L’hôpital de Béziers entend être à la pointe de l’innovation, notamment en termes de traitement chirurgical du cancer. Les quatre urologues du centre hospitalier travaillent désormais avec la chirurgie robot assistée pour un meilleur confort du patient, une meilleure récupération. Ils veulent faire de leur établissement une référence régionale dans ce domaine.
Ce qui surprend le plus, quand on rentre dans un bloc opératoire, c’est l’apparente décontraction des chirurgiens. Que l’on ne s’y trompe pas. Ce n’est qu’une façade. La concentration est maximale. Jeudi 27 mars, Midi Libre a pu assister, avec l’équipe de chirurgiens urologues de l’hôpital de Béziers, à l’ablation d’une tumeur rénale via une chirurgie robot assistée. C’est une première à Béziers, sur ce type d’intervention et l’équipe des quatre praticiens est en train de faire de l’établissement biterrois, un des hôpitaux de pointe en ce domaine. À ce titre, il y a un mois, ils ont opéré, la première patiente biterroise, dans le cadre d’une ablation et d’une reconstruction de la vessie, tout en intracorporel.
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Un robot et quatre bras pour opérer
« Le patient avait une tumeur du rein difficilement accessible par voie conventionnelle. Nous avons utilisé une voie postérieure, très peu utilisée en France. Le docteur Thibault Murez (du CHU de Montpellier, Ndlr), est venu donner son expertise et nous allons mettre en œuvre ces procédures à Béziers », explique le docteur Emmanuel Perrot. « Comme nous intervenons par voie robotique, cette opération est dite mini invasive. Il n’y a que quatre petites incisions au lieu d’une grande. Avec une récupération postopératoire qui est meilleure, avec bien moins de douleurs.
Des heures de console avant de se lancer sur une opération in vivo
Ces urologues font partie de la dernière génération de chirurgiens à maîtriser les trois types de techniques : voie ouverte (grande incision), cœlioscopie (caméra dans le corps) et enfin robotique…
« Nous sommes passés par la chirurgie classique, mais pour le patient, nous n’allons pas nous mentir, il vaut mieux utiliser la robotique. En termes de douleurs, de complications, de saignements et de récupération il n’y a que des avantages à se servir de la chirurgie robot assistée. »
Pour apprendre à se servir du robot les chirurgiens débutent, comme les pilotes d’avions, par un simulateur. « C’est comme une console de jeux ou nous avançons petit à petit : contrôler la caméra, puis les pinces, ensuite on travaille sur des objets. Toujours en simulation, on peut, par exemple suturer un vaisseau qui saigne. C’est très progressif. Ce qu’il faut comprendre, c’est que l’entraînement ne se fait jamais sur un patient. Il y a des modèles de travail, puis des évaluations, et seulement après un certain nombre d’heures de pratique, nous intervenons en situation réelle. » Jusque-là tout a toujours été effectué en double commande, avec un autre chirurgien plus expérimenté.
Dans la salle d’opération, un chirurgien est auprès du patient, accompagné de tout le personnel adéquat, un robot avec quatre bras intervient dans le corps du malade et un autre chirurgien est sur la console de commandes, d’où il opère pour retirer la tumeur. Comparée aux techniques de cœlioscopie classique, cette chirurgie robotisée offre une vision 3D stabilisée et une maniabilité des instruments par le chirurgien dans tous les plans. Imaginer le robot, c’est tout simple : une araignée à quatre bras. Un bras sert à la vision dans le corps du patient avec une caméra, les trois autres tiennent les instruments. Le chirurgien, depuis sa console, travaille avec une vision remarquable du champ opératoire.
Le docteur Aude-Claire Coste explique : « Nous installons les trocarts (du diamètre d’un doigt, NDLR) au début de l’opération. C’est le seul moment où nous intervenons directement sur le malade. Ces trocarts sont branchés au robot. C’est lui qui tient les instruments du chirurgien. Il n’y a plus aucun tremblement puisque la machine corrige tout. Nous avons, avec ceci, une meilleure approche et nous sommes bien plus précis. Nous avons une véritable immersion intracorporelle. »
« Une chirurgie très immersive »
« C’est très immersif comme intervention, assure de son côté le docteur Aram Atamian. Le chirurgien a une vision exceptionnelle. Cela n’empêche pas qu’il y ait toujours quelqu’un auprès du patient au cas où il y aurait une complication et qu’il faille intervenir en urgence. Avec cet outil, nous gagnons aussi énormément de temps. Finalement les techniques chirurgicales ne changent pas, ce sont les modes opératoires que nous mettons en œuvre qui sont différents. Ils sont bénéfiques pour le patient, mais aussi pour les chirurgiens. Nous ressortons de ces interventions avec beaucoup moins de fatigue musculaire que par le passé. C’est grâce à notre position sur la console et aux gestes que nous permet d’accomplir le robot. C’est une révolution chirurgicale qui est de plus en plus pratiquée. »
« Quatre petites incisions. J’ai très bien récupéré. »
Michèle est âgée de 75 ans a été opérée le 10 février dernier à l’hôpital de Béziers de l’ablation et la reconstruction de la vessie. Adepte du sport, qu’elle pratique en moyenne 9 h par semaine, il a été décidé qu’une intervention chirurgicale serait bénéfique. Michèle a appris, presque au dernier moment, que son opération serait réalisée entièrement avec un robot. C’est son chirurgien urologue qui lui a annoncé qu’il serait supervisé par un confrère : le docteur Emmanuel Perrot. « J’étais totalement en confiance. En plus, je savais que je ne serai pas ouverte de part en part, sur 50 cm, mais seulement avec quatre incisions toutes petites. Mon opération a tout de même duré très longtemps (13 heures, Ndlr). Mais au final j’ai très bien récupéré. Peut-être mieux que si j’avais été opérée de manière plus classique. Je ne suis restée que trois semaines immobilisée dans mon lit d’hôpital. Pour l’opération, je sais que tout s’est passé dans mon ventre. Je vais bien et ma vie reprend son cours petit à petit. Sans séquelles. »
Ablation et reconstruction de la vessie en intracorporel
À l’hôpital de Béziers, les urologues pratiquent ce qui se fait très peu en France ; l’ablation et la reconstruction de la vessie, tout en intracorporel. « Beaucoup font l’ablation de la vessie au robot, décrit le docteur Coste, puis ils ouvrent pour sortir l’intestin et reconstruire la vessie, avant de tout refermer, je dirais de façon classique. Nous, non ! Quand cela est possible, nous faisons tout au robot, dedans, exclusivement en intracorporel. À Béziers, notre première patiente a été opérée au début du mois de février avec cette technique. Depuis, nous avons eu quatre opérations de ce type. »
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