Boîtes de nuit XXL, lieux de drague, lent déclin : retour sur l’histoire des « Macumba », ces discothèques devenues cultes

C’est la fin de toute une époque, celle où on se trémoussait sur Jeanne Mas, Philippe Cataldo, Début de Soirée ou Peter et Sloane. Le dernier « Macumba », chaîne de discothèques française à la renommée internationale, va fermer ses portes ce week-end.  L’établissement d’Englos près de Lille (Nord) n’accueillera bientôt plus de fêtards après 50 ans d’existence. Passé dans la culture populaire grâce au cinéma et à la chanson de Jean-Pierre Mader, le groupe « Macumba » a détenu jusqu’à 23 boîtes de nuit réparties en France, en Europe et en Amérique et a révolutionné nos loisirs et la façon de faire la fête. « ici » se replonge dans les archives et l’histoire de ces clubs mythiques.

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Les prémices des « Macumba » à Montpellier

L’histoire du « Macumba » commence à Oran en Algérie, au milieu des années 1960. Deux beaux-frères, Henri Souque et Jean Calvo, tombent raides dingues d’une paillote de plage, nommée « Macumba ». Une fois revenus en France, ils fondent en 1966 un complexe de loisirs à Montpellier (Hérault) et décident de le nommer : le « Macumba ». À cette époque, les petits dancings dans les caves se multiplient et les jeunes français viennent profiter de leur nouveau loisir préféré et des musiques rocks et yéyé. Dans leur nouvel établissement, les créateurs du « Macumba » proposent donc aux clients de venir se déhancher sur un dancefloor géant. Mais pour se démarquer des dancings traditionnels, ils mettent aussi à disposition des cours de tennis et une piscine avec plongeoir, un terrain de camping et un restaurant. L’ouverture est un succès : « Beaucoup de monde, un peu débordé. Le premier jour, nos bars étaient vidés », se souvient Henri Souque  dans un documentaire de France 3.

Si le dancing fait un carton, c’est moins le cas du restaurant qui n’attire pas les foules. Les propriétaires du complexe de Montpellier décident de le vendre et d’ouvrir des gros dancings dans toute la France. L’aventure des « Macumba » est lancée.

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Des boîtes de nuit à la pointe de la modernité

En 1972, un « Macumba » XXL s’implante à Mérignac près de Bordeaux. L’architecte du bâtiment imagine un établissement rond, très original pour l’époque. Il choisit des couleurs vives à la mode comme l’orange et le mauve, sans oublier le sol en parquet et des murs qui bougent. « Bien avant Jean-Michel Jarre, il y a eu un laser au Macumba », s’amuse André Siarri, directeur de la boîte de nuit de Bordeaux, sur France 3. La sono du DJ est au centre de la salle, installée dans une cabine en forme de hamburger. Le bar, lui, mesure 22 mètres. De petits podiums sont aussi prévus pour les danseuses « topless » (seins nus, en français). « Il fallait oser, ça n’existait pas en France », ajoute André Siarri. Marque de fabrique du « Macumba » à l’époque, une danseuse lumineuse est toujours l’emblème de la boîte de nuit d’Englos dans le Nord.

L’intérieur d’un Macumba avec les platines du DJ et les fauteuils pour accueillir les clients © MaxpppClaude Petit/PHOTOPQR/SUD OUEST

L’emplacement, lui, est stratégique : près d’une base militaire et sur la route entre Bordeaux et le bassin d’Arcachon. Le flux de voitures sera très important et les clients forcément au rendez-vous. En trois mois, cette immense discothèque en béton sort de terre. Plus de 1.000 personnes viennent fouler la piste du « Macumba » bordelais. « Les gens n’avaient jamais vu ça, ils ne partaient pas », confie l’architecte Michel Petuaud-Létang. Les week-ends passent et cette boîte de nuit nouvelle génération attire entre 1.500 et 1.800 fêtards. « Des gens venaient de Paris pour voir l’établissement », affirme aussi André Siarri.

