Une audience très éprouvante à Montpellier, au deuxième jour du procès de Sandrine Pissarra, 54 ans, qui encourt la perpétuité pour avoir fait mourir sa fille de treize ans, en la privant de nourriture et en la soumettant à des punitions barbares, jusqu’à sa mort à Montblanc, près de Pézenas, le 6 août 2020.
On commence par les images, on finit avec le son. Et l’on sort hébété, ce mardi, de la cour d’assises de l’Hérault, après cette terrible journée passée auprès des enfants de Sandrine Pissarra, 54 ans. Elle risque la perpétuité pour avoir soumis Amandine, 13 ans, à des actes de torture et de barbarie, jusqu’à sa mort à Montblanc le 6 août 2020.
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Interne au collège de Sigean
D’abord, donc, le visage d’Amandine. Une photo de classe, en septembre 2019, pour sa rentrée à l’internat du collège de Sigean (Aude), après un nouveau changement d’établissement et de département, peut-être pour mieux brouiller les pistes de la maltraitance. « Elle n’a pas un sourire éclatant mais elle a un joli visage », lance le président à l’accusée, qui esquive depuis quatre ans toute responsabilité. « Je n’ai pas compris de quoi elle était décédée », répète-t-elle.
Une maigreur effrayante, allongée sur le sol
La photo suivante est prise par les gendarmes dans la maison, où Amandine, d’une maigreur effrayante, gît au sol, sur le dos. « Agrandissez, agrandissez », demande le président au greffier, tandis que l’horreur envahit peu à peu les écrans.
Le visage de l’enfant est totalement émacié. La peau est jaune, avec de profonds cernes noirs. Ses incisives sont cassées. Ses cheveux sont épars et courts, elle a une plaie sanglante sur le nez. Le plus terrible est peut-être son expression d’épouvante, de terreur, que la mort a figée.
Touffes de cheveux arrachées, dents cassées
« Regardez ! Voilà le visage de votre fille ! Elle avait le même la veille de son décès ! Qu’est-ce que vous n’avez pas vu ? » gronde le magistrat.Sandrine Pissarra et son compagnon Jean-Michel Cros ont la tête baissée. La mère regarde, reste impassible. « Les touffes de cheveux arrachées, la dent cassée, elle se l’est fait elle-même ? Qu’est-ce que vous lui avez fait ? »
« Les punitions n’avaient pas de fin »
L’accusée ne dit rien. Arrive Cassandra, 28 ans, l’une de ses filles, partie dès ses 18 ans tout en tentant de garder un lien avec ses petits frères et sœurs. Elle est blonde, toute menue.
« Si je peux résumer mon enfance… C’était un enfer sur Terre, tous les jours. Quand on a déménagé de Perpignan à Saint-Pargoire, j’ai oublié un cahier. J’ai été punie pendant trois jours de manger et de boire. Les violences ont commencé à ce moment-là. On devait se lever à 5h du matin pour faire le ménage et on se prenait des gifles, des coups de balai. Les punitions n’avaient pas de fin. »
« Je ne voyais pas ma mère pleurer »
Après la mort d’Amandine, Cassandra revient à Montblanc. « J’avais l’impression qu’il ne s’était rien passé. Je ne voyais pas ma mère pleurer, je ne la voyais pas triste, elle avait rendez-vous chez la coiffeuse le surlendemain, elle y est allée quand même. C’était vide, on aurait dit qu’il n’y avait jamais eu Amandine dans cette maison. » Avant l’arrestation, elle tente de protéger Ambre, sa petite sœur, nouvelle cible de la violence maternelle.
« Si ça se trouve, c’est toi la suivante »
« On savait que personne ne pouvait nous sauver, à part attendre nos 18 ans pour prendre notre envol, en espérant que ceux qui restent survivent. J’ai dit à Ambre : “Si ça se trouve, c’est toi la suivante.” Ma mère a besoin de taper quelqu’un pour passer sa colère. »
D’autres photos, encore. Cindy et Vanessa, premières filles de Sandrine Pissarra, que son mari lui a enlevées pour les garder au Portugal. L’aînée n’a pas 2 ans.Elle tient sa sœur, un bébé de quelques mois. L’aînée a un coquard, la plus petite une grosse rougeur sur la joue.
Des doutes sur la mort d’une autre de ses filles
Pas d’image pour Samantha. Mort subite du nourrisson, à l’âge de 3 mois. « J’ai eu de très gros doutes », a dit son père, qui a refusé de témoigner à la barre.
Arrive Jérémy, 30 ans, qui a fui sa mère dès sa majorité. Il raconte la nuit passée à genoux sur une règle, les bras tendus au-dessus de la tête, tenant un dictionnaire. Les coups de louche sur la tête et les mains d’Amandine, qui doit recopier des lignes pendant des heures. Sa mère qui met un oreiller sur la tête de l’enfant de 7 ans et qui s’y assieds en rigolant. « Ma mère, je la déteste. Que justice soit faite. Reconnais que tu es juste une criminelle. »
La petite voix chuchotante d’Amandine
Et puis il y a les sons.La petite voix chuchotante d’Amandine, sur un message à une copine en avril 2020, pour dire qu’elle est punie depuis trois jours, pour avoir volé du pain. Et ses hurlements atroces, enregistrés par des voisins de Montblanc choqués par les éclats d’une dispute. La fillette, terrifiée, hurle en suppliant sa mère, qu’elle appelle « Madame » et qui parle d’une voix froide et calme, tout en la battant.
« Est-ce que vous reconnaissez les tortures et actes de barbarie depuis le début du confinement jusqu’à la mort de votre fille, définie par le juge comme l’isolement, les humiliations répétées, le fait de l’avoir laissée dénudée, affamée, recluse dans une pièce fermée où elle était reléguée pendant des semaines sans que personne ne puisse accéder à elle ? »
« Oui, je les reconnais« , répond enfin Sandrine Pissarra d’une voix blanche. « C’est la première fois que je vous vois pleurer. Vous voulez ajouter quelque chose ? » Elle secoue la tête. « Asseyez-vous. »
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