6 Nations 2025 – Emmanuel Meafou (XV de France) : « Twickenham, j’y ai déjà joué sur PlayStation »

Avec six sélections pour six victoires, Emmanuel Meafou s’apprête à découvrir le temple du rugby anglais. L’occasion de revenir avec le colosse toulousain sur son évolution en bleu et ses ambitions. Et force est de souligner qu’il n’en manque pas…

Six sélections avec le XV de France et toujours invaincu, combien de temps cela va-t-il encore durer ?
J’aimerais que ça dure durant toute ma carrière. Malheureusement, je sais que ce ne sera pas toujours le cas. Six matchs, six victoires, c’est énorme. Mais zéro titre aussi. Or, je joue au rugby pour gagner des trophées. C’est notre objectif sur ce Tournoi des 6 Nations.

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Vous parlez spontanément de votre soif de titre. Est-ce votre culture toulousaine qui est l’origine de ça ?
C’est possible. Depuis que je suis arrivé à Toulouse, nous avons gagné beaucoup de matchs et de nombreux titres. Dans ce club, il y a une culture de la gagne incroyable. J’aime ça. Mais c’est un peu pareil en équipe de France. C’est pourquoi j’espère que nous allons soulever le trophée du Tournoi des 6 Nations. Ce serait mon premier trophée avec l’équipe de France.

Vous allez disputer votre première rencontre à Twickenham dont on dit que c’est le temple du rugby. Comment appréhendez-vous cette rencontre ?
Quand j’étais jeune, j’ai joué quelques matchs à Twickenham, mais c’était sur Play Station. Avec mes potes, on choisissait toujours ce stade. C’est une enceinte incroyable. Et samedi, je vais avoir la chance de jouer dans ce stade pour la France. C’est incroyable.

Vous avez grandi en Australie, un pays très lié au Royaume Uni. Ressentez-vous le même sentiment que les Français envers les Anglais ?
J’ai plein de potes anglais, mais je suis comme tout le monde, je ne suis pas trop fan des équipes anglaises. Je n’aime pas trop la façon dont parlent certains joueurs, la façon dont ils râlent ou chambrent sur le terrain. Et je suis assez content quand les Anglais perdent un match. En fait, je suis un vrai Français (rires).

Ressentez-vous du stress ou des angoisses avant une rencontre aussi importante que celle qui s’annonce samedi ?
Je suis plutôt quelqu’un de cool, tranquille. Mais je me mets beaucoup de pression avant les matchs. Pas plus parce que nous allons jouer contre l’Angleterre. Non. C’est toujours la même chose, le même objectif : j’ai envie de faire des bons matchs. Il y a donc toujours un peu de stress, même si aujourd’hui je crois être capable de gérer mes émotions. C’est sans doute grâce à l’expérience que j’ai pu avoir avec le Stade toulousain en jouant des finales de Top 14 ou de Champions Cup. Cette dernière compétition est d’ailleurs une très bonne étape pour se rapprocher du niveau international. Ça permet de mieux appréhender le tempo.

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Surtout, vous êtes en équipe de France depuis un an maintenant…
Oui, c’est vrai. Je ne suis plus le petit nouveau. Mais au mois de novembre, lorsque nous avons affronté la Nouvelle-Zélande, j’ai quand même dû faire face à beaucoup d’émotions. Le contexte était particulier pour moi. Je suis né en Nouvelle-Zélande, j’ai de la famille là-bas, des cousins. Et même si je suis parti en Australie à l’âge de deux ans, c’était un drôle de sentiment.

Je suis assez content quand les Anglais perdent un match. En fait, je suis un vrai Français

Avec le Stade toulousain, vous avez récemment battu le club anglais de Leicester en inscrivant 80 points. Est-ce un bon baromètre avant le match de samedi ?
J’aimerais bien, mais je n’y crois pas (rires). Le match sera bien plus serré. Les Anglais, même s’ils ont perdu, ont fait un très bon match contre l’Irlande le week-end dernier. Il y a beaucoup de bons joueurs dans cette équipe. Mais dans la nôtre aussi. On a des joueurs exceptionnels. Vraiment. Je crois qu’on peut gagner à Twickenham et même le Grand Chelem. D’ailleurs, peu importe que l’on remporte ce match avec un ou cinquante points d’écart, ça ne change rien, il faut juste gagner pour espérer faire le Grand Chelem.

Avez-vous discuté avec Jack Willis, votre partenaire du Stade toulousain, de cette rencontre ?
Pas encore (l’entretien a été réalisé lundi soir). Avant notre premier match, je sais qu’il était un de nos supporters, notamment pour soutenir les joueurs toulousains. Cette fois, je pense qu’il ne sera pas pour nous, il y a quand même son frère qui joue pour l’Angleterre (sourire).

Justement, Jack Willis aurait-il sa place samedi dans le XV de la Rose ?
Oh que oui ! C’est un titulaire en puissance. Ce mec est une machine.

En revanche, vous aurez face à vous Marot Itoje. Le considérez-vous comme une référence mondiale ?
C’est peut-être le futur capitaine des Lions Britanniques, ce n’est pas rien. C’est un bon joueur et un vrai leader. Mais je ne prête pas forcément attention aux noms des mecs en face, que ce soit des All Blacks, des Boks ou autres. Ils ont tous deux mains et deux pieds, un cerveau. C’est d’ailleurs lui qui travaille le plus (rires).

