Seul joueur de Clermont sélectionné dans la première liste de Fabien Galthié pour le Tournoi des 6 Nations, Killian Tixeront est devenu un leader de l’ASM ces derniers mois. Pur Auvergnat, le jeune flanker (23 ans) est un amoureux de sa terre natale…
La route menant à Chadrat est capricieuse. À trente kilomètres au sud de Clermont-Ferrand, les portions vallonnées pour pénétrer ce petit village ravissent les cyclistes du dimanche ou les profils plus aguerris. Avant d’arriver aux portes de ce qui fut un profond lac il y a 25 millions d’années, la chaîne des Puys s’ouvre comme une gigantesque barrière de corail, sur la gauche de la route. Au milieu du village rocheux, où le calcaire a fait son œuvre au fil des millénaires, la famille Tixeront se niche derrière une porte bleue. Cinq âmes ont vécu dans cette charmante maison pierreuse. Aujourd’hui, Valérie et Eric Tixeront gardent le foyer, accompagnés d’Inès, la dernière de la famille. Tiphaine, l’aînée, est partie en Polynésie française alors que Killian a quitté le nid il y a quelques années. « Cela tombe bien qu’on vienne ici, je ne suis pas retourné à Chadrat depuis plusieurs semaines ! » sourit le garçon de la fratrie. Devant le poêle rouge qui arbitre un feu éclatant, le jeune troisième ligne de Clermont retrouve ses racines. Car au sein de l’effectif de l’ASM, Killian Tixeront est l’un des plus purs Auvergnats, aux côtés du Riomois Lucas Dessaigne ou de l’Issoirien Alexandre Fischer.
En sortant du tramway clermontois à l’arrêt du stade Marcel-Michelin, les passants et les plus fidèles membres de la Yellow Army n’ont qu’à lever les yeux pour apercevoir une fresque colossale du troisième ligne, devant l’historique tribune Auvergne-Rhône-Alpes. « C’est un petit de l’ASM » sourit Christophe Urios. « Son attachement au club et à la région est évident. Depuis qu’il joue en professionnel, il n’a pas vécu les meilleures saisons de Clermont et il a une envie forte de rendre fier le peuple auvergnat. Il parle sans arrêt du Michelin aussi… Je joue beaucoup là-dessus avec lui, c’est capital dans notre relation ». Le manager de Clermont vise juste. La simple évocation du nom de l’antre des Jaunards transcende l’enfant de Chadrat. « À chaque fois que j’ai la chance de jouer dans ce stade, je revis les mêmes émotions que mon premier match là-bas (face à Perpignan, le 26 février 2022). Je n’arrive pas à m’en lasser et à me dire que c’est normal. Je suis allé tellement de fois au Michelin en tribunes que maintenant, j’arrive plus tôt à l’échauffement pour simplement regarder le stade se remplir petit à petit. Je ne pense à rien d’autre. »
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Il jouait centre mais on voulait le tester en troisième ligne. Sa mère était un peu réticente mais au final…
De l’Auvergne, “Tix” a les volcans dans les yeux et le caractère dans le sang. « Mes grands-parents étaient agriculteurs puis ils ont travaillé à Michelin, à l’usine, un parcours qu’ont connu beaucoup de personnes ici. Quand j’étais en vacances, j’aidais mon grand-père à nourrir les animaux à Saint-Saturnin, un village à côté de Chadrat, et je passais du temps avec mes cousins à la ferme de la Chapelle-sur-Usson. J’y suis allé surtout pour faire du quad et du tracteur (rires)…On se levait tôt, on se couchait tard, donc cela fait relativiser par rapport à notre vie de joueur professionnel » se souvient le flanker. À 15 000 kilomètres du Puy-de-Dôme, à Tahiti, Tiphaine revient sur l’enfance de son frère en ouvrant quelques dossiers. « Petit, il était assez turbulent ! Il était le caïd de la cour de récréation (rires). Mes parents étaient souvent convoqués à l’école parce qu’il faisait des bêtises ». Des souvenirs encore vifs dans l’esprit de Valérie, la mère d’un Killian loin d’être méchant mais branché sur 10 000 volts. « Il n’était pas bagarreur, mais c’était sûrement dû au fait qu’il était plus grand que les autres, ils ne venaient pas le chercher ! Par contre, il bougeait tout le temps et après chaque vacances, on allait toujours dans le bureau de la directrice avec son père ! Il avait besoin de quelques rappels à l’ordre ».
De l’excitation d’une enfance passée au milieu d’une nature bienveillante, Killian Tixeront s’est métamorphosé à quatorze ans, au moment d’intégrer le centre de pré-formation de l’ASM. Patrick Cluzel, ancien éducateur du club des Martres-de-Veyre, se rappelle exactement du jeune Killian, cheveux longs au vent et centre de naissance. « Je l’ai entraîné trois ans avant qu’il parte à Clermont. Il était très grand, avec un beau gabarit et on le faisait jouer au centre car il courait très vite. D’année en année, on sentait qu’il progressait très vite et il faisait partie d’une génération dorée. Il était au-dessus du lot mais il avait un très bon entourage. Il n’a jamais été prétentieux. Juste avant qu’il parte à l’ASM, il jouait toujours centre mais on voulait le tester en troisième ligne. Sa mère était un peu réticente mais au final cela a payé. Il a vite envoyé des gros plaquages et je pense que ce poste lui a plu ». Aux Martres-de-Veyre, Killian Tixeront a forgé son style très offensif et aérien.
