Venue en qualité de joker médical de Charles Ollivon, la légende des All Blacks Ma’a Nonu est bien présente dans le groupe des 23 Toulonnais qui défiera, samedi soir, le Castres olympique. À 42 ans 10 mois et 8 jours, Nonu deviendra ainsi le joueur le plus âgé à évoluer dans l’élite.
Débarqué dans le Var à la mi-février, pour quinze jours d’observation dans le cadre de son cursus pour devenir entraîneur, Ma’a Nonu va, d’une manière inattendue, étendre son aventure à Toulon. Non pas en jogging, mais en short et avec les crampons au pied. Ici, sur la rade, tout reste différent et le All Black aux 103 sélections en est l’exemple parfait.
À bientôt 43 ans (il les aura le 21 mai), le double champion du monde s’apprête ainsi à fêter son troisième passage (2015-2018 et 2020-2021) sur les bords de la Méditerranée. Mais diable, comment a-t-il convaincu Pierre Mignoni de lui offrir une chance de rejouer avec le maillot frappé du muguet sur le cœur ? « Avant tout, je respecte l’homme et le joueur qu’il est, tout ce qu’il a fait avant. Mais, comme entraîneur, je juge ce qui est bon pour mon équipe à l’instant T. À la fin de la première semaine, quand j’ai eu écho de nos nouveaux blessés (Frisch et Paia’aua, NDLR), je lui ai dit : « Ça ne te dirait pas ? » Un peu comme une idée lancée en l’air, pour voir. Il m’a regardé et n’a pas dit non. Ensuite, on a pris notre temps, car ce n’est pas une décision que l’on prend en cinq minutes. On l’a beaucoup testé, plus qu’un joueur qu’on recrute habituellement. »
Au-delà du simple rectangle vert, c’est l’aura du champion au sein du vestiaire qui a convaincu les décideurs varois. Dans les coulisses du Campus RCT, plusieurs personnes bien renseignées ont notamment loué son apport discret mais important dans les succès obtenus à Montpellier (30-38) et face à Paris (27-20). Certains soulignent aussi que le joueur, passé récemment par San Diego aux États-Unis, était reparti au pays, auprès des siens, lors du revers sans éclat à Lyon (27-20). « Ce qui me marque chez lui, attaque Esteban Abadie, c’est son humilité. J’avais vécu ça avec Rokocoko au Racing. Ce sont des légendes de notre sport, et ils arrivent avec la motivation et l’humilité d’un petit jeune. Il montre un respect énorme pour tout le monde. Ça fait réfléchir. »
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Approbation des leaders et impact immédiat dans le vestiaire
Cette implication a également marqué Jules Danglot. « Quand tu vois un joueur à la télé toute ton enfance, et qu’il est là à côté de toi… c’est impressionnant ! En vérité, il est juste là pour tout le monde. Il bosse énormément, et il est disponible pour discuter. Il apporte beaucoup. » Mignoni rebondit : « J’ai eu la chance de jouer et d’entraîner un garçon comme Jonny (Wilkinson). Ma’a fait partie de ces joueurs très rares. Ces mecs impactent les autres rien qu’avec leur présence. Ils ont aussi une exemplarité. »
Pour autant, l’entraîneur varois insiste sur le fait que le RCT ne s’est pas payé « un symbole », ni une « carte Panini ». Dans les coulisses, l’ancien demi de mêlée a pris le pouls des leaders avant d’accorder un contrat à Nonu. « À vrai dire, je pensais qu’il avait arrêté, commence Matthias Halagahu, qui fait partie des éléments consultés. On a senti arriver le truc au fur et à mesure. Pierre a aussi pris le temps de parler aux centres, et c’était important parce que ça peut les « chatouiller » un peu. À mon sens, si des leaders importants avaient dit non, je ne pense pas que Pierre aurait pris le risque. Mais au fond, il n’y a pas de risque parce que la saison roule. Il va nous apporter 10 % de plus dans l’exigence, dans la consistance. Il est là tous les matins à 7 heures. Il travaille plus que tous les autres joueurs. Je peux vous dire que je n’ai pas envie d’arriver à 9 heures quand je sais qu’il est là. C’est comme Alun-Wyn (Jones). Ces mecs t’apportent des hauts standards. Il n’est pas là pour prendre la place de quelqu’un, ou pour être titulaire à tous les matchs. Il n’a plus cette prétention. Il est là pour donner un coup de main. Pour l’avoir côtoyé il y a quelques années, je peux vous dire que c’est un mec qui ne laisse rien passer. Et ça, au quotidien, ça fait monter le niveau général. Tu n’as pas envie de passer pour un peintre quand tu as Nonu, ses 100 sélections et ses deux Coupes du monde, à côté de toi. »
Un niveau de jeu qui soulève des questions
Au centre d’entraînement, le natif de Wellington fait donc l’unanimité. Et sur le terrain, que peut-il vraiment apporter alors que son dernier passage à Toulon n’avait pas été au niveau du premier ? Mignoni répond avec franchise sur son vétéran, qui n’a plus joué en compétition depuis le 22 juillet dernier. « Il ne faut pas s’attendre à voir le Nonu du passé. Aujourd’hui, je n’en sais rien. Ça serait prétentieux de dire le contraire. Mais, à 42 ans, je n’aurais pas été en capacité de faire ce qu’il fait. On n’est pas fait, physiologiquement, comme ces gars. Ce sont des individus qui ont des superpouvoirs, qui savent prendre soin d’eux. Ils ont une capacité physique hors-norme. Je l’ai vécu avec Tana (Umaga) et je vois un autre exemple, en ce moment, qui s’appelle Gopperth à Provence Rugby. »
Pendant les deux semaines de trêve, Nonu est reparti en Nouvelle-Zélande avec un programme physique suivi scrupuleusement. « Il était important qu’il parle à sa famille, enchaîne le manager. Il est revenu avec beaucoup d’appétit, bien plus prêt. Il vit ce challenge avec de l’excitation. » Cette semaine, il a participé à l’intégralité des séances, en montrant notamment de belles dispositions lors du « ball in play ». « Ça reste Nonu, accentue Halagahu. Il a toujours ses mains. Et puis, quand il tape, il fait toujours mal. Ça reste un platane (rires). » Qui n’a touché ni argenterie avec Toulon, ni bout de bois, échouant notamment deux fois en finale du Top 14. Là aussi, il pourrait chasser un nouveau record en juin prochain.
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