Le Macumba de Neydens en Haute-Savoie © MaxpppNorbert Falco/Le Dauphiné/PHOTOPQR

« Tout le monde est le bienvenu » au « Macumba »

Pourquoi le « Macumba » de Bordeaux a un tel succès ? Il correspond à une époque « bénite » selon André Siarri, se rappelant les années 70. « Ça a pris tout de suite. L’heure était à la révolution sexuelle, souligne Henri Souque  dans un entretien à La Voix du NordLes jeunes s’amusaient sans se mettre minable, pardonnez l’expression ». « C’est l’époque de Hair, où les gens dansaient nus à Paris dans les théâtres. Nous étions dans cet esprit-là, mais ce qui dominait c’était la fête », se rappelle Michel Petuaud-Létang. Le « Macumba » devient aussi un lieu de rencontres pour les jeunes. « Il n’y a pas une semaine qui passe depuis que je travaille ici sans qu’on me dise ‘Mes parents se sont rencontrés ici' », assure Dimitri Derepas, actuel patron de l’établissement d’Englos, auprès de France 3. « C’est au Macumba que j’ai rencontré la mère de mes filles, puis il y a 10 ans ma compagne actuelle », confiait Roland, aficionado du »Macumba »,  au micro de « ici Pays de Savoie« . Ces rencontres étaient facilitées par une nouvelle danse très collé-serré, pas toujours appréciée des DJ : le slow.

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Les clients se sentent aussi comme à la maison au « Macumba ». « La particularité, c’est que tout le monde est le bienvenu, quelle que soit la classe sociale. C’est ça qui était magique », explique Dimitri Derepas, patron de la discothèque d’Englos. « C’est l’inverse de l’expérience parisienne où l’épreuve est d’arriver à rentrer », note Martine Drozdz, co-auteur de « Nos lieux communs » (Ed. Fayard),  auprès de France 2. Là, on n’a pas l’impression de sentir une grande discrimination à l’entrée ».

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La fièvre disco débarque ensuite et devient un phénomène : les clients se ruent dans les discothèques pour danser sur les plus grands tubes de Donna Summer, Patrick Juvet ou Dalida. Certaines dansent même en rollers. Souque et Calvo imaginent alors lancer un deuxième « Macumba », mais dans le Nord cette fois-ci. Ils rencontrent trois coiffeurs, dont un certain Roger Crochet (1928-2016), qui souhaitent investir dans ce dancing moderne. Il ouvre en 1975, encore une fois à l’extérieur des grandes aires urbaines. C’est un vrai carton : une immense file de voitures patiente jusqu’à l’autoroute le soir de l’ouverture, racontent les protagonistes de l’époque. Les lettres arrondies qui s’affichent en gros sur la devanture deviennent cultes.

L’entrée du Macumba de Madrid, en 2008 © MaxpppJuanJo Martín/EFE/Newscom

Les discothèques de la démesure

Les « Macumba » continuent leur développement et s’implantent un peu partout en France : Vigneux-de-Bretagne près de Nantes (Loire-Atlantique) en 1976 ou encore Verneuil-sur-Vienne en 1997. Ces discothèques arrivent aussi à Madrid en Espagne, à Fribourg en Suisse et même à Cuba ! Les plus grandes stars passent dans les « Macumba » pour faire chanter et danser les clients hors de la capitale : Claude François, Johnny Hallyday, Sylvie Vartan, Laurent Voulzy, Alain Souchon, Michel Sardou, Gloria Gaynor, Eddy Mitchell ou encore Dave. Même Loana, gagnante de Loft Story et interprète de « Comme Je t’aime », sera invitée à Mérignac et Clara Morgane à Barthenheim en 2009.

Loana, invitée du Macumba de Mérignac en 2002 © MaxpppG. BONNAUD/BEP/SUD OUEST

Clara Morgane au Macumba de Bartenheim en 2009 © MaxpppJean Francois Frey/PHOTOPQR/L’ALSACE

Le Nordiste Roger Crochet, désormais associé à Henri Souque et Jean Calvo, continuent son petit bonhomme de chemin et lance un nouveau « Macumba » en 1977 en Haute-Savoie. Ce dernier deviendra la plus grande discothèque de France au fil des années. Douze salles, douze pistes, douze ambiances différentes et une affluence record avec 10.000 personnes par week-end, c’est la boîte de nuit de la démesure. Une salle exige une tenue correcte, la musique est plus traditionnelle (valse, tango, chacha) dans une autre. La discothèque évolue avec son temps et la techno arrive dans les années 90. « On nous a pris pour des dingues » à cette époque, raconte André Siarri.

