Florence Taillade, première ajointe au maire de Valras, s’est fendue d’une longue lettre ouverte aux habitants de Valras pour expliquer les raisons de cette situation de blocage.
C’est un long courrier que les Valrassiens et Valrassiennes ont pu découvrir dans leur boîte aux lettres, au cours de la semaine dernière. Son objet ? Une mise au point sur la situation de blocage qui prévaut actuellement autour de la future de maison de santé pluridisciplinaire, signée par Florence Taillade, première adjointe au maire en charge du dossier. Intitulée « Quand un projet d’intérêt général se heurte à des intérêts privés », la missive revient sur l’histoire pour le moins chaotique de cet établissement de santé qui se fait attendre depuis maintenant quatre ans. Et qui, aujourd’hui, est toujours au point mort : sur l’ancien parking Giraud qui devrait accueillir le nouveau lieu avenue de Élysées, à peine distingue-t-on la pancarte attestant du permis de construire.
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Des habitants contre le projet
« Ce que nous ressentons, c’est de la déception et de la tristesse. Tristesse de constater qu’on peut s’opposer à l’intérêt des habitants pour des prétextes strictement privés », confie Florence Taillade, qui a hérité du dossier. Loin d’être un fleuve tranquille, l’histoire de cette maison de santé a fait l’objet, dès le départ, d’une virulente opposition de la part d’une poignée de riverains. En 2022, quelques habitants réunis en syndicat de copropriété d’une résidence adjacente avaient attaqué au tribunal administratif de Montpellier, la délibération de déclassement du terrain. Ils gagnent sur la forme : le maire, Daniel Ballester, dont l’épouse infirmière fait partie de la société interprofessionnelle de soins ambulatoires (SISA) qui soutient le projet, ainsi que la pneumologue Laurence Safont, présidente de cette dernière et, par ailleurs, membre du Conseil municipal, auraient dû s’abstenir de voter cette délibération.
Ce qui aboutira deux ans plus tard à un nouveau vote, cette fois sans la présence du maire et de la pneumologue. Mais les riverains (lire ci-dessous), récidivent et attaquent à nouveau, repoussant encore l’échéance. Idem lors de la signature du permis de construire qui advient le 8 mars 2024, et qui est également attaqué. « Nous avons usé de toutes les possibilités de dialogue mais rien y fait : la situation est complètement bloquée », constate la première adjointe. De guerre lasse, elle s’en est donc remise à la bonne vieille méthode de la lettre ouverte pour tenter de faire avancer les choses, « et surtout expliquer aux Valrassiens quel est le contexte« , bref donner sa version.
Une tournure politique
Aux alentours du parking où trônent les bâtiments neufs accueillant les commerces, on reste circonspect. « C’est sûr que cette maison de santé serait un plus, ça nous éviterait d’aller galoper jusqu’à Béziers pour voir des spécialistes », constate André, un habitant du quartier du casino. Encore faudrait-il qu’ils acceptent de venir s’installer à Valras. Mais si le projet ne semble, de prime abord, pas polémique, l’épisode de la première délibération annulée a engendré de la suspicion. Au point que certains soignants, membre de la SISA, se sont retirés de la structure. C’est le cas de Julien Belou, infirmier à Valras depuis sept ans, qui a décidé de quitter la société. « Toute cette affaire est devenue trop politique, on a l’impression de se faire instrumentaliser et ça me mettait mal à l’aise », analyse-t-il.
Reste que l’affaire est désormais à nouveau entre les mains du tribunal administratif de Montpellier. « Sachant que le temps de la justice est parfois long, on ne s’attend pas à une décision avant des semaines, voire des mois », estime Florence Taillade. Quoi qu’il en soit, l’élue s’avoue confiante sur l’issue du procès. « Ils ont attaqué avec tout un tas d’arguments fallacieux comme le fait que le bâtiment allait faire 13 étages alors qu’il n’en fera que trois, affirme-t-elle. En attendant, les habitants de Valras devront continuer de se contenter de leurs médecins habituels. Car, et c’est là aussi tout l’enjeu de ce projet médical : « Il est aussi nécessaire pour attirer de nouveaux praticiens et potentiellement remplacer ceux qui vont bientôt partir à la retraite ». D’autant plus avec l’arrivée des nouveaux habitants de l’Archipel.
« Avant on avait vue sur la mer »
« On n’a rien contre le fait de voir s’installer une maison de santé mais pourquoi la construire sur trois étages, et avec des balcons ? » Liliane Segard, originaire du Tarn, est avec son mari, propriétaire d’un petit appartement de vacances en rez-de-chaussée de la résidence Casino où s’est cristallisée la fronde contre le projet de maison de santé. Ce bien, qu’elle a acheté en 1986, elle dit aujourd’hui penser à le vendre. « On ne sait pas de quoi demain sera fait, mais vous accepteriez qu’un immeuble de trois étages vienne se planter à cinq mètres devant chez vous alors que vous aviez vu sur la mer ? »
« Nous sommes tous très mécontents »
Selon elle, ce ne serait pas une poignée d’opposants mais bien tout l’immeuble qui serait vent debout contre ce projet médical. « Nous sommes 44 dans le bâtiment et je peux vous dire que l’on est tous très mécontent », assène-t-elle. De plus, la propriétaire s’avoue sceptique vis-à-vis à l’avenir économique de ce futur établissement : « L’hiver, il n’y a presque personnes à Valras, comment cette maison de santé va-t-elle réussir à tourner ? », s’interroge-t-elle. De quoi remettre du carburant dans la polémique autour de ce projet qui n’a, rappelons le, toujours pas démarré.
Concurrence entre établissements de santé ?
« Toute cette affaire est devenue trop politique ». Infirmier à Valras depuis sept ans, Julien Belou s’est retiré de la SISA, la structure de soignants qui soutient la maison de santé. S’il continue de voir l’initiative d’un bon œil, arguant que « cela est bel et bien nécessaire », Il pointe néanmoins un autre problème.« Une autre maison de santé est sur le point de voir le jour à Sérignan, ça risque de créer de la concurrence », explique-t-il. Selon lui, il aurait été préférable de mutualiser les moyens afin de construire une « grande maison de santé pour les deux communes ». Un argument qui ne convainc pas Florence Taillade pour qui le nombre de visiteurs estivaux (40 000 en haute saison) justifie en soi la création de deux établissements.
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