6 Nations 2025 – « Je ne suis pas encore inquiet, mais… » : Courtney Lawes dubitatif avant le Crunch Angleterre-France

Aujourd’hui à Brive, l’international anglais aux 105 sélections Courtney Lawes garde toujours un œil attentif sur sa sélection. Avant le match contre la France, une rencontre toujours particulière à son sens, il nous livre son regard sur les dynamiques des deux équipes.

Qu’avez-vous pensé du match des Anglais en Irlande, en ouverture du Tournoi des 6 nations ?

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Ils sont bien entrés dans leur rencontre en mettant beaucoup de pression sur les Irlandais en début de match. Malheureusement, pour le moment, l’équipe ne parvient pas à s’adapter selon la physionomie du match et la façon dont il évolue. Au cours des 80 minutes, il y a forcément des moments plus difficiles et ce sont ces périodes qu’ils doivent mieux gérer.

Comment expliquez-vous la période difficile de la deuxième mi-temps ?

Selon moi, cela vient en grande partie de l’expérience de l’équipe. Le groupe doit comprendre ce qui doit être fait en équipe pour changer la dynamique d’un match. Il y a eu aussi des erreurs dans la stratégie et des pertes de concentration préjudiciables. En défense, il faut parfois savoir résister, contenir l’adversaire, en se connectant entre joueurs sur la ligne défensive. Il ne s’agit pas d’essayer d’avoir une vitesse de ligne élevée, mais simplement d’être connectés.

Les Anglais se sont inclinés en Irlande au terme d’un match à la débauche d’énergie folle Sportsfile / Icon Sport

Les finisseurs n’ont pas suffisamment apporté, selon vous ?

Ce fut difficile, peut-être, pour certains. Ils ont essayé d’avoir un impact. Theo Dan l’a bien fait. Encore une fois, je trouve que nous manquons d’expérience parmi nos remplaçants. Avoir beaucoup d’énergie, c’est bien, mais ça peut vous faire commettre aussi des erreurs. C’est certainement ce qui est arrivé.

Quelles sont les qualités de cette équipe ?

Le XV de la Rose est une équipe avec beaucoup d’énergie, de jeunesse et du talent. Il faut simplement que les joueurs se libèrent, qu’ils puissent s’exprimer sur le terrain parce qu’ils en ont les capacités. C’est ce qui fait défaut à cette équipe.

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Et ses faiblesses ?

Notre défense est un peu faible, en ce moment. Elle s’est beaucoup améliorée depuis l’automne, mais ils ont encore beaucoup de mal à contenir l’adversaire pendant plusieurs temps de jeu. Il faut que cela change. Et puis, nous sommes vraiment en train de perdre la bataille du territoire, ce qui rend une rencontre beaucoup plus difficile. C’est un aspect important du jeu à maîtriser et ce n’est pas trop le cas aujourd’hui. Tout cela fait qu’ils ont une bonne marge de progression.

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Vous ne semblez pas très inquiet pour cette équipe…

Comment dire ? Je ne suis pas encore inquiet mais il va falloir retrouver le chemin de la victoire. Il faut faire un grand Tournoi des 6 Nations, sinon cela deviendra inquiétant.

Un joueur vous impressionne-t-il dans cette équipe ?

Maro (Itoje) évolue toujours à un très haut niveau. Ellis Genge s’affirme également comme un leader. Il a été l’auteur d’un très bon match en mêlée fermée, en Irlande. Il est de plus en plus dominateur. Derrière, j’ai été vraiment impressionné par le match d’Ollie Lawrence : il a harcelé les attaquants irlandais et il a été précieux par sa puissance. C’est un joueur important de cette équipe pour dominer au centre du terrain. Tom Curry est revenu également à son meilleur niveau et c’est formidable à voir. Et puis, Marcus Smith, comme toujours, montre la voie.

Ellis Genge, ici à gauche, et Maro Itoje au milieu, sont des cadres du XV de la Rose PA Images / Icon Sport – John Walton

Que pensez-vous de l’équipe de France ? Des joueurs vous ont-ils marqué ?

Oui, évidemment il y en a beaucoup mais si je ne devais n’en citer qu’un ce serait Thomas Ramos. C’est l’un des meilleurs joueurs du monde en ce moment. Il joue si bien, et il est si précieux dans la bataille du territoire. Il est exceptionnel. Avec son jeu au pied, c’est un sniper ! Sa présence joue un rôle essentiel dans le style de jeu de l’équipe de France, et dans la façon dont ils utilisent leur paquet d’avants. Ils savent qu’ils vont pouvoir gagner la bataille du territoire grâce au jeu au pied de Ramos et ainsi maintenir la pression sur les adversaires dans leur moitié de terrain.

Vous avez joué plusieurs fois contre Antoine Dupont. Cela nécessite-t-il une préparation spéciale ?

Il faut bien s’y prendre, en effet. En anglais, on dit qu’il faut lui « faire grincer des dents », entrer dans sa tête et être aussi destructeur que possible. Si vous le laissez faire ce qu’il veut, vous n’aurez pas la vie facile. Il faut donc vraiment le cibler, faire tout ce que l’on peut pour le perturber.

La France possède également un paquet d’avants très « puissant ». Comment le contrer ?

Je ne pense pas que ce soit nécessairement une question de puissance. En ce qui concerne l’Angleterre et la France, ce sont deux équipes assez similaires en termes de réussite en conquête, aussi bien en mêlée qu’en touche. Il faut juste savoir utiliser nos joueurs sur ce qu’ils font de mieux, pour s’appuyer un maximum sur leurs capacités. Nous devons aussi mieux travailler en équipe. Pour le moment, nous ne sommes pas encore au top là-dessus…

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Henry Pollock est annoncé comme l’un des plus grands talents du rugby anglais. Vous l’avez côtoyé à Northampton. Pouvez-vous nous parler de lui ?

