Finale Top 14 – Causeries, parcours, rugby total… Yannick Bru (Bordeaux-Bègles) et Ugo Mola (Toulouse), duel entre deux maîtres du jeu et des mots

Ce samedi au stade de France (21h05), la finale entre le Stade Toulousain et l’Union Bordeaux-Bègles ne sera pas seulement l’affrontement des deux meilleurs effectifs du championnat. Elle opposera aussi deux hommes proches de leur groupe, à la vision de jeu similaire et au parcours lié : Ugo Mola et Yannick Bru.

Lorsque les saisons touchent à leur fin, que les rencontres deviennent des sommets, Toulousains et Bordelais ont désormais l’habitude de se retrouver pour des duels en altitude. Pour cornaquer ces deux mastodontes de notre championnat, deux hommes devenus des visages charismatiques du Top 14. D’un côté Ugo Mola, le coach toulousain, toujours sûr de ses forces et qui n’a encore jamais connu la défaite en finale avec le club haut-garonnais (six finales disputées, six victoires). « Toulouse c’est une équipe qui a l’habitude de ces moments. Quand je suis arrivé dans ce groupe, ce qui m’a impressionné, c’est la tranquillité des mecs », déclare l’ancien numéro 9 toulousain, Alexi Balès. « Les mecs, surtout les jeunes, jouent au ping-pong, au volley avant une finale. Quand j’étais avec eux, je me disais qu’ils étaient complètement fous », ironise l’ancien ailier du Stade, Yoann Huget.

Découvrir La Tenue des Pros

De l’autre, Yannick Bru, disciple de Guy Novès au Stade toulousain à ses débuts, parti s’aguerrir à Marcoussis avec les Bleus, sur la côte basque, à Bayonne, puis du côté des Sharks de Durban, en Afrique du Sud, avant de débarquer à l’UBB. Un club girondin qu’il a amené au plus haut et auquel il a appris à gagner. « Il est arrivé avec son vécu et son palmarès, explique l’ancien talonneur de l’UBB, Clément Maynadier. Il avait la hargne de faire franchir un cap à l’équipe. Ce n’était pas facile pour lui de lancer une nouvelle histoire et il l’a très bien fait dès le départ, en amenant l’équipe en finale, même si c’était une rencontre humiliante. » Demain, les deux techniciens vont à nouveau affronter leur management et leur vision du jeu.

Les causeries, deux beaux parleurs

Pour diriger deux effectifs aux talents hors normes, la connaissance technique ne suffit pas. Il faut savoir parler aux hommes. Cela, Ugo Mola l’a bien compris. Depuis neuf saisons à la tête du Stade toulousain, le manager de 52 ans gère, grâce à ses mots, les caractères d’un vestiaire affamé de titre. Chaque discours est méthodique, puissant, limite amoureux, ayant pour seul but d’alimenter la soif de victoire de ses champions. « Il y a une part de spontanéité dans mes briefs, expliquait Ugo Mola dans un entretien à l’aube de la finale 2024. Je n’ai pas cette culture de la guerre dans les mots ». Mola a érigé le management humain en art. Ses prises de parole au cœur du vestiaire ont une capacité rare à stimuler et fédérer. « Les paroles, c’est sa force de manager, toutes les fois où il renouvelle ses discours, il se base sur l’actualité, avec les histoires de chacun. Il cherche souvent l’équilibre entre l’émotion et la motivation », explique Alexi Balès. Le demi de mêlée passé aussi par Agen et La Rochelle, se rappelle d’un discours poignant à l’aube de la finale 2021 : « Ugo avait remis les maillots de chaque club formateur à chaque mec sur la feuille, c’était vraiment marquant ». « Récupérer ceux d’Auch ou Pamiers, dans mon cas, c’était plutôt facile. Mais avoir celui du petit club australien de Richie Arnold ou celui de Jérôme Kaino en Nouvelle-Zélande, c’est là que c’est fort et qu’on voit qu’Ugo aime ses joueurs », explique Huget.

Huget et Mola célébrant le titre de champion en 2023. Icon Sport – Sandra Ruhaut

Face à lui, Yannick Bru n’est pas en reste. Lui aussi prône le dialogue, l’honnêteté et l’écoute. « Yannick, c’est un coach qui prend des nouvelles de toi tous les jours, se remémore Maynadier. Il se soucie de toi, de tes proches. Il aime embarquer les familles, il sait qu’elles sont hyper importantes pour nous. » Des valeurs déjà revendiquées à ses débuts, aux côtés de Guy Novès. Depuis, le mot d’ordre reste le même : aimer profondément ses joueurs. « Le coach base ses discours sur l’émotionnel au début de semaine, puis va ensuite s’attarder sur la tactique et la stratégie », détaille celui qui désormais est devenu ostréiculteur sur le bassin d’Arcachon. Ce lien fort avec son groupe, une recette qui a permis à l’UBB de Bru de souder l’équipe et de surtout décrocher un premier titre historique.

PLUS INFO  XV de France – "Il me fait penser à Olivier Magne" : Killian Tixeront, le Massif vertical de Clermont

Deux parcours, une seule école

Sur le papier, le CV des deux coachs se croisent souvent. Ex-joueurs internationaux, anciens cadres du Stade toulousain, ils ont ensuite chacun emprunté leur propre voie. Arrivé à Toulouse en 2016 pour succéder à Guy Novès, après s’être assis sur les bancs de Castres, Brive et Albi, Ugo Mola connaît des débuts laborieux chez les Rouge et Noir. Héritant d’un groupe en reconstruction, sa première saison se soldait par une inquiétante 12e place.« En 2017 c’était particulier, note le demi de mêlée de Béziers Samuel Marquès, présent dans le groupe stadiste à l’époque. C’étaient les débuts d’Ugo et la fin de pas mal de joueurs et les résultats n’ont pas suivi. Mais on savait que des jeunes comme Cyril Baille, Julien Marchand, François Cros poussaient derrière, donc on savait que ce n’était qu’une mauvaise spirale ». « Ugo a su être patient après cette saison difficile », ajoute Yoann Huget. Neuf ans plus tard, le bilan parle pour le coach toulousain : quatre Brennus, deux Champions Cup et une équipe redevenue une machine à engloutir les trophées.

