Top 14 – Exclusif. « Franck Azéma est comme un père pour moi » : Peceli Yato se confie sur ses douze années passées à Clermont

Le troisième ligne clermontois quittera l’ASM pour Perpignan cet été. Arrivé en Auvergne juste avant sa vingtaine, l’imposant Fidjien a traversé plus d’une décennie entre discrétion et prestations éclatantes en jaune et bleu.

Peceli, comment vivez-vous ces derniers moments à Clermont ?

Découvrir La Tenue des Pros

C’est allé tellement vite. Je me revois en 2013, quand je suis arrivé ici. Et maintenant, c’est la dernière danse !

Ressentez-vous déjà un peu de nostalgie ?

Oui, surtout les coéquipiers, mes voisins et les supporters ! Clermont, c’est ma famille. Mais je le vis bien, c’est mon choix, et il faut aussi respecter l’ASM qui aura besoin a besoin de nouveaux joueurs et de jeunes talents. J’espère qu’ils vont porter l’histoire de ce magnifique club.

Comment s’est déroulé le processus de ne pas prolonger à Clermont et partir vers l’Usap ?

D’abord, c’est un choix familial. Lorsque j’avais prolongé en 2023, j’avais dit à ma femme qu’elle choisirait si on partirait ou non, à la fin de mon contrat en 2025. On s’est beaucoup parlé, et on a décidé ensemble de partir. J’ai décidé d’ouvrir un nouveau chapitre de ma vie, ce n’est pas que le club ne voulait plus de moi (rires). J’ai eu une discussion franche avec Christophe (Urios) très tôt dans la saison et c’était parfait. Il a compris mon envie de partir, on s’est parlé « entre hommes ». C’était idéal. Et quelques jours après, mon agent a pris contact avec Perpignan et les discussions ont très bien avancé jusqu’à l’officialisation.

Comment votre famille vit-elle ce futur départ ?

Ma femme, c’est bon (rires). Par contre, c’est un peu plus compliqué pour les enfants. Ils ont grandi ici, il y a des copains partout. Ma fille est surtout triste de quitter Clermont en fait. Quand on a visité notre future maison à Perpignan, elle ne répondait pas. Mais ça va être facile d’aller là-bas, avec le temps, je ne me fais pas de soucis pour elle (rires). Et personnellement, je veux toujours faire le même boulot, donc j’espère trouver mon bonheur à Perpignan.

Qu’est-ce qui vous a motivé à partir ?

Je n’avais pas le choix, ma femme a décidé (rires). Je plaisante, bien sûr. L’idée est d’aller chercher un nouveau défi dans un club mythique et découvrir un nouvel environnement, notamment avec la plage !

Vous êtes arrivé à 19 ans en Auvergne et vous allez repartir en père de famille, à 32 ans ? Qu’est-ce que cela vous inspire ?

C’est une folle évolution. J’ai tout construit ici, j’ai quitté mes parents et toute ma famille aux Fidji, et j’ai très vite connu des « pères » et des « mères » à Clermont, que ce soit dans le club ou en dehors. Hors rugby, j’ai fait des bonnes et des mauvaises choses, mais à chaque fois l’ASM a toujours été à mes côtés. On m’a donné la chance de changer. Tout le crédit revient au club.

Top 14 – Peceli Yato, lors de son troisième match professionnel avec Clermont, face au Stade français. Jean Paul Thomas / Icon Sport

Quelle est votre plus grande fierté, en tant qu’homme ?

PLUS INFO  Direct. Top 14. Montauban - La Rochelle : suivez le match de la 25ème journée

D’être reconnu par les gens dans la rue et qu’ils se rapprochent de moi pour discuter. C’est un peu comme aux Fidji. Même si tu ne connais pas quelqu’un, tu vas lui parler directement avec lui. Ici, j’ai eu le même sentiment.

Vous comptez plus de 185 matchs avec l’ASM. Quel est votre plus beau souvenir ?

Il y en a plein évidemment. Mon premier match en 2014, les deux finales gagnées en 2017 et 2019. Ce sont des moments uniques.

Dans votre salon, il y a une grande photo où vous raffûtez Owen Farrell lors d’une action mémorable lors de la finale de Champions Cup 2017…

(il coupe) Oui mais je n’ai pas marqué ! C’était Nick Abendanon.

Cela reste tout de même un grand moment dans une carrière, non ?

