Champions Cup – Maxime Lamothe, l’autre fusée bordelaise

Auteur notamment d’une grande performance face à Toulouse en demi-finale de Champions Cup, le talonneur Maxime Lamothe est devenu un joueur incontournable de la formation girondine.

Il y avait cette incroyable tentative de cadrage-débordement sur Antoine Dupont. Il y aura maintenant ces trois ballons gagnés au sol. Face au Stade toulousain au Matmut Atlantique, Maxime Lamothe fait toujours des étincelles, prenant la lumière des projecteurs, lui qui a pourtant l’attitude d’un joueur de première ligne d’une autre époque, celle où on enfilait le casque sans nourrir l’espoir de voir le ballon pendant 80 minutes. Le talonneur de l’Union Bordeaux-Bègles a toujours le casque, cet amour des basses œuvres, et ce sens du sacrifice pour le collectif, mais il est aussi un sacré joueur de rugby capable de faire des différences balle en main, même s’il est bien difficile de capter la lumière dans une équipe où brille la Patrouille de France depuis maintenant deux saisons.

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Talonneur au profil atypique, Maxime Lamothe est devenu l’un des tauliers de l’Union Bordeaux-Bègles Icon Sport – Anthony Dibon

« C’est un joueur discret, témoigne le trois-quarts centre Nathan Decron qui a partagé sa chambre au pôle de Talence en seconde et terminale. Ce n’est pas le genre de personnes qui aime être sous le feu des projecteurs. C’est son caractère. Je trouve que l’on commence à parler de lui alors que c’est un des meilleurs talonneurs du Top 14, mais c’est un poste difficile actuellement, car comme pour les numéros 9, ils sont au moins huit à pouvoir prétendre à l’équipe de France. Il est complet, physique, bon sur les bases, avec de sacrés appuis et des mains. C’est un joueur atypique, avec son casque il ne ressemble à rien (rires) et personne ne se dit que ce gars va nous mettre un step mais il était à deux doigts de déposer Antoine Dupont (rires) et d’autres doivent encore faire des cauchemars. » L’ancien Agenais, aujourd’hui à la Section paloise, a appris très tôt à se méfier de la vitesse et de l’explosivité de son ami qui était resté chez lui après la dernière visite de l’UBB au Hameau. « Il jouait centre à Pessac et on s’était affronté en sélection, Gironde contre Lot-et-Garonne. Il s’était retrouvé au milieu du terrain et je me souviens que je n’avais pas passé un super moment. »

Les conseils de Maynadier

Après avoir touché longtemps le ballon rond en rêvant des Girondins de Bordeaux avant de basculer tardivement vers l’ovale, Maxime Lamothe a effectivement dû ensuite trouver un rôle à sa mesure sur un terrain de rugby, passant de trois-quarts centre à la troisième ligne avant enfin de goûter au poste de talonneur, avec quelques réticences au début. « Ce n’était pas forcément le joueur dont on parlait le plus au pôle de Talence, mais il a franchi les échelons petit à petit, poursuit Nathan Decron. Ce n’était pas le joueur le plus en vue. Il arrivait un peu sur la pointe des pieds mais on s’est vite rendu compte qu’il avait toutes les qualités pour atteindre le haut niveau. »

Clément Maynadier et Maxime Lamothe, bras dessus bras dessous Icon Sport – FEP

Il se devait alors de progresser sur les bases du poste de talonneur, qui est certainement celui le plus exposé du paquet d’avants en raison du lancer en touche, exercice technique et juge de paix redouté. Maxime Lamothe a vite compris son importance comme en témoigne Clément Maynadier, jeune retraité de l’UBB, taulier du poste pendant onze saisons en Gironde : « Max, la première fois qu’il est venu me voir, il était vraiment très jeune. Il devait encore être Crabos ou Reichel. Il voulait des conseils pour travailler le lancer. J’ai vite vu que son geste était remarquable donc je lui ai donné des conseils sur d’autres aspects, sur la pression que ça peut générer notamment dans les moments importants, sur le fait d’avoir des gens qui bougent en face, tout ce qui fait que l’on peut se dérégler par moments. Il était intéressé et il avait compris que ça demandait beaucoup de travail pour arriver au haut niveau. Je m’étais dit que ce gamin était bien parti. Je sentais qu’il avait envie de réussir. Surtout après une saison où il avait commencé à jouer avec les professionnels, il est allé demander à se faire prêter pour gagner du temps de jeu. Cela démontrait un certain état d’esprit, avec cette volonté de sortir de sa zone de confort pour continuer à progresser. Il a eu la chance d’arriver à Bayonne, qui montait finalement en Top 14. Il a vite joué, il a pu se montrer et il a été parfaitement géré par le staff qui a su le faire évoluer. Quand il est revenu, il avait gagné en maturité et en confiance car il avait dû lancer des ballons importants. Il était transformé, il voulait jouer, il voulait tout manger. »

Au début de sa carrière, il pouvait faire un match extraordinaire avant d’enchaîner avec une prestation très moyenne

