Viols de Mazan. »Il a été le jouet de Dominique Pelicot » : seul accusé sur 51 en appel, il affirme avoir été manipulé

Jugé coupable à Avignon du viol de Gisèle Pelicot, Husamettin D. est finalement le seul des 51 condamnés à avoir maintenu son appel, espérant se débarrasser d’un costume de « violeur » qui lui colle à la peau. Condamné à neuf ans de prison par la cour criminelle du Vaucluse en décembre, il comparaîtra du 6 au 9 octobre devant la cour d’assises du Gard à Nîmes.

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L’homme est un ouvrier de 44 ans. Il comparaîtra seul, durant 4 jours, à partir de ce lundi devant la cour d’assises du Gard à Nîmes.

Alors que les 16 autres condamnés, ayant initialement fait appel, se désistaient au fil des mois, ce père d’un enfant trisomique, né en Turquie et ayant connu la grande pauvreté pendant l’enfance, n’a pas varié. Il « entend maintenir son appel en intégralité, tant sur la question de sa responsabilité pénale que sur la peine », expliquait en juin son avocate, Sylvie Menvielle.

Comme à Avignon, Gisèle Pelicot sera présente à Nîmes pour le procès en appel.

« Elle se serait bien passée de cette épreuve à nouveau » mais « elle vient pour expliquer qu’un viol est un viol, qu’il n’y a pas de petits viols », a confié à l’AFP l’un de ses avocats, Antoine Camus.

Elle se serait bien passée de cette épreuve à nouveau.

Antoine Camus, avocat de Gisèle Pélicot

AFP

Comparaissant libre, après avoir fait 16 mois de détention provisoire, l’accusé s’était présenté au palais de Justice d’Avignon en boitant, appuyé sur une canne et le visage caché par un masque chirurgical.

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« Non, je ne reconnais pas les faits », avait-il lancé au premier jour d’un procès dont le retentissement allait largement dépasser les frontières de la France.

« On me dit que je suis un violeur, c’est un truc de fou. Je ne suis pas un violeur, c’est un truc trop lourd à porter pour moi. C’est son mari, j’ai jamais pensé que ce type-là, il pouvait faire ça à sa femme », avait-il expliqué trois semaines plus tard, interrogé sur le fond.

 » Je ne suis pas un violeur », défense de la plupart de accusés en première instance. © THIERRY LINDAUER / MAXPPP

Gisèle Pelicot, 72 ans, a été droguée à son insu aux anxiolytiques pendant une décennie par son désormais ex-mari Dominique, avec qui elle a partagé 50 ans de sa vie, puis violée par celui-ci et des dizaines d’hommes qu’il recrutait sur internet. Pour Husamettin D., les faits datent de juin 2019.

Dominique Pelicot s’était, selon lui, présenté comme l’homme d’un « couple libertin » dont la femme ferait « semblant de dormir ».

« Elle est où ton épouse ?« , aurait-il demandé par messagerie.

« Elle est à côté de moi », aurait répondu son interlocuteur.

Dans la foulée, il aurait reçu un autre message : « Je suis bien son épouse, je suis d’accord de vous recevoir ».

J’ai commencé les préliminaires, j’ai vu qu’elle n’avait pas de réaction. J’ai dit : « Elle est morte ta femme ? ».

Husamettin D, accusé

Husamettin D. s’était rendu le soir même au domicile du couple à Mazan dans le Vaucluse, à 50 km de chez lui, où Dominique Pelicot l’aurait fait entrer précautionneusement dans la chambre conjugale, Gisèle étant couchée sur le lit.

« J’ai commencé les préliminaires, j’ai vu qu’elle n’avait pas de réaction. J’ai dit : « Elle est morte ta femme ? ». Il m’a dit : « Non, tu te fais des films ». Il l’a pénétrée et elle a un peu levé la tête « , avait-il encore expliqué.

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Les pénétrations, par les deux hommes, s’étaient poursuivies pendant au moins une demi-heure, jusqu’à ce qu’il entende clairement les ronflements de Gisèle Pelicot et décide de se « casser ».

À une magistrate de la cour qui lui faisait remarquer que le viol se définit par toute pénétration sexuelle commise « par violence, contrainte, menace ou surprise », il finissait par admettre : « Maintenant, je reconnais que c’est un viol ».

Son avocate avait néanmoins plaidé l’acquittement, provoquant même l’une des rares colères de Gisèle Pelicot pendant le procès en suggérant que les vidéos enregistrées ce soir-là « révèlent un jeu sexuel à trois » et qu’on pouvait la voir faire « un mouvement du bassin pour se positionner ».

Husamettin D. est parti quand il a finalement « compris qu’il ne s’agissait pas d’un jeu » et il n’y a dès lors pas de raison de le condamner, avait argué sans succès Me Menvielle.

Si l’expertise psychologique a relevé chez l’accusé « une propension aux pratiques hors normes dans la sphère sexuelle », il ne souffrait d’aucune anomalie mentale ayant pu altérer ou abolir son discernement, selon l’expertise psychiatrique.

Il a fait appel parce qu’il conteste la qualification de violeur pour laquelle il a été condamné en première instance. Il persiste dans l’idée qu’il s’est rendu à ce domicile du couple Pelicot pour un jeu libertin et absolument pas pour violer quiconque.

Il pense avoir été manipulé par Dominique Pelicot. « C’est justement l’enjeu de l’appel : expliquer qu’il n’y a pas de sa part une nouvelle atteinte qui serait faite à Gisèle Pelicot, dont il salue le courage et le caractère iconique révélé par le premier procès. Il veut expliquer à la cour qu’il a été le jouet de Dominique Pelicot », martèle Jean-Marc Darrigade, son avocat montpelliérain, contacté par France 3 Occitanie.

Condamné à 20 ans de réclusion Dominique Pelicot, n’ayant pas fait appel, il sera extrait de sa prison où il est à l’isolement pour être entendu comme témoin, l’après-midi du deuxième jour d’audience à Nîmes. Il conteste avoir été un manipulateur pour quiconque.

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Husamettin D. va comparaître libre car il avait bénéficié d’un mandat de dépôt différé en raison de sa maladie, une polyarthrite.

« Il a le redoutable privilège d’être seul, ça lui garantit une qualité d’écoute. On considère que l’affaire a été jugée de manière très attentive en première instance par les premiers juges. Il n’en demeure pas moins que ce n’est pas inconvenant d’essayer de remettre en cause leur raisonnement », poursuit Me Darrigade.

Condamné à 9 ans de prison, il risque jusqu’à 20 ans de réclusion criminelle.

Reconnus pour la plupart coupables de viols, ses 50 coaccusés, âgés de 27 à 74 ans, ont tous été condamnés à des peines allant de trois ans de prison, dont deux avec sursis, pour un retraité seulement jugé pour agression sexuelle, à 15 ans de réclusion criminelle pour un homme venu six fois violer Madame Pelicot.

Pour ce nouveau procès, plus de 100 journalistes sont accrédités, témoignant de l’intérêt pour une affaire qui a largement dépassé les frontières françaises, suscitant des débats nourris sur les violences sexuelles, le consentement, la soumission chimique ou encore la définition juridique du viol.

En renonçant à un procès à huis clos à Avignon pour que « la honte change de camp », Gisèle Pelicot, est devenue sans le chercher une icône féministe mondiale, son visage à la Une des plus grands journaux du monde ou placardé sur les murs de Lille, Madrid ou Bruxelles.

« Il y a un an, le procès dit des viols de Mazan a fait basculer l’opinion », soulignait début septembre une coalition de 130 associations féministes, de défense des droits des enfants, syndicats et ONG.

« Cette prise de conscience doit maintenant se traduire en actes. Car si la justice est passée à Mazan, c’est trop rarement le cas dans les affaires de violences sexuelles », ajoutait-elle.

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