains du monde, quelque chose. Dany (Priso, N.D.L.R.) m’a dit : « Je ne connaissais pas tous les anciens, mais je connaissais André. » Voilà, André n’est pas né ici, mais tout le monde le connaissait. Dès ce week-end, pour ne pas trahir de secret, il sera avec nous dans le vestiaire et il aura aussi une place à Mayol, aux côtés de joueurs qui ne sont plus avec nous. On va tous les honorer dans un futur proche. On veut les honorer dans un mur des mémoires et André sera au centre de ce mur des mémoires. »

  • Gilles Delaigue (ancien joueur du RCT) :

Sur un terrain, je n’ai jamais eu peur à côté de lui

« Le Grand, c’était quelqu’un de dur, perfectionniste mais aussi un affectif. Il avait du cœur. C’était une personnalité. C’était un homme de peu de mots. Il vous regardait, et vous ne pouviez pas faillir. C’était un guerrier. Il emmenait tout le monde. Sur un terrain, je n’ai jamais eu peur à côté de lui. Il diffusait de la confiance. Il sécurisait un peu tout le monde. Il avait une personnalité hors normes. Il me restera nos entrées à Mayol. Dans le couloir, sous le tunnel, il regardait les adversaires. Il les toisait, et parfois, on pouvait voir chez certains de la peur. C’est un homme de vertu, on le suivait. C’était le guide. Il avait une présence énorme sur un terrain. Avec lui, on se disait : « On n’a peur de dégun (personne, N.D.L.R.).«  C’était ça, André, un personnage hors du commun. Dans un vestiaire, quand il vous regardait, il y avait des mots dans ses yeux : « Aujourd’hui, tu ne peux pas faillir. » Il nous a montré cela lors de cette finale de 1971 face à Béziers. André ne lâchait jamais, il aurait été encore sur le terrain avec une jambe en moins. On n’a jamais su ce qu’il s’était passé ce jour-là. Moi, il me reste le regret de me dire qu’il n’a jamais été champion de France. Lui, « Aldo » Gruarin et Christian Carrère le méritaient ce Brennus. Je serai parti à la guerre pour lui. C’est un immense monsieur, quelqu’un qui ne laisse pas indifférent. Le public était d’ailleurs fou de lui. Les Toulonnais l’aimaient profondément dans un rugby bien différent de celui de maintenant. Il le rendait. C’était un emblème de la ville, une ville qu’il savait rassurer. »

  • Manu Diaz (ancien joueur et entraîneur du RCT) :

À Toulon et dans le monde du rugby, les mecs voyaient André comme Le Messie

Toulon, c’est André Herrero. C’est aussi simple que ça. À Toulon et dans le monde du rugby, les mecs voyaient André comme Le Messie. Je peux vous le dire, car quand je suis allé en Nouvelle-Zélande et j’ai vu le regard des mecs de l’équipe de France. Mais, André, c’est surtout Toulon et ses valeurs. On s’identifiait à lui, car il incarnait Toulon. C’était notre emblème. C’était le vrai corsaire. Il a tout été dans ce club : joueur, entraîneur, président. C’était un joueur brillant. Quand il n’était pas là, l’équipe n’était plus la même. Il était un capitaine, un vrai. C’est un grand homme qui est parti, un humain mais aussi un humaniste qui pouvait avoir ses excès de colère. André s’était identifié à la ville, à ses valeurs d’engagements, dans club et une ville où l’on ne doit pas sentir la douleur. Même à la fin de sa vie, il était encore avec nous au stade. On l’adorait tellement. Il était tout pour nous.

  • Thierry Louvet (ancien joueur et entraîneur du RCT) :

Il était dur comme entraîneur, mais on le respectait comme LA légende du club

« André, c’était un tout : le rugby et la personnalité. Il incarnait quelque chose. C’était un personnage de Toulon, mais surtout un personnage du rugby. C’est un homme qui a marqué notre sport. Il a moins de sélections que certains, mais il a laissé une marque. Quand on mettait le maillot du RCT, on portait l’héritage et surtout le sien. André, c’était la rudesse. Il représentait parfaitement ce que devait être un joueur de Toulon. Bien sûr, il y a cette finale face à Béziers. C’était ça André : on pouvait être touché, blessé, mais jamais un joueur du RCT n’était coulé. C’est quelqu’un qui a toujours été au club, moi, j’ai eu l’honneur de l’avoir comme coach. Je pointais le bout du nez. Il était dur. Il était dur comme entraîneur, mais on le respectait comme LA légende du club. À l’époque, on avait conscience de la hiérarchie et du respect de nos anciens. C’était un mec entier. Il était comme sur le terrain. Il n’y avait pas de compromis. Il était presque dans l’excès comme coach. Mais c’était un honneur de le côtoyer. »

  • Aubin Hueber (ancien joueur et entraîneur du RCT) :

C’était un homme de conviction, le patriarche du club

« André, c’est celui qui m’a fait venir à Toulon avec Jean-Claude Ballatore en 1991. À l’époque, c’était notre président. C’est beaucoup d’émotions même si l’âge était là. André représentait tout au RCT, mais pas que, il représentait aussi beaucoup dans le rugby français. C’est vraiment une figure qui quitte notre monde. André, c’était et ça restera « le Grand ». C’était la force physique à l’état pur. On se souviendra tous de cette finale contre Béziers, en 1971. C’était un homme généreux, mais caractériel aussi par moments. Il pouvait être très dur. Il voulait que les hommes se surpassent pour le maillot du Rugby club toulonnais, que qu’ils aillent au bout de leur effort. C’était un homme de conviction, le patriarche du club. Il était l’un des plus anciens de notre Amicale. C’était d’ailleurs le président d’honneur. Aujourd’hui, tout le monde est en deuil. André, c’était l’image forte d’un personnage de Toulon. On se souviendra de son physique massif, de son regard bleu méditerranéen. »

PLUS INFO  Top 14 – La LNR met fin à la haie d’honneur aux arbitres, le protocole d’avant-match simplifié

https://www.rugbyrama.fr/2025/10/24/carnet-noir-sur-un-terrain-je-nai-jamais-eu-peur-a-cote-de-lui-les-toulonnais-honorent-la-memoire-dandre-herrero-13012436.php

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