Reprise dix ans après sa création au Festival d’Avignon, « D’après une histoire vraie », la pièce phare du directeur du centre national chorégraphique de Montpellier, Christian Rizzo, est à voir au domaine de Bayssan, ce samedi 23 novembre, à 20 h 30. Sur scène, huit danseurs et deux batteurs naviguent entre tradition et modernité, dans une ronde qui s’inspire de danses folkloriques, pour célébrer la confraternité. Entretien.
Vous reprenez une pièce créée en 2013, pour quelle raison ?
C’est avec cette pièce que je suis arrivé à la direction du centre chorégraphique de Montpellier – que je vais quitter le mois prochain – et j’avais envie de repartir avec, pour boucler la boucle, avec la même distribution. Cette pièce a beaucoup d’importance pour moi, elle a permis de créer une équipe très solidaire entre les musiciens et les danseurs. J’ai eu envie de rappeler cette création comme on rappelle des amis de longue date qui nous manquent. Mais aussi pour voir ce qu’elle a encore à dire, dans un contexte différent que celui d’il y a dix ans.
Quel est le propos de cette pièce, qu’est-ce qui s’y joue ?
C’est la question de la fraternité qui est au centre de la pièce. Comment un groupe masculin fait l’expérience de devenir une communauté. Quand j’ai écrit cette pièce, je voulais me questionner sur ce qui apparaît comme du folklore dans nos sociétés, avec des danseurs issus du pourtour méditerranéen. Ