Le tribunal judicaire a décidé ce mardi 3 juin d’expulser les 130 familles originaires de Roumanie installées depuis des années sur un terrain vague dans le quartier de Purpan à Toulouse. Depuis 2010, la mairie louait la parcelle et les avaient autorisées à s’y installer.
La décision du tribunal judiciaire de Toulouse s’affiche dès l’entrée du camp de la Flambère. Occupée depuis 2006, la parcelle est louée en 2010 par la mairie. Elle autorise l’installation de plusieurs familles de Roms venues du même village en Roumanie.
D’ici quelques semaines, tous devront quitter leurs abris de fortune, des caravanes ou des cabanes aménagées sommairement. Père de 4 enfants, Jiji Stoica vit ici depuis 10 ans. Malgré un CDI d’agent d’entretien, il ne trouve pas de logement.
« Avec les enfants, tout ça, c’est vraiment compliqué, confie-t-il. Après on ne sait pas si le terrain va finir… Je ne sais pas où on va aller. Qu’est-ce qu’on fait ? On part sur la rue ? Je ne sais pas ».
La mairie de Toulouse estime avoir épuisé toutes les voies d’accompagnement vers des dispositifs d’insertion ou de logement. Au plus près des habitants depuis une dizaine d’années, Nathanaël Vignaud, coordinateur de l’association Rencont’Roms Nous, regrette ce désengagement car la politique menée dans le passé avait porté ses fruits, estime-t-il.
« On l’a toujours saluée, il y a eu un accompagnement social entre 2015 et 2020 où une quinzaine de familles sont sorties du terrain. Quelques-unes sont revenues s’installer mais l’immense majorité est restée dans les appartements. Ça se passe parfaitement, ils sont bien intégrés dans leur quartier. Il y a quelque chose de défaillant, ici, depuis 2020. Le droit commun s’applique très mal ou difficilement et les familles sont livrées à elles-mêmes ».
Sur les 140 personnes du camp, la moitié est des enfants. Si l’assiduité des collégiens pose problème, le taux de présence des plus jeunes à l’école est très élevé. « On avait mis en place des projets avec les écoles, toutes les démarches qu’il fallait pour qu’ils réussissent à l’école, témoigne Andréi Nicolaé Médiateur scolaire association Rencont’Roms Nous. S’ils se retrouvent à la rue, on va casser tout ce qu’on a mis en place ces 5 dernières années ».
Malgré toutes ces incertitudes, peu de personnes envisagent un retour en Roumanie, du fait du manque de perspectives d’avenir là-bas. « Ici, il y a autre chose que chez nous, explique Simeria Nicolaé, une mère de famille. Les enfants, ils vont grandir. L’école, le travail, tout ça ici c’est bien ».
Constitués en collectif, les habitants ont décidé de faire appel de la décision de justice pour tenter de faire repousser l’expulsion. Sa date est, pour l’heure, arrêtée au 12 juillet prochain.
D’après un reportage de notre équipe : Sandra Wachlewicz et Thierry Villéger.
