Champions Cup – Pourquoi Toulouse est-il si en avance ?

Avec six titres depuis 2019, dont un nouveau doublé la saison passée, le Stade toulousain – qui est en tête du classement en Top 14 et qui a parfaitement entamé sa campagne de Champions Cup – est l’indéniable locomotive du rugby français ces dernières années. Voici comment s’explique une telle réussite…

Ce n’était qu’une première journée de Champions Cup, un succès parmi tant d’autres mais la démonstration face à l’Ulster (61-21) a marqué les esprits. D’abord par son contenu tant les Toulousains, sous une pluie battante, ont fait preuve d’une remarquable qualité technique pour réaliser un festival offensif après avoir surclassé leurs adversaires dans les zones de combat, démontrant encore à quel point ce Stade-là est un monstre d’adaptation. Ensuite, par son contexte, soulignant combien cette génération dorée sait répondre présent et se sublimer le jour J, notamment dans une compétition toujours érigée en objectif majeur. Enfin, par les hommes qui la composaient. Un exemple ? Depuis 2019, le club a glané six titres (quatre Brennus et deux Champions Cup). Et, sur les six finales victorieuses, seuls trois joueurs étaient à chaque fois titulaires : Antoine Dupont, François Cros et Pita Ahki. Face à l’Ulster, le flanker et le centre étaient forfaits. Comme Baille, Laulala, Arnold ou Jelonch…

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Voilà qui n’a rien changé à la partition générale, tant l’émulation interne est entretenue et même cultivée. C’est là que la fameuse identité de jeu, revendiquée sans cesse et déclinée à chacune des catégories de jeunes, prend tout son sens. Ugo Mola a l’habitude de dire que le staff « entraîne l’intention », avant les hommes, que le résultat n’est que la déclinaison des initiatives qui sont prises. Voilà pourquoi il considère aussi que la concurrence est « le meilleur des coachs » et qu’il n’y déroge pas. Souvenez-vous que Thomas Ramos et Julien Marchand étaient remplaçants lors de la dernière finale de Champions Cup… Dimanche, Ainu’u, Banos et Barassi étaient alignés d’entrée, malgré la « compétition » qui existe à leurs postes, quand Brennan, Théo Ntamack, Costes et Mallia étaient sur le banc, que Castro-Ferreira, Kinghorn ou Delibes n’étaient même pas sur la feuille.

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Le rayonnement actuel du Stade toulousain dépasse le simple cadre du rugby avec un résultat de merchandising à 12,5 millions d’euros. Photos Midi Olympique – Patrick Derewiany Photos Midi Olympique – Patrick Derewiany

Le réapprovisionnement en interne

Outre la densité de l’effectif toulousain, lequel jouit d’une stabilité quasiment sans égale, il faut pourtant se rendre compte qu’il est réapprovisionné en permanence. De l’intérieur en premier lieu, tant il convient de souligner la réussite de la formation du club (voir ci-contre), avec des plans de succession anticipés dans chaque secteur de jeu, donc des promesses (habituées à s’entraîner très tôt avec les pros) prêtes de plus en plus vite. Faut-il rappeler que les Baille, Marchand, Mauvaka, Aldegheri, Cros, Ntamack, Lebel ou Ramos sont tous passés par là avant d’exploser au plus haut niveau sous les mêmes couleurs ? Ces dernières années, la logique est allée encore plus loin avec, au-delà des séances à cinquante joueurs, les entraîneurs des Espoirs intégrés au staff professionnel. Et grâce aux éclosions précoces (mais préparées) des Ainu’u, Cramont, Merkler, Brennan, Vergé, Castro-Ferreira, Théo Ntamack, Costes ou Delibes, le Stade toulousain a ainsi terminé la fenêtre de doublons du dernier Tournoi des 6 Nations avec le meilleur bilan du Top 14… Alors qu’il est le plus gros pourvoyeur d’internationaux, donc supposément le plus handicapé en ces périodes. Il y a encore moins de deux semaines, sept internationaux sur le pont à l’automne étaient ménagés au Racing 92, ce qui n’a pas empêché les Rouge et Noir d’aligner leur quatrième succès à l’extérieur de la saison en championnat.

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Deux des trois derniers titres ne tiennent à rien…

Avec l’expérience, l’encadrement a appris à ne pas perdre d’énergie sur ce sujet, à en faire une force permettant aux autres de grandir et favorisant une intense rotation, avec des plages de repos octroyées aux cadres. Le chiffre avait frappé au terme de l’exercice 2023-2024, conclu par un doublé : cinquante-neuf joueurs furent utilisés, sans que cela ne nuise à la dynamique (Toulouse a fini premier de la phase régulière de Top 14 et de Champions Cup). Et chacun sait que la fraîcheur fut déterminante dans la fin de parcours royale des Stadistes. Puis, si la belle santé financière et sportive rend possible des beaux coups en cours de saison selon les besoins (Willis en 2022, Kinghorn en 2023), il reste la propension de l’équipe à se renouveler. « Ce qui a gagné aujourd’hui ne marchera plus demain », répète Mola. Lui et le président Didier Lacroix trouvent les leviers pour toujours nourrir un groupe empilant les sacres mais jamais rassasié, chez qui il ne faut surtout pas sous-estimer cette obsession à marquer l’histoire. Mais doit-on pour autant parler d’hégémonie ? Si le club a pris une avance considérable en termes de méthodologie, de gestion ou de maîtrise (sur le terrain et en dehors), le mot fait sourire à Ernest-Wallon. Car le rugby reste fragile et l’histoire ne retiendra pas que deux des trois derniers titres stadistes tiennent à un exploit individuel à la 78e (Ntamack contre La Rochelle en juin 2023) ou un drop-goal raté à l’ultime minute (Frawley pour le Leinster en mai 2024)…

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