Certes, mais vous êtes quand même, sur un terrain, souvent l’un des plus costauds…
(Il rigole) C’est vrai. D’ailleurs, quand j’étais plus jeune, je voulais profiter de mon physique pour casser la gueule à tout le monde sur le terrain. Je voulais plaquer cent fois par match, prendre le ballon cent fois aussi. Mais, en fait, ce n’est pas possible. Ce style de jeu, c’est usant. Et puis, je veux être le meilleur possible. Je ne peux pas toujours être dans le registre du défi physique. Je dois utiliser mon cerveau pour mieux utiliser mon corps, pour créer des espaces pour mes partenaires. En jouant ainsi, je me sens mieux sur le terrain.

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Surtout que vous semblez avoir perdu du poids, non ?
Oui, j’ai perdu huit, neuf kilos depuis un an. Cela me permet de mieux me déplacer, de parfois créer des leurres.

Vous semblez constamment en quête de progression. Vrai ou faux ?
C’est vrai ! Je veux devenir le meilleur deuxième ligne du monde. Et même le meilleur joueur du monde. Bon, pour l’instant, c’est Toto (Antoine Dupont), mais on ne sait jamais… Il faut viser haut pour aller loin.

À ce point-là ?
Je me souviens de Brodie Rettalick, le deuxième ligne All Blacks a été élu meilleur joueur du monde (2014). Ça veut bien dire que c’est possible, même si c’est plus souvent des trois-quarts et des troisièmes lignes qui obtiennent ces récompenses car ils touchent plus de ballons. Ce n’est pas juste d’ailleurs (rires). Bref, si Rettalick a eu ce titre, ça veut bien dire que je peux le viser aussi. J’ai confiance en moi, en mon jeu. Voilà pourquoi je veux constamment progresser.

Je veux devenir le meilleur deuxième ligne du monde, mais aussi le meilleur joueur du monde

Avez-vous le sentiment que le regard de vos adversaires sur vous a changé ?
Oui, je sens bien que je suis visé sur les impacts. C’est normal, ça fait partie du jeu. Ça me fait penser que je suis sur le bon chemin. Moi-même quand j’affronte un grand joueur, je le vise forcément. Ce week-end, j’aurai pour cible Marot Itoje et George Martin. C’est quelque chose de motivant. Pour être le meilleur, tu dois battre les meilleurs.

Est-ce vrai qu’Eddie Jones, alors sélectionneur de l’Australie, vous a appelé pour vous convaincre de disputer le Mondial 2023 avec les Wallabies ?
C’est vrai, mais le coup de téléphone n’a duré que 10 minutes.

Pourquoi ?
Tout simplement parce que je voulais porter le maillot de l’équipe de France. Eddie Jones m’a appelé lorsque World Rugby a fait savoir que je ne pourrai pas disputer le Mondial 2023 avec les Bleus. Il a sans doute pensé qu’il y avait une opportunité à saisir. Mais, mon objectif n’était pas de jouer la Coupe du monde 2023, seulement de jouer pour l’équipe de France. J’ai aujourd’hui un sentiment d’appartenance très fort pour ce pays.

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Justement, quel est le regard de votre famille sur votre réussite en France ?
Mes parents sont heureux et fiers, mes deux sœurs et mes deux petits frères aussi. Ils sont venus me voir jouer pour mon premier match avec le XV de France NDLR : Galles-Frances en 2024). C’était énorme pour moi. Après le match, je les ai vus pleurer de joie. Ce jour-là, j’ai compris que j’avais fait le bon choix.

Pourquoi ?
Plus jeune, je n’ai jamais été sélectionné dans les équipes nationales en Australie. Il a donc fallu que je parte pour réussir.

Vous êtes-vous nourri d’un sentiment de revanche ?
Non, pas du tout. Je n’avais rien à prouver à personne, sinon à moi-même. Je voulais me prouver que j’étais capable de faire de grandes choses.

Si on vous avait dit à votre arrivée à Toulouse que vous seriez un des meilleurs deuxièmes lignes du monde aujourd’hui, l’auriez-vous cru ?
Franchement ? Oui. J’ai beaucoup de confiance en moi.

Votre franchise est rare dans le milieu du sport professionnel…
L’humilité est importante, surtout en rugby. Mais la confiance en soi l’est encore plus. J’assume donc de vouloir être le meilleur. Mes parents m’ont toujours poussé à beaucoup travailler pour atteindre mes objectifs.

Vous souvenez-vous avoir déjà mis les pieds à Twickenham sans y jouer ?
Oui, c’était pour la finale de Champions Cup contre La Rochelle en 2021. J’aurais tellement aimé jouer… Mais ce n’est pas un mauvais souvenir. Au contraire. C’était un moment incroyable. Ça m’a donné encore plus faim, encore plus de motivation. Un peu comme lors de la finale du Top 14 en 2019. Je me souviens avoir dit à un de mes potes avec qui je jouais en espoir à l’époque : « La prochaine fois, j’y serai ». C’est comme ça que j’avance.

Vous souvenez-vous de la rencontre d’il y a deux ans où le XV de France s’était largement imposé à Twickenham ?
Oui, c’était énorme. J’étais dans un bar à Toulouse avec certains de mes partenaires de club. Thibaud (Flament) avait fait un super match. J’étais comme un dingue devant la télévision. Mais bon, je ne suis pas sûr que ce genre de match puisse se renouveler à chaque fois. J’imagine que les joueurs anglais l’ont dans un coin de la tête. Ça va être un vrai bras de fer samedi et j’espère bien qu’on va le gagner.

https://www.rugbyrama.fr/2025/02/06/6-nations-2025-emmanuel-meafou-xv-de-france-twickenham-jy-ai-deja-joue-sur-playstation-12493911.php

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