Oui, c’est triste d’avoir perdu la finale, mais je suis fier d’avoir joué avec des grands joueurs comme Damien (Chouly), Fritz (Lee) ou Julien (Bonnaire) avant cela, et en même temps, d’avoir affronté une équipe comme les Saracens avec les Farrell, Ashton… Et ce cadre est un cadeau de notre responsable presse, Vincent Duvivier, qui avait pris cette photo et me l’avait donné en souvenir. C’était un beau raffut oui en fait !

Après onze ans en professionnel avec l’ASM et 61 essais marqués, avez-vous conscience de faire partie des meilleurs joueurs du XXIe siècle de Clermont ?

Non, non. Il y a des grands joueurs, plus que moi, qui sont déjà passés ici. Je pense à Morgan (Parra), Fritz par exemple. Je ne suis pas dans cette catégorie-là, j’ai trop de respect pour eux.

Sportivement, vous êtes revenu en forme malgré une énorme absence de treize mois en raison d’une blessure au genou. Comment avez-vous vécu cette période ?

Je pensais que le rugby était fini pour moi. Mais je n’ai rien lâché. C’est pour cela que j’ai dit toutes les choses que ce club a déjà faites pour moi juste avant. C’était vraiment incroyable. Je me rappelle notamment de l’un de nos anciens kinés, Xavier Blanquet, qui ne m’a pas lâché !

PLUS INFO  Pro D2 – "Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage…" : crise ouverte à Dax entre l’ancien staff et la direction

C’est-à-dire ?

Lorsqu’il y avait des semaines de repos, et que je voulais rentrer aux Fidji, il m’ordonnait de rester à Clermont pour continuer de travailler. Il croyait vraiment que je pouvais revenir. Je n’en étais pas certain, mais chaque semaine il me disait « ne t’inquiète pas, tu vas rejouer, on bosse petit à petit mais tu vas y arriver ». C’est un vrai bon mec et c’est grâce à lui que j’en suis là aujourd’hui.

Et il n’a pas eu tort…

Oui ! Même si j’ai beaucoup perdu en vitesse !

Éric de Cromières a été déterminant quand je n’allais pas bien. En 2016 ou 2017, je voulais tout arrêter : le rugby, l’ASM et rentrer aux Fidji.

Vous courrez vite tout de même…

Non, c’est fini (rires) !

Fritz Lee partira également à la fin de la saison, Paul Jedrasiak et Damian Penaud ont quitté le club ces dernières années, quel regard portez-vous sur la génération du titre de 2017 qui s’en va peu à peu ?

Le temps passe vite et ce sont leurs choix. Parfois, on se dit que c’est dur de quitter un club, mais que c’est le destin. Ce sont des décisions qui arrivent souvent, dans beaucoup d’autres équipes.

Quelle image restera gravée à vie dans votre esprit en évoquant l’ASM ?

Les célébrations du titre de 2017. Je revois des vidéos où je chantais devant toute la place de Jaude, ce n’est pas beau à voir (rires). Je n’étais pas dans mon état normal ! Mais cela a marqué les supporters je crois, donc tant mieux !

Vous allez donc rejoindre un autre grand club français en juillet. Pourquoi l’Usap ?

Ils ont été les premiers à me contacter, c’est une institution. Je veux aller là-bas pour les aider à remonter au classement, et je sais qu’il ne suffit de pas grand-chose. L’année dernière, ils étaient bien plus hauts par exemple ! Il y a tellement eu de grands joueurs passés par l’Usap… Et je vais retrouver un entraîneur que je connais bien (il sourit).

Avez-vous un lien fort avec Franck Azéma ?

Oui, il est comme un père pour moi. On est vraiment proches. Quand j’étais jeune, j’ai fait beaucoup d’erreurs, et c’est lui qui m’a serré la vis. Je me rappelle d’une fois où je suis arrivé en retard à une réunion le matin, et toute la semaine ensuite il est venu me chercher à cinq heures du matin pour que je prépare les pancakes pour le groupe et surtout que je ne sois plus en retard (rires). Il était l’homme qu’il me fallait à ce moment-là.

