Mais durs au mal, travailleurs. Un boulet ? Ce million de compatriotes européens, Français, Espagnols, Italiens. Chrétiens ou Juifs. Un boulet ? Cette terre travaillée jour et nuit jusqu’à en crever, une terre ensemencée, labourée, récoltée pour qu’elle finisse par produire comme jamais. Ce 26 mars 1962, alors que la rue d’Isly est tombée, le chef de l’Etat, glorieux en 1940, prend le masque du mépris, le pire des masques. La rue d’Isly n’est plus qu’un râle. Un long râle. Le peuple pied-noir est comme pétrifié. L’armée de son propre pays l’abandonne, l’assassine. C’est l’abîme qui s’ouvre sous les pieds des Français d’Algérie. D’un côté, le FLN et ses tortionnaires, prêts à les égorger. De l’autre, une métropole sans cœur. Les mâchoires du Diable se referment peu à peu. La fusillade de la rue d’Isly est impossible à oublier. Comme est impossible à oublier l’attitude du pouvoir de l’époque. Les semaines qui suivent sont épouvantables. C’est la valise ou le cercueil. L’espoir n’existe plus. Il faudra tout laisser. Un vide immense. Tout cela n’aura donc servi à rien. Nos vies emportées par un décret élyséen. Aujourd’hui, notre Algérie est morte. À sa place, un peuple musulman souffre d’une dictature corrompue jusqu’à l’os. Un pouvoir qui a mis son pays en coupe réglée. Un pouvoir qui enferme un écrivain, Boualem Sansal, dont le seul crime est d’être trop libre pour les censeurs, pour les caïds qui sévissent à Alger. Boualem Sansal devenu le symbole d’une résistance pacifique, d’une révolution de l’esprit. Boualem Sansal qu’il nous faut sauver, coûte que coûte. Les morts de la rue d’Isly doivent observer tout cela avec amertume. Qu’ils sachent que cette amertume, nous la partageons. Mais sans jamais nous résigner ! Vive l’Algérie alors française ! Vive la République ! Vive la France!
GS
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