Finale Top 14 – « Je dois être un peu fou », sourit Jack Willis, le « serial gratteur » de Toulouse avant la finale contre Bordeaux

Joueur majeur des derniers titres des Rouge et Noir, l’Anglais revient sur son aventure exceptionnelle dans la ville rose depuis décembre 2022, sur la culture de son club. Puis sur sa science du jeu au sol et l’état d’esprit qu’il faut avoir pour se jeter dans les rucks…

Vous vivez votre troisième saison en France et allez disputer votre troisième finale de Top 14. Quel est donc votre secret ?
En fait, c’est très simple : c’est juste que j’ai choisi le bon club. Voilà, c’est ça mon secret (rire).

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Plus sérieusement, votre aventure dans notre championnat est quand même absolument dingue…
Oui, c’est vrai. Et, je le répète, je suis vraiment très heureux d’être au Stade toulousain, d’avoir une équipe incroyable autour de moi, qui a toujours envie de compter dans les grandes compétitions. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’avais voulu signer ici.

Justement, quand vous vous retournez sur ces trois dernières années, vous sentez-vous privilégié ?
Oui. Choisir cet endroit fut une des meilleures décisions de ma vie. Je suis reconnaissant de l’opportunité que Toulouse m’a donnée. J’aime ce club et sa culture. Son ambition est de toujours vouloir remporter des trophées. Ici, l’environnement te pousse constamment à être un meilleur joueur, à apporter encore davantage au groupe, à aller plus loin chaque saison. Tu n’as pas le choix si tu veux rester dans l’équipe. C’est tout le temps mon objectif. C’est vraiment très spécial, tellement stimulant, et j’adore ça. Un match extrêmement difficile nous attend encore ce week-end, mais nous sommes tous très excités.

Lors des deux dernières finales de Top 14, contre La Rochelle puis déjà l’Union Bordeaux-Bègles, vous aviez été à chaque fois un des grands artisans du succès toulousain. Ces rendez-vous XXL sont-ils votre moment ?
Personnellement, j’essaye toujours de faire mon travail. C’est tout ce que je peux maîtriser. Mon seul but, c’est de jouer au mieux pour apporter à l’équipe. Je sais que ces matchs sont évidemment plus importants que les autres, mais cela ne change rien à ma mentalité. J’ai la même chaque jour à l’entraînement et chaque week-end sur le terrain.

On l’a encore vu en demi-finale contre Bayonne, puisque vous avez une nouvelle fois gratté trois ballons dans le match…
À mes yeux, c’est surtout une partie de mon job. Je me concentre à bien le faire car c’est bénéfique pour le collectif. Rien d’autre. Je cherche simplement à tenir mon rôle dans le jeu au sol. Et si je peux aider l’équipe à aller dans une direction positive…

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Savez-vous combien vous avez gratté de ballons en Top 14 cette saison ?
Non, pas du tout.

Vous en êtes à trente en dix-neuf matchs, soit le total le plus élevé d’un dans le championnat. Qu’en pensez-vous ?
C’est gentil de me le dire. Mais j’en pense surtout que, le plus important, c’est de gagner ce week-end. Le reste, encore une fois, c’est juste mon travail sur le terrain. Je sais que le Stade toulousain adore attaquer avec le ballon, mais si on n’est pas efficaces dans les rucks… Voilà pourquoi c’est une chose à laquelle j’ai toujours voulu accorder une forte importance, que j’ai essayé de développer aussi. C’est un travail constant pour me permettre de m’adapter à la situation, d’être pertinent d’un côté ou de l’autre du ruck.

L’Anglais est l’un des hommes de base d’Ugo Mola. Icon Sport – Anthony Dibon

Cela est-il une spécialité depuis votre jeunesse ?
En tout cas, je pense avoir toujours porté une attention positive à cette partie de mon jeu depuis que je suis jeune. Et surtout, j’ai toujours continué à le travailler parce que le rugby change au fil du temps et que les règles évoluent. Donc, tu dois t’y adapter, en particulier sur le jeu au sol.

Mais, quand vous décidez d’attaquer un ballon dans un ruck, est-ce plutôt du feeling ou de l’analyse ?
Aujourd’hui, je crois que c’est davantage du feeling. D’avoir ce sentiment de savoir s’il existe une bonne opportunité ou pas.

Faut-il avoir une part de folie en soi, quand on voit les déblayages adverses, pour aller gratter autant de ballons ?
Oui, peut-être. Je dois être un peu fou (sourire).

On sait que la demi-finale de Champions Cup perdue à Bordeaux avait laissé beaucoup de traces dans le groupe. À titre personnel, comment l’aviez-vous vécue ?
C’est probablement la plus grande déception que j’ai connue après un match depuis que je suis à Toulouse. Les Bordelais font une saison incroyable, ont très bien joué ce jour-là et ont logiquement gagné. Mais, de notre côté, nous n’avons pas fait les efforts nécessaires. Sur ce match, nous aurons dû être meilleurs. Cela a été difficile à vivre, dur à accepter aussi. Nous devons absolument mieux faire samedi…

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Mais, depuis deux mois, gardez-vous cette défaite en mémoire ?
Vous savez quoi ? C’est quelque chose que je ne vais jamais oublier, qui restera toujours dans mon esprit. Et nous devons donc nous assurer de ne jamais laisser cela se reproduire. Cela nous oblige à réaliser une meilleure performance la prochaine fois.

