Top 14 / XV de France. Louis Bielle-Biarrey (UBB) : « J’ai fini la saison rincé mais heureux »

Après une année marquée par deux titres, une explosion médiatique et une finale de Top 14 perdue dans la douleur, l’ailier du XV de France et de l’Union Bordeaux-Bègles revient sur une saison aussi exigeante que grisante. Fatigue, plaisir, notoriété, ambition : il se confie sans filtre.

On vous a quitté blessé lors de la finale du Top 14. Une semaine plus tôt, vous déclariez forfait pour fatigue et commotion. Comment allez-vous ?

Ça va plutôt bien. Je suis en vacances depuis une semaine. Je reviens d’Ibiza, où j’étais avec mes coéquipiers, et je m’apprête à partir avec ma compagne. Il y a pire comme programme !

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Et au niveau de vos blessures ?

Rien de grave. J’ai reçu un coup dans le bas du dos qui m’a gêné pendant la finale, mais ce n’était qu’un hématome. C’était douloureux, mais ça va mieux maintenant.

Que retenez-vous de cette saison ?

Les deux titres, avec le XV de France et Bordeaux. Enchaîner le Tournoi des Six Nations et la Champions Cup, c’était vraiment génial. C’est ce que je retiens quand je regarde dans le rétro. Les souvenirs sont encore frais. J’ai pris beaucoup de plaisir sur le terrain cette année. On a vraiment produit du beau jeu, que ce soit avec l’équipe de France ou Bordeaux.

Le plaisir, c’est une notion super importante pour moi, et il ne dépend pas uniquement du nombre d’essais.

Avez-vous le sentiment d’avoir franchi un cap sportivement ?

Mon objectif principal cette saison, c’était d’enchaîner après ma première Coupe du monde et mon premier Tournoi. Je voulais confirmer, m’installer davantage avec le XV de France et réussir mes matchs. Je pense que j’ai eu l’opportunité de le faire, et franchement, j’en suis très content.

Faites-vous attention à vos statistiques, à votre nombre d’essais ?

Je ne suis pas obsédé par le fait de marquer, mais je prends de plus en plus conscience que c’est un baromètre. Les ailiers, on est souvent jugés au nombre d’essais. Pourtant, on peut faire un super match sans marquer, et à l’inverse, en faire un moyen en plantant un doublé. Évidemment, quand je commence un match, l’objectif, c’est de marquer. Mais j’essaie aussi de rester lucide : ce n’est pas parce que j’ai marqué que j’ai forcément fait un bon match. Il y a eu plein de fois cette saison où j’ai marqué… sans pour autant être satisfait de ma prestation.

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Donc vous pouvez être satisfait d’un match sans avoir marqué ?

Bien sûr. Le plaisir, c’est une notion super importante pour moi, et il ne dépend pas uniquement du nombre d’essais. Le rugby est un sport ultra complet. Je suis content de mes stats cette saison, mais mon jeu ne se résume pas à ça. Par exemple, contre Northampton, je n’ai pas marqué, mais je n’ai pas eu l’impression d’avoir raté mon match. J’ai joué à l’arrière, ce qui n’était pas évident car je n’y avais pas évolué depuis longtemps. J’étais content de ma prestation.

Mais le fait que vous marquiez beaucoup, avec les Bleus comme avec Bordeaux, a changé votre statut. Vous êtes devenu une des stars du rugby français. Vous en avez pris conscience ?

Oui, j’ai l’impression qu’avec mon gabarit et les bons résultats du XV de France pendant le Tournoi, j’ai retenu l’attention du grand public. J’ai senti beaucoup d’amour et de bienveillance de la part des gens. C’est un vrai plus pour moi, ça me touche.

Vivez-vous bien cette notoriété ?

Franchement, oui. C’est toujours agréable d’être reconnu, apprécié. Je reçois beaucoup de marques d’affection. Après, c’est parfois plus compliqué pour préserver certains moments d’intimité. Mais dans l’ensemble, je vis bien avec ça.

Travaillez-vous spécifiquement votre vitesse ?

Non, pas de mon côté, tout seul. Mais que ce soit avec le XV de France ou l’UBB, on a déjà des séances spécifiques pendant les entraînements, notamment en musculation, pour développer la puissance des jambes. Après, avec une saison qui commence en août et se termine fin juin, on ne peut pas travailler sa vitesse comme un sprinteur. Il faut aussi savoir se reposer.