Le Macumba près de Saint-Julien-en-Genevois en 1999 © MaxpppBERNARD DAMAY/LE DAUPHINE LIBERE

Des « dancings » en périphérie des villes

À l’image des hypermarchés ou des cinémas multiplex, les « Macumba » s’implantent en périphérie des villes. Après Mérignac près de Bordeaux, celui du Nord s’implante à Englos près de Lille. Ces emplacements ne sont pas un hasard. Ils permettent d’« éviter les nuisances » car les boîtes de nuit sont éloignées des habitations, explique Dimitri Derepas, actuel patron de l’établissement d’Englos. Les clients peuvent y accéder facilement grâce aux grands axes autoroutiers à proximité et n’ont pas de problème pour se garer avec des parkings de grande taille. « À l’époque, la voiture est reine, donc on se déplace plus facilement », ajoute André Siarri.

Le Macumba de Neydens (Haute-Savoie) qui a fermé ses portes en 2015 © MaxpppNorbert FALCO/PHOTOPQR/LE DAUPHINE

Le succès et un tube entêtant

En parallèle du succès des « Macumba », c’est la chanson de Jean-Pierre Mader qui va faire rentrer ce nom dans la culture populaire. Le chanteur, star des années 80, vient de sortir son titre « Disparue » et cherche à créer un nouveau tube. « Avec mon ami Richard Seff, on se demandait ce qu’on allait pouvoir sortir, raconte Jean-Pierre Mader à « ici Nord ». Il m’a rappelé que j’avais essayé de faire une chanson un an auparavant pour Philippe Lavil et son directeur artistique Jean Maresca. Et c’est vrai que j’avais abandonné ce projet de chanson comme il n’avait pas été enregistré », poursuit-il. Les deux amis ont l’idée d’évoquer une « une fille » qui « chante dans un club ». « Moi, j’ai dit, ce serait bien le Mocambo, le César Palace. On cherchait et c’est Richard qui a eu l’idée du ‘Macumba, elle danse tous les soirs' », confie Jean-Pierre Mader. Dès qu’on a eu cette phrase, on a pu finir la chanson rapidement. Donc le Macumba n’est pas à l’origine de la chanson directement. Ce nom Macumba, elle danse tous les soirs, c’est une punchline de Richard qui a vraiment bien fonctionné ». La chanson qui tourne en boucle à la radio « nous a fait de la pub », admet aujourd’hui Henri Souque.

Jean-Pierre Mader – Macumba (Clip officiel HD)

Le lent déclin des « Macumba »

Mais la popularité de ces boîtes mythiques décline progressivement. « Les problèmes ont commencé dans les années 80, avec l’apparition du sida. Dès lors, on a remarqué une certaine retenue », raconte Henri Souque dans La Voix du Nord. « On parlait que de ça, il y avait une hantise », se souvient également André Siarri. L’ambiance se fait plus morose. Le manque de salariés ne permet pas non plus de maintenir ouvert certains lieux. En 1988, le « Macumba » de Nantes ferme ses portes.

Le « Macumba » est aussi considéré comme de plus en plus ringard dans les journaux et les parodies. Henri Souque se souvient d’un sketch des Inconnus particulièrement moqueur. Dans « Les Pétasses », les trois comédiens se moquent des clientes surmarquillées, fans de potins, qui se préparent avant d’aller faire la fête à la Shounga, une boîte style « Macumba ». À la fin des années 90, la loi qui interdit de fumer dans les lieux collectifs pèse aussi sur le modèle des « Macumba » : « On a perdu 10% de clientèle », affirme Henri Souque. En 2013, c’est le « Macumba » de Marignac qui s’arrête  puis celui de Neydens deux ans plus tard.

Les Inconnus – Les Pétasses | Au secours ! Tout va mieux … au Théâtre de Paris

Le dernier « Macumba » de France, celui d’Englos, ferme ce dimanche. Le patron prend sa retraite et n’a pas trouvé de repreneur. Car ce modèle de boîte de nuit n’attire plus les investisseurs. Depuis la pandémie de Covid-19, les banques ne prêtent quasiment plus au monde de la nuit, qui s’est beaucoup endetté.

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https://www.francebleu.fr/infos/societe/boites-de-nuit-xxl-lieux-de-drague-lent-declin-retour-sur-l-histoire-des-macumba-ces-discotheques-devenues-cultes-2772500#xtor=RSS-124

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