Il est évidemment très jeune, mais c’est déjà un bon joueur. Il a un énorme avantage pour lui, c’est qu’il est très rapide pour un troisième ligne. Henry est un peu léger, mais sa vitesse compense et le rend ainsi très puissant. Il est tenace, ne lâche jamais rien, et ça, c’est génial. J’ai hâte de voir comment il va évoluer en tant que joueur, mais il fait un excellent début de carrière.

Comprenez-vous le choix de Steve Borthwick de retirer le capitanat à Jamie George pour le donner à Maro Itoje ?

Il y a des avantages et des inconvénients dans les deux cas, pour être honnête. Mais c’est comme ça aujourd’hui et le staff a pris la décision qu’il pensait être la meilleure à ce moment-là.

Nous sommes dans une année avec les Lions britanniques et irlandais cet été. Y pense-t-on déjà pendant le Tournoi des 6 Nations ? Est-ce une source de motivation supplémentaire ?

Selon moi, les Lions sont toujours dans ton esprit, et encore plus lors du Tournoi qui précède la tournée. Cela se voit dans les performances de certains joueurs. Je peux prendre l’exemple d’Ollie Lawrence ou Tom Curry, ces deux hommes sont impressionnants actuellement et cela peut être lié au fait qu’ils veulent faire la tournée des Lions à la fin de l’année.

Ollie Lawrence, ici au plaquage, a été impressionnant contre l’Irlande Sportsfile / Icon Sport

Comment a été vécu le dernier Angleterre-France (10-53) ?

Je vous avoue que je n’avais pas prévu ça. C’était un très mauvais moment pour nous, Anglais. Je peux vous dire que ce n’était pas un bon match à regarder.

Ce match est-il encore un traumatisme aujourd’hui ?

Non, parfois on se fait « cabosser » mais il faut se relever et continuer à avancer. Je suis sûr que l’Angleterre peut s’en servir comme motivation aujourd’hui.

Y aura-t-il un esprit de revanche samedi ou pas ?

Comme je l’ai dit, tu peux te servir de cette claque comme d’une source de motivation, mais je ne m’attarderais pas trop là-dessus non plus.

Aujourd’hui, Jack Willis est l’un des meilleurs joueurs du Top 14 et pourtant il ne peut être appelé en équipe nationale car il joue à l’étranger. La fédération devrait-elle changer les règles d’éligibilité pour permettre aux joueurs évoluant en France de jouer en équipe nationale ?

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Pour être honnête, oui. Je ne pense pas qu’il y aura beaucoup plus de joueurs anglais qui viendront en France. Les places sont limitées car il y a, chez vous, beaucoup de bons joueurs qu’ils soient français ou étrangers. Pour revenir à la question, la fédération ne fait que limiter son propre vivier de talents. Comme vous le dites, certains des meilleurs joueurs anglais, ou du moins l’un des meilleurs joueurs anglais, est actuellement en France et ne peut être appelé. C’est dommageable à mon sens.

Le championnat anglais prépare-t-il suffisamment les joueurs aux matchs internationaux ? On a le sentiment, vu de France, qu’il y a bon nombre de matchs avec beaucoup de points et de bonus offensifs.

La Premiership reste un très bon championnat. Le style de jeu dépend de l’équipe pour laquelle vous jouez. La plus grande difficulté en Angleterre est de réunir tous les joueurs de différents clubs sous une même bannière et avec une même façon de jouer. C’est la chose la plus difficile, mais il faut faire avec… C’est aussi probablement pour cela que nous sommes plus performants lors des années de Coupe du monde. En Angleterre, beaucoup de clubs sont plus axés sur l’attaque. Je ne saurais dire pourquoi. Peut-être que nous préférons simplement ce style de rugby. Mais il y a aussi des équipes qui sont très axées sur la défense, comme les Saracens. Avec les Saints, nous avions une très bonne défense la saison dernière pour être champions.

Depuis votre arrivée en France, ressentez-vous une différence de système entre le rugby anglais et le rugby français ?

Culturellement, il y a une très grande différence dans la manière de faire les choses, et de jouer. Je ne sais pas ce qu’il en est du Top 14, mais en Pro D2, il y a beaucoup de pertes de balle, de pénalités et d’interventions de l’arbitre. C’est une des plus grandes différences. C’est marrant parce qu’ici, on joue avec beaucoup de grands joueurs costauds, de gros paquets d’avants, mais c’est aussi un rugby assez ouvert par moments. Il faut donc être extrêmement vigilant. Mais si vous avez une bonne mêlée en Pro D2, vous avez fait la moitié du travail.

Courtney Lawes et Julien Marchand lors du Six Nations 2024 Sandra Ruhaut / Icon Sport

Quels souvenirs gardez-vous des matchs contre la France ?

J’ai joué contre la France une bonne dizaine de fois donc j’ai beaucoup de souvenirs. Ça a toujours été de bonnes rencontres à disputer. Le « crunch » est un match spécial.

Pourquoi ?

Il y a une rivalité entre la France et l’Angleterre et il y en aura toujours une. Ce sont des matchs difficiles, très physiques. Personnellement, j’ai adoré jouer contre la France, dans ces rencontres où il faut répondre présent dans le défi physique.

https://www.rugbyrama.fr/2025/02/06/6-nations-2025-je-ne-suis-pas-encore-inquiet-mais-courtney-lawes-dubitatif-avant-le-crunch-angleterre-france-12492929.php

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