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On a l’impression que vos courses sont très énergivores, comme celles des sprinteurs. On vous voit parfois marqué au visage après une action. Est-ce si dur de récupérer ?

C’est vrai que quand je fais un effort intense, je mets quelques secondes à récupérer. Et mon langage corporel peut donner l’impression que je suis complètement cramé, que je ne peux plus marcher ! Mais en réalité, je récupère plutôt vite.

Louis Bielle-Biarrey lors de la demi-finale de Champions Cup face à Toulouse. Icon Sport – Hugo Pfeiffer

Est-ce parce que vous sprintez en apnée, comme les coureurs de 100 mètres ?

Peut-être ! Je ne me suis jamais trop posé la question. Mais je vous rassure, je n’ai pas de souci pour finir les matchs. Je n’ai jamais de crampes. Je sais que quand je fais un gros effort, j’ai besoin de 15-20 secondes de récupération. Mais après, ça va.

Justement, sur la fin de saison, votre langage corporel – notamment en finale – a marqué les esprits. Vous donniez l’impression d’être épuisé.

J’ai vraiment terminé la saison fatigué, rincé. Mon corps me l’a fait ressentir. J’avais pris une ou deux commotions, et en finale, j’avais des “pètes” un peu partout. C’est la première fois de ma carrière que je me suis senti usé à ce point. Mais plus les saisons sont longues, plus ça peut arriver.

C’était aussi votre première saison à enchaîner autant de matchs à haute intensité…

(Coupe) Oui, mais j’ai pris énormément de plaisir à les jouer. La fatigue, je pense qu’on l’a tous ressentie. J’ai juste eu un peu plus de pépins sur la fin, mais dans l’ensemble, ça allait.

Vous parlez souvent de plaisir. C’est essentiel pour vous ?

Oui, c’est une vraie boussole. Si je prends du plaisir, tout suit : les performances, l’envie, l’investissement.

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Avez-vous réalisé que l’intensité et le scénario de la finale vont rester dans les mémoires ?

Honnêtement, je ne me suis pas dit qu’on en reparlerait dans dix ou vingt ans. Sur le moment, et même maintenant, je suis surtout déçu de l’avoir perdue. Ce n’est pas passé loin, mais la meilleure équipe a gagné. Cela dit, à l’image de l’an dernier, je pense qu’on est un groupe capable de rebondir. Yannick Bru et le staff vont bien analyser tout ça. Et à la reprise, on va être concentrés sur la suite. Les finales, c’est exceptionnel… et on veut y retourner.

Cette saison, vous avez mis fin au “complexe toulousain” ?

Vous dites ça parce qu’on les a battus trois fois, mais on a encore perdu en finale. Après la défaite l’an dernier, on aurait pu douter, mais ce n’a pas été le cas. On a rivalisé, et on est contents de ça. Mais Toulouse reste une très grande équipe.

Y a-t-il des chambrages entre Toulousains et Bordelais en équipe de France ?

Pas vraiment. Il y a beaucoup de respect et même de l’affection entre nous. Par exemple, Thomas Ramos est très proche de Damian Penaud et de moi. Il n’y a pas de chambrage. Les Toulousains sont assez intelligents pour rester humbles, même quand ils gagnent beaucoup.

L’ailier de l’UBB aux côtés de ses coéquipiers toulousains en équipe de France. Icon Sport – Hugo Pfeiffer

Quel regard portez-vous sur le parcours du FC Grenoble, qui a encore raté la montée ?

Ça fait trois ans qu’ils arrivent en finale, malgré le départ de nombreux joueurs chaque saison. Je suis déçu pour eux. J’espère que l’an prochain sera la bonne. J’aimerais vraiment pouvoir jouer au Stade des Alpes, devant ma famille et mes copains d’enfance.

Quand est prévue la reprise ?

La semaine du 4 août. D’ici là, je vais me reposer un peu, puis reprendre progressivement avec le programme de prépa physique fourni par le club.

Et qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour la saison prochaine ?

Du plaisir ! Aussi intense que cette année, même si ce ne sera pas facile. Mais mes ambitions restent les mêmes : prendre du plaisir, progresser, gagner des matchs… et des titres.

https://www.rugbyrama.fr/2025/07/06/top-14-xv-de-france-louis-bielle-biarey-ubb-jai-fini-la-saison-rince-mais-heureux-12808077.php

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