Un préjudice global de 1,2 million d’euros. Une cinquantaine de victimes n’ayant jamais reçu les voitures qu’elles avaient, pour la plupart, déjà achetées chez un concessionnaire nîmois via la plateforme Leboncoin. Une enquête vient d’être ouverte.
1,2 million d’euros. C’est le montant réuni par une société de vente de véhicules référencée à Nîmes sur le site Leboncoin, connu à ce jour. Au total, c’est une cinquantaine de victimes qui ont perdu des milliers d’euros.
L’annonce était alléchante. La voiture correspondait parfaitement aux besoins de Jean et de son épouse, originaires de la région toulousaine : une Audi Q3, en très bon état, avec peu de kilomètres, datant d’un an.
Le vendeur, Mondial Auto 42, existant depuis 7 ans et basé à Nîmes, était référencé sur le site de revente Leboncoin comme un compte professionnel.
Même le numéro de châssis, permettant d’identifier le véhicule correspondait à un véhicule existant. Et sur le bon de commande, l’IBAN de la banque en ligne Qonto indiquait un compte valide depuis 18 mois.
Jean considère avoir fait toutes les vérifications nécessaires, « tous les voyants étaient au vert ». Pour finaliser la commande, il verse donc l’acompte demandé fin décembre 2024 et patiente jusqu’à fin janvier 2025, date à laquelle la voiture est censée être livrée.
Les interlocuteurs, jusque-là très présents, finissent par ne plus donner de signe de vie, quelques jours seulement avant la date de la livraison prévue. Et le jour venu justement, aucune nouvelle et aucune voiture en vue.
Son premier réflexe est de retourner sur Leboncoin pour retrouver les autres annonces : stupéfaction, elles n’y sont plus et le compte du concessionnaire n’existe plus.
Au total, une cinquantaine de cas similaires à celui de Jean ont été recensés, venant de toute la France, voire d’Europe. « C’est assez tentaculaire », commente le quinquagénaire au micro de France 3 Occitanie. Une fois l’argent empoché via des virements bancaires sur une banque en ligne française, le concessionnaire a disparu.
Pour la plupart, ce n’est pas seulement l’acompte mais bien le montant total du véhicule qui a été perdu.
Une grande majorité a payé la totalité de la voiture, perdant de 15 000 à 30 000 euros. Aussi bien des jeunes, des étudiants, que des cadres. Il y a même un professionnel du secteur qui a perdu 130 000 euros pour huit voitures.
Jean – victime d’escroquerie
« Une étudiante a perdu toutes ses économies, d’autres ont vendu leurs voitures précédentes, ils ont un crédit et ne peuvent pas en racheter une« , s’indigne le Toulousain.
La plupart des victimes se sont réunies dans un collectif. « Heureusement qu’on est regroupés, on essaie de se remonter le moral les uns les autres », explique Jean.
Au-delà de se soutenir, l’objectif du collectif c’est aussi de se faire entendre. En prenant la parole, les victimes espèrent alerter, se faire connaître auprès des autres victimes afin qu’ils les rejoignent mais aussi donner de la force à leur dossier.
Dès qu’elles se sont aperçues de l’escroquerie, les victimes ont cherché à contacter la plateforme Leboncoin sur laquelle ont eu lieu les échanges et la banque Q. émettrice du RIB du concessionnaire.
« On a tous demandé des remboursements, sur la base d’escroquerie, mais toutes sont en train de revenir négatifs », explique Jean.
Très remontés contre la banque française, ils estiment que cette dernière a « failli à son obligation de vigilance » et veulent obtenir des réponses.
Comment se fait-il qu’il n’y ait pas eu des points de blocages ? On ne dit pas qu’ils sont complices mais facilitateurs.
Jean – victime d’escroquerie
Toujours selon le collectif de victimes, « il y a eu des négligences en termes de contrôle de la banque, notamment car les cartes d’identité données pour ouvrir le compte ont été identifiées comme fausses ».
Comment se fait-il qu’une société qui fasse un chiffre de 200 000 euros par mois en 2022 fasse plus d’un million en moins de deux mois ?
Jean – victime d’escroquerie
Après avoir porté plainte et écrit au procureur. Les victimes ont appris la prise en charge de leur dossier par la procureure de Nîmes et l’ouverture d’une enquête.
Désormais, le collectif recherche un avocat afin d’être accompagné dans tout le processus juridique aussi bien pénal que civil.
« Évidemment, on cherche un retour de fonds mais on n’est pas naïfs », reconnaît Jean qui estime que le combat ne fait que commencer.