C’est le début d’une passation en douceur pour les deux hommes même si Clément Maynadier ne parle pas de concurrence : « J’étais incapable de faire des sprints comme Max, ni de mettre des cad’-deb’ou faire des passes de 30 mètres. En revanche, je pouvais l’aider sur les secteurs où il était encore un peu fébrile comme la mêlée et le travail obscur dans les rucks. Nous avons surtout parlé et travaillé pour gagner en consistance sur la longueur d’un match et d’une rencontre à l’autre. » Maxime Lamothe est ainsi devenu un monstre de régularité, flirtant depuis trois ans avec la barre des trente matchs par saison (31 la saison dernière), franchissant récemment déjà la barre des 150 matchs disputés avec l’UBB (c’était face à La Rochelle avant la demi-finale de Champions Cup). « Au début de sa carrière, il pouvait faire un match extraordinaire avant d’enchaîner avec une prestation très moyenne, poursuit Maynadier. C’est là où il a évolué. Maintenant, à chaque fois qu’il est sur le terrain, il se passe quelque chose et il fait une grosse performance. »

Bien dans sa tête, bien dans son corps

Il est ainsi devenu un incontournable de l’UBB, endossant même un rôle de vice-capitaine depuis l’arrivée de Yannick Bru et s’invitant régulièrement aux rassemblements du XV de France depuis deux saisons. « Je m’aperçois que dès qu’il a eu quelques mois de continuité, en confiance, il s’est toujours imposé, analyse Sébastien Piqueronies, ancien manager de l’équipe de France des moins de 20 ans avec qui Maxime Lamothe a décroché le titre de champion du monde en 2018. Cela a été vrai avec nous, alors que nous avions une génération exceptionnelle à ce poste avec Mauvaka, Rey, Fourcade, Guillaume Marchand, Baubigny, Peyresblanques, sans oublier Fischer avec qui nous avions tenté une reconversion aussi au talon. La concurrence était grande mais il s’était imposé naturellement. Je crois que c’était aussi vrai lors de son prêt à Bayonne. Et je crois que c’est vrai maintenant à l’UBB, depuis qu’il a de la continuité avec son club. J’ai l’impression que Max, dès qu’il rentre dans un effectif, dès qu’on lui laisse un peu de temps, tout simplement, il prend la place et il la mérite, car il a une intelligence rugbystique, c’est-à-dire qui sent bien le jeu et qui joue bien le jeu. Je crois que c’est un vrai garçon qui est heureux de vivre. Un épicurien, sympathique, agréable, jovial. Un vrai bon garçon de nos rugbys de terroir. »

Image rare de deux fusées qui s’enlancent Icon Sport – Hugo Pfeiffer

Au-delà de son activité sur le terrain, de sa faculté à répéter les tâches, à couvrir du terrain, à gagner de nombreux mètres balle en main, c’est certainement cet état d’esprit qui fait sa force. Un avis partagé par Nathan Decron, son ancien partenaire d’ »apéro-Fifa » : « C’est un leader naturel par les actes sur le terrain, mais il sait aussi prendre la parole. C’est un mec qui sait déconner, qui a un bon état d’esprit, et qui est reconnu à sa juste valeur à Bordeaux. Il ne fait pas forcément hyper attention à son alimentation, mais il n’a jamais de pépins, il est toujours là. S’il est bien dans sa tête, son corps suit. Il est très sérieux dans le boulot et il a travaillé pour avoir la caisse qu’il a aujourd’hui, mais Maxime, il faut qu’il s’amuse. Il aime la vie ! C’est ce que j’apprécie chez lui même si, en rentrant de vacances, il doit faire un petit tour par le « fat club » (rires). Mais, en une semaine, tout va bien pour lui. »

Son aura dans le groupe bordelais et la régularité de ses performances sur le terrain laissent à penser que Maxime Lamothe pourrait connaître la joie de découvrir le niveau international, qu’il mérite d’avoir sa chance. Ce serait, comme la quête d’un titre pour l’UBB, la suite logique. L’arrivée dans l’effectif bordelais de l’international Gaëtan Barlot lors de la prochaine intersaison pourrait être un coup de pouce selon Clément Maynadier : « Est-ce que Marchand serait ce qu’il est sans Mauvaka ? Est-ce que Mauvaka serait ce qu’il est sans Marchand ? La concurrence permet de rester en éveil tout le temps, de ne jamais se reposer sur ses lauriers. » Ce n’est pas vraiment le tempérament de Maxime Lamothe qui garde toujours les pieds sur terre, à l’image de sa joie mesurée après la victoire en demi-finale de Champions Cup face à Toulouse, malgré sa prestation majuscule, conscient que lui comme son club ont encore une marche à franchir. Celle qui vous fait définitivement basculer dans une autre dimension.

PLUS INFO  Coupe du monde 2023 - Stuart Hogg, l'arrière du XV de l'Écosse, annonce sa retraite avec effet immédiat et dit adieu à la Coupe du monde

https://www.rugbyrama.fr/2025/05/20/champions-cup-maxime-lamothe-lautre-fusee-bordelaise-12705132.php

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