Clément Maynadier enlaçant Yannick Bru. Icon Sport

Bru, lui, connaît une ascension plus directe. D’abord entraîneur des avants toulousains pendant l’ère Novès (avec trois Brennus et une coupe d’Europe), il a ensuite rejoint le XV de France, avant de relancer Bayonne avec succès, décrochant le titre de Pro D2 en 2019. Après une descente douloureuse en 2021, il rebondit, remonte immédiatement et part se former en Afrique du Sud. En 2023, il revient sur les terrains français et propulse l’UBB vers une première finale. « Il est curieux, il n’a pas peur de se remettre en question et de voir de nouvelles choses, avoue Maynadier. Avec Yannick c’est tout le temps calé, précis. J’aime beaucoup sa rigueur, c’est un gars intelligent qui a une logique universitaire ». Bru a transformé les Girondins. Il leur a appris à briser leur plafond de verre.

PLUS INFO  XV de France - Anthony Jelonch (Stade toulousain) : "Si tu as le moral ça fait 70 % de la rééducation"

L’initiative et l’imprévisible, dénominateurs communs

S’ils s’affrontent samedi, Mola et Bru partagent le même ADN : celui du jeu « à la toulousaine ». Héritée des années 60, cette philosophie de mouvement, de jeu debout, d’alternance et de vitesse, théorisée par Robert Bru et mise en musique par Villepreux, Skrela puis Novès, coule dans leurs veines. « Pierre (Villepreux), c’est ce rugby où l’autonomie et l’intelligence situationnelle sont tellement travaillées à l’entraînement que c’est presque artistique. Le rugby de mouvement c’était l’élément majeur de son rugby », loue Mola.

De « l’initiative » à « l’imprévisible », chaque homme prône une technique où le ballon doit vivre. Où le jeu doit respirer, peu importe la couleur du maillot. « Je crois à un rugby total, où les joueurs doivent, par leurs qualités techniques et physiques, s’adapter à toutes les situations. Quelle que soit la forme de rugby proposée, il faut générer de l’émotion. Toutes les générations qui ont gagné l’ont fait », déclarait le technicien toulousain dans nos colonnes à l’aube de la saison 2023-2024.

Du côté de Yannick Bru, c’est à tout un staff qu’il a inculqué cette pratique « imprévisible » du rugby. « Les résultats sont la conséquence d’une atmosphère que tu crées, affirmait le coach girondin il y a quelques mois au moment d’évoquer sa palette technique. Le jeu, la façon dont nous nous entraînons, le comportement et la vision contribuent à créer cette atmosphère. Avec ce staff-là, nous avons d’autres sensibilités rugbystiques et nous avons envie d’apporter une touche. Nous allons essayer de faire en sorte que l’UBB ait un côté imprévisible ». Pas de véritable opposition de style, donc, pour cette finale 2025. Plus qu’un duel, c’est une célébration du rugby d’attaque, de transmission et de culture commune. Quelle que soit l’issue samedi soir, le grand vainqueur pourrait bien être le jeu lui-même.

PLUS INFO  Direct. Top 14 - Stade français - Pau : qui veut la deuxième place ? Suivez le match de la 22e journée

https://www.rugbyrama.fr/2025/06/28/finale-top-14-causeries-parcours-rugby-total-yannick-bru-bordeaux-begles-et-ugo-mola-toulouse-duel-entre-deux-maitres-du-jeu-et-des-mots-12785482.php

.

S'inscrire

spot_imgspot_img

A découvrir aussi
Toute l'info à Béziers

Près de 4 000 spectateurs dans les arènes : Roberto Alagna signe un retour triomphal 38 ans après avoir chanté à Béziers

Le ténor Roberto Alagna a retrouvé Béziers pour un concert caritatif au profit de la lutte contre le cancer du sein. Près de 4 000 spectateurs ont salué son retour, trente-huit ans après son premier triomphe local.

Près de 4 000 spectateurs dans les arènes : Roberto Alagna signe un retour triomphal 38 ans après avoir chanté à Béziers

Le ténor Roberto Alagna a retrouvé Béziers pour un concert caritatif au profit de la lutte contre le cancer du sein. Près de 4 000 spectateurs ont salué son retour, trente-huit ans après son premier triomphe local.

Près de 4 000 spectateurs dans les arènes : Roberto Alagna signe un retour triomphal 38 ans après avoir chanté à Béziers

Le ténor Roberto Alagna a retrouvé Béziers pour un concert caritatif au profit de la lutte contre le cancer du sein. Près de 4 000 spectateurs ont salué son retour, trente-huit ans après son premier triomphe local.

Près de 4 000 spectateurs dans les arènes : Roberto Alagna signe un retour triomphal 38 ans après avoir chanté à Béziers

Le ténor Roberto Alagna a retrouvé Béziers pour un concert caritatif au profit de la lutte contre le cancer du sein. Près de 4 000 spectateurs ont salué son retour, trente-huit ans après son premier triomphe local.