S’il est passé du judo à l’escrime en passant par le football, le jeune auvergnat est tombé amoureux du ballon ovale grâce à sa grand-mère. « Elle était presque la seule à être abonnée à Canal + dans le village, elle faisait tous les déplacements et elle a assisté à beaucoup de finales perdues, c’était une inconditionnelle ! Pour Killian comme pour ses sœurs, la passion du rugby est venue de là » relève la maman de la fratrie. Comme de nombreux enfants de la région, “Tix” a pu voir certains grands noms de l’ASM venir transmettre leurs savoirs auprès des écoles de rugby. Sur la table blanche du salon, Valérie et Killian ouvrent les albums photos avec une certaine fierté. « En voilà une avec Morgan Parra, il avait des cheveux à l’époque (rires) » s’amuse le troisième ligne, qui a également pris la pose avec Julien Pierre et Julien Bardy. « À cette époque, je jouais au rugby par plaisir avec les copains, mais quand l’ASM m’a appelé, j’ai pris conscience des efforts qu’il me restait à faire pour gravir les échelons. Je quittais mes copains de l’époque, même si je n’allais pas très loin, je devais changer de collège etc. Mais ce club me faisait rêver, j’idolâtrais tellement Wesley Fofana que ma mère m’avait acheté les mêmes cuissards que lui (rires) ».
Quitter l’Auvergne : une tentation vite éteinte
Biberonné à la mamelle jaune et bleue, Killian Tixeront a passé les classes d’âge sereinement, avec une mentalité bien loin de son enfance, comme le raconte sa sœur Tiphaine. « Quand il était au lycée, il ne sortait pas beaucoup, il ne faisait pas trop de soirées. Quand les autres allaient manger un kebab, il restait dans sa chambre, tranquille. Il a changé d’état d’esprit quand il a compris qu’il pourrait faire quelque chose dans le rugby et quand les entraîneurs lui ont dit qu’il pouvait aller loin ». Alamercery, Cadets, Gaudermen… “Tix” filait tranquillement vers la catégorie Espoirs, la dernière étape avant d’accéder aux portes du monde professionnel. « C’était déjà un autre monde pour moi, j’ai commencé en Espoirs à dix-sept ans mais je jouais contre des mecs de vingt-trois ans ! Physiquement c’était dur, surtout les mauls. Je me rappelle des entraînements du mercredi où on répétait cette phase de jeu et j’avais souvent les côtes qui sifflaient (rires). Il y avait un écart certain, mais cela n’était pas grand-chose par rapport à la différence entre Espoirs et professionnels. C’était affolant ! ». Capitaine des Espoirs de Clermont, Killian Tixeront a également porté le brassard chez les Bleuets, sous la direction de Sébastien Piqueronies.
Séduit par le flanker au casque rouge, l’ancien sélectionneur de l’équipe de France a tenté de faire venir Tixeront à Pau, en 2022. Enraciné comme jamais à sa terre natale, le principal intéressé affirme qu’il aurait pu faire ses valises pour le Béarn. « Est-ce que je me voyais à Pau ? Bien sûr ! J’avais une très bonne relation avec Sébastien Piqueronies et la Section me proposait un très beau contrat. J’étais encore jeune, je ne savais pas si l’ASM voulait me conserver, et finalement tout s’est fait au dernier moment. Jono (Gibbes) est venu me voir en me disant qu’il comptait sur moi. C’était la concrétisation de mon objectif : signer mon premier contrat professionnel dans mon club formateur. Je cherchais cette place depuis tellement d’années… ». Du gamin qui regardait Fofana volait sur le pré, “Tix” a donc enfilé le même maillot que ses idoles de jeunesse, en s’installant dans la rotation au fil des mois. Révélé au grand jour par Franck Azéma et développé par Jono Gibbes, le jeune flanker a vite fait face à un premier défi après le licenciement du Néo-Zélandais et l’arrivée en urgence de Christophe Urios. Un nouveau management à appréhender, un style différent à comprendre et une relation qui s’est construite avec le temps, sans un coup de foudre évident.
« Quand je suis arrivé on ne le voyait pas trop dans le groupe, c’était un gamin, mais il a vite fait évoluer sa personnalité et ses qualités rugbystiques. Il s’est montré courageux, en prenant la parole face aux leaders ou à moi-même, et il n’a pas caché son ambition. La saison dernière, je ne l’avais pas retenu pour un match et je lui avais dit de jouer avec les Espoirs à Grenoble. Il n’avait pas compris, parce qu’il voulait jouer avec les professionnels, et à l’arrivée, il a fait un bon match avec les Espoirs. Notre relation de confiance a débuté comme cela, mais je n’étais pas certain de vouloir le prolonger. Pau était revenu à la charge avec une très belle proposition et je me demandais s’il ne fallait pas qu’il vive autre chose… Et puis à partir de cette offre, Killian s’est plus montré à l’entraînement, dans la vie de groupe et à mes yeux ! On a eu des longues discussions sur son avenir et il m’a montré qu’il voulait compter à Clermont en me disant : “je n’en fais pas une affaire d’argent, je veux être dans le projet”. Depuis il n’a fait que monter en compétence et il amène ce côté auvergnat à l’équipe » se rappelle le manager de Clermont.
Et après une saison pleine, les portes du XV de France se sont ouvertes avec une première sélection en Argentine et plusieurs convocations à Marcoussis lors de la tournée d’automne. Une fierté énorme pour la famille de Chadrat et son ancien éducateur. « Il me fait penser à Olivier Magne. Il est très fort sur les ballons d’attaque et il marque beaucoup d’essais en étant bien placé. Et si j’avais un conseil à lui donner pour la suite, ce serait qu’il soit encore plus rude dans les rucks, mais il déploie tellement d’activité dans le jeu courant… » souffle Patrick Cluzel. À deux pas du Puy-de-Dôme, Killian Tixeront est attendu comme une nouvelle montagne dans le paysage auvergnat…
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