La prochaine fois, c’est samedi soir. Y aura-t-il un sentiment de revanche ?
Non, je ne peux pas dire ça. Je veux juste me concentrer sur ce que nous avons à faire. Ma seule obsession, c’est d’être meilleurs que la dernière fois.

Êtes-vous impressionné par ce que réalise l’UBB ces derniers mois ?
Oui, c’est une équipe incroyable, qui a mérité de remporter la Champions Cup. Comme je l’ai dit, elle réalise une grande saison et possède des joueurs très forts partout.

Votre frère Tom, qui a affronté l’équipe de France A avec l’Angleterre samedi dernier et qui a joué à Bordeaux, va-t-il supporter Toulouse ?
J’espère bien. Mais je dois quand même lui envoyer un maillot de Toulouse (rire). Avec mon frère, nous nous soutenons toujours l’un ou l’autre avant n’importe quel événement. Et c’est vraiment une chose essentielle à mes yeux.

Depuis la défaite à Bordeaux, vous avez vu le retour de blessure de Thomas Ramos. En quoi peut-il être décisif ?
Thomas est un joueur incroyable. Et au-delà, c’est un vrai entraîneur sur le terrain. Il parle constamment à ses coéquipiers, il aide toujours l’équipe à être mieux en place pendant le match. Et c’est un peu la même chose avec Blair (Kinghorn, NDLR). Avoir les deux pour les phases finales, c’est quand même une très bonne nouvelle pour nous.

Remporter un nouveau Brennus sans Antoine Dupont est-il perçu comme un défi supplémentaire pour ce groupe ?
Une chose est sûre : si tu enlèves Antoine Dupont de n’importe quelle équipe du monde, cela sera toujours plus difficile pour elle. C’est un joueur tellement exceptionnel. Mais je crois aussi que Paul Graou a été incroyable avec nous cette saison. Il s’est encore hissé à un autre niveau.

Jack Willis a fait le doublé avec Toulouse en 2024. Icon Sport – NATHAN BARANGE

Vous êtes désormais un leader de cette équipe. Vous sentez-vous investi de davantage de responsabilités ?
On en revient à mon rôle sur le terrain. J’essaye juste d’être exemplaire dans mes actions en match. Après, si je ressens le besoin à un moment de parler, alors je prends la parole. En fait, je ne crois pas que les choses aient tant changé me concernant ces derniers mois. Je m’attache simplement à avoir une influence positive sur le groupe.

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Certes, mais vous avez été plusieurs fois nommé capitaine cette saison, notamment sur les périodes de doublons…
Oui, et j’ai vraiment apprécié. Déjà, c’était un bon challenge pour moi afin de développer mon français ! Et puis, c’était quand même un immense honneur d’être capitaine de ce club. J’en étais très fier.

Est-ce naturel chez vous de parler devant un groupe ou à l’arbitre ?
Aux Wasps, c’était quelque chose vers lequel j’avais voulu tendre. Et là-bas, j’avais déjà eu plusieurs fois ce genre de responsabilités. Alors, j’étais forcément très excité quand on m’a donné l’occasion de tenir aussi ce rôle à Toulouse.

Vous aviez dit un jour que vous vous entraîniez devant votre miroir avant de faire un discours…
(Il se marre) C’est la vérité. Et je continue parfois à m’exercer comme cela, aussi parce que je cherche à toujours améliorer mon français.

Vous n’évoluez plus en équipe d’Angleterre depuis la dernière Coupe du monde. Mais on a l’impression qu’entre vos titres avec Toulouse et vos performances en Champions Cup notamment, vous avez pris une vraie dimension internationale. Comment vivez-vous ce paradoxe ?
Écoutez, c’est toujours très dur pour moi. Jouer pour l’Angleterre est quelque chose que je souhaite encore. Cette idée ne me quittera pas mais, voilà, les règles sont ainsi faites pour le moment… J’adore Toulouse, j’adore le club pour lequel je joue, et je ne veux pas abandonner ce que j’ai ici pour l’instant. Ma volonté, c’est de continuer à apprendre et à m’améliorer au fil de mon expérience à Toulouse. Ma famille apprécie notre vie actuelle, c’est une magnifique opportunité pour nous. Après, qui sait ce que me réserve l’avenir ?

Êtes-vous déçu, contrairement à Blair Kinghorn, de ne pas partir rejoindre les Lions britanniques et irlandais en Australie au lendemain de la finale ?
Je suis désolé mais je préfère ne pas évoquer le sujet des Lions me concernant. En revanche, je suis très heureux pour Blair. Il le mérite amplement.

Vous avez prolongé votre contrat à Toulouse jusqu’en 2029. Dans une vidéo humoristique diffusée sur Instagram il y a quelques mois, on a vous avait vu prendre des leçons d’accent toulousain. Vous allez vraiment finir par l’avoir…
Peut-être. De toute façon, je vous assure que je vais continuer à m’entraîner pour que ce soit le cas (rire).

https://www.rugbyrama.fr/2025/06/26/finale-top-14-je-dois-etre-un-peu-fou-sourit-jack-willis-le-serial-gratteur-de-toulouse-avant-la-finale-contre-bordeaux-12782498.php

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