Top 14 – Franck Azéma et Peceli Yato ont partagé huit saisons ensemble. Jean Paul Thomas / Icon Sport

On vous sent très fier d’avoir croisé sa route…

PLUS INFO  Top 14 - L’UBB contre tous les augures

Exactement. Ce n’est pas juste un entraîneur. On a évidemment beaucoup parlé avant que je signe à Perpignan, il m’a donné plein d’informations sur la ville, l’environnement etc. Cela va être très bon pour moi de changer d’atmosphère.

Le fait qu’il y ait également plusieurs anciens Clermontois a-t-il fait pencher la balance ?
Pour être honnête, non ! Ma femme et moi avions ciblé Perpignan pour les raisons dont je vous ai parlé, et c’est un vrai bonus de retrouver quelques-uns de mes anciens coéquipiers.

Vous arrivez tout de même en fin de carrière. Envisagez-vous de revenir un jour jouer ou entraîner aux Fidji ?

Non. Quand j’arrêterai ma carrière de joueur, le rugby sera terminé pour moi ! Mais j’ai déjà un plan pour l’après-carrière. Je veux retourner aux Fidji pour reprendre la ferme familiale et aider mon père. Cela fait plus de dix ans que je suis parti, mon frère est en Nouvelle-Zélande, et il est certain que je prendrai cette voie une fois le temps venu.

Top 14 – La personnalité d’Éric de Cromières a marqué Peceli Yato. Jean Paul Thomas / Icon Sport

Pour quelle raison êtes-vous passionné par ce métier ?

J’adore être avec des animaux, à la campagne, au calme. Tu es seul, tu es ton propre patron, tu fais ce que tu veux, tu dors, tu réveilles comme tu veux (rires). J’aime vivre avec les animaux en pleine nature.

Y a-t-il une personne, au club ou en dehors, à qui vous aimeriez adresser un mot en particulier ?

S’il était encore là, Éric de Cromières (N.D.L.R : président de Clermont entre 2013 et 2020). C’était quelqu’un… (il s’arrête). Il a été déterminant quand je n’allais pas bien. En 2016 ou 2017, je voulais tout arrêter : le rugby, l’ASM et rentrer aux Fidji. Et puis il m’a écouté et surtout, il a vu des choses en moi que je ne voyais pas. Il m’a dit : « tu vas rester encore une année ou deux, on va faire comme ça, comme ça, je veux que tu continues à jouer ». C’était impressionnant ! Je l’ai écouté, et si on m’avait dit qu’à 32 ans je serais encore ici…

Enfin, qu’avez-vous envie de dire aux jeunes Jaunards qui arrivent à l’ASM ou qui sont en train de prendre le flambeau ?

Si tu as la chance d’être dans ce club, il faut vraiment tenir et rester. Parce que c’est un grand club et une grande famille.

https://www.rugbyrama.fr/2025/06/01/top-14-exclusif-franck-azema-est-comme-un-pere-pour-moi-peceli-yato-se-confie-sur-ses-douze-annees-passees-a-clermont-12731290.php

.

S'inscrire

spot_imgspot_img

A découvrir aussi
Toute l'info à Béziers

Top 14 – Antoine Dupont apte, Thomas Ramos très incertain, encore des doutes pour Toulouse avant sa demie contre le Racing 92

Si le demi de mêlée international Antoine Dupont devrait pouvoir tenir sa place vendredi soir contre le Racing 92 à Marseille, il existe encore une grosse inquiétude autour de l'arrière Thomas Ramos dans les rangs...

Concerts de jazz gratuits

Chaque vendredi, de mi-juin à mi-septembre, à partir de 19h30, l’Office de Tourisme Béziers Méditerranée vous donne rendez-vous à la...

L’article Concerts de jazz gratuits est apparu en premier sur Le Petit Journal.

170 appels injustifiés au 17 : une Héraultaise interpellée par les gendarmes après avoir saturé la ligne d’urgence

Une jeune femme de 31 ans a été placée en garde à vue par les gendarmes de la brigade de Valras, dans la nuit de mardi 16 à mercredi 17 juin. Elle aurait appelé les secours à de trop nombreuses reprises sans raison...

Concours de l’arbre 2026 : un appel à candidatures lancé pour trouver celui qui représentera la région Occitanie

Le concours de l'arbre de l'année 2026, organisé depuis 2011, recherche son candidat pour la région Occitanie. Chacun est invité à proposer un arbre cher à son coeur, jusqu'au 30 juin, sur le site internet du concours. Le chêne du jardin de Béduer (Lot) avait représenté la région en 2025.