La semaine dernière, le sous-préfet de Béziers a réuni des acteurs et usagers de cette zone humide pour évoquer les prélèvements sauvages d’eau réalisés par certains pour alimenter l’étang cet été.
L’étang de Capestang, zone humide unique sur le Biterrois d’une superficie potentielle d’eau d’environ 800 hectares sur un site Natura 2 000 de 1 374 ha, souffre. Cette zone d’expansion de crues du fleuve Aude, aménagée par l’homme, a soif, très soif. De plus en plus soif, surtout en été, réchauffement climatique oblige. L’étang souffre, et, avec lui, la flore, la faune, notamment la roselière, les poissons et les oiseaux, mais aussi tous les usagers, notamment les chasseurs de gibiers.
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Des centaines d’oiseaux morts de botulisme
À la fin de l’été 2022, 3 000 à 4 000 oiseaux, dont des espèces protégées, avaient été retrouvés morts, victimes du botulisme, une bactérie qui se développe dans des eaux stagnantes chaudes. « Cet été, rappelle Éric Gautier, le président du Groupement d’intérêts cynégétique (GIC) qui rassemble les chasseurs de gibiers d’eau de l’étang, on en a retrouvé à nouveau 400. Comme il n’y a plus le minimum d’eau nécessaire, les volatiles vont piocher leur nourriture dans la vase et là, ils attrapent le botulisme. »
Un an auparavant, en raison d’un assec (assèchement) important, de nombreux poissons sont morts. Cet été encore, le GIC, l’Association syndicale autorisée (Asa) de l’étang de Capestang (les propriétaires) et le Comité de pilotage (Copil) du site Natura 2 000 étang de Capestang ont procédé à une opération de sauvetage de 600 kg de poissons, en danger pour les reverser dans des rivières au nord de Saint-Chinian.
Le sous-préfet de Béziers, Jacques Lucbéreilh, a réuni sur la question quelques acteurs de l’étang la semaine dernière en sous-préfecture. D’abord, pour parler des prélèvements sauvages d’eau réalisés par certains dans différents cours d’eau durant l’été pour alimenter l’étang. Des actes illégaux, certes, mais dont ils se défendent.
« Il y va de la survie de l’étang, il ne pleut plus assez depuis cinq ans, il faut donc un apport d’eau pour compenser l’évaporation. Alors qu’il faudrait un assec tous les cinq ans pour une bonne minéralisation des sols, on a des assecs chaque année, depuis quatre ans, et à la mauvaise période, quand les oiseaux ont besoin d’eau propre pour se nourrir », indique Lionel Minguès, propriétaire et chasseur de sarcelle d’hiver, canard colvert, bécassine et autres gibiers d’eau, aussi vice-président de l’Association environnementale de défense de l’étang de Capestang.
À ce manque d’eau durant l’été, s’ajoute, comme soulèvent le GIC et Lionel Minguès « trop d’eau à la fin de l’hiver et au printemps, ce qui noie la roselière, le poumon de l’étang, l’épicentre de la biodiversité du site, là où nichent les oiseaux. » « Une hauteur d’eau d’1,60 m est préconisée dans le Document d’objectif (Docob) réalisé et mis en place pour tout le site Natura 2 000 par la communauté de communes Sud Hérault, qui anime le site depuis 2022. Ils mettent beaucoup d’eau pour faire nicher des tas d’oiseaux. Mais c’est trop, 1,30 m suffit ! »
Un équilibre fragile
Trop d’eau, pas assez… Dans tous les cas, le dérèglement climatique a bouleversé l’équilibre de l’étang. Certains parlant même de « catastrophe écologique ». Comme Lionel Minguès mais aussi Fabrice Gelly, chassseur membre du GIC. Sur sa page Facebook, ce dernier a décidé, cet été, de communiquer au public pour y dénoncer « l’envers du décor », « les contraintes, interdictions, aberrations dont nous sommes sans cesse victimes de la part des administrations et service étatiques », arguant une « écologie de bureau bien éloignée de l’écologie de terrain que nous défendons ».
« Nous, propriétaires et chasseurs de gibiers, nous sommes les premières sentinelles de cette biodiversité à préserver », estime Lionel Minguès. Mais, depuis 2006, année où le site a été classé, par arrêté ministériel, Natura 2 000, avec, dans les années qui ont suivi, la constitution d’un comité de pilotage du site (collectivités, EPCI, service de l’État, fédérations, associations, syndicats…), la réalisation du Docob par Sud Hérault, la gestion de l’étang est l’affaire de tous. Et non plus seulement des propriétaires, qui ne sont pas que des privés (lire ci-dessous).
Aussi, les acteurs de l’étang de Capestang s’étant multipliés et diversifiés, il est encore difficile pour certains de comprendre qui fait quoi, qui peut faire quoi.
Pour sa part, Laura Periera, la chargée de mission Natura 2 000 Sud Hérault, explique cette « mission d’animation ». « Notre tâche ne consiste pas à prendre des décisions administratives unilatérales […] Bien au contraire, elle consiste à accompagner les acteurs – propriétaires, usagers, etc. – pour qu’ils puissent faire évoluer les usages et pratiques dans un sens qui correspond aux intérêts écologiques du site. »
« Ce qu’on réclame, c’est un apport d’eau l’été »
Le Docob de l’étang, soit le plan de gestion du site élaboré en concertation avec les acteurs, identifie des actions en lien direct avec sa gestion hydraulique. Tous les acteurs et usagers doivent s’y plier. Mais certaines nouvelles règles, recommandations, actions ou pratiques sont moins acceptées que d’autres, les priorités des uns et des autres différant.
Cependant, pour Benjamin Granel, le président de l’Asa, « ce travail collectif va dans le bon sens. Depuis le début de l’année, tous les acteurs travaillent ensemble pour trouver une solution quant à la maîtrise de l’eau. C’est vrai, c’est compliqué. Mais nous, ce qu’on réclame, c’est un apport d’eau l’été. »
Mais qui pour apporter de l’eau ? Voies navigables de France (VNF) qui devrait fournir de l’eau du canal du Midi puisque le site est protégé ? Or VNF ne le fait pas car soumis aux arrêtés préfectoraux successifs de restriction des usages d’eau durant l’été. BRL et son eau du Bas-Rhône ? La DDTM 11 avec l’Aude ? « On a déjà des apports d’eau hivernaux de l’Aude… Alors, le Département de l’Hérault ? »
Des réunions en sous-préfecture vont encore avoir lieu pour trouver une solution.
Etang de Capestang : qui sont les acteurs, les propriétaires, les usagers ?
Le site Natura 2 000 s’étend sur cinq communes : Poilhes, Capestang, Montels, Nissan, (un peu aussi sur Cuxac et Coursan). L’étang, lui, s’étend essentiellement sur Capestang. L’eau provient surtout du bassin-versant de l’Aude. L’activité cynégétique est l’usage prédominant du site. En périphérie, on y retrouve de l’agriculture : cultures céréalières, prairies de fauche et/ou pâtures. Les acteurs sont les suivants : propriétaires privés (la grande majorité du site, une centaine) ; le Département de l’Hérault ; la commune de Montels (anecdotique) et la commune de Capestang (15 à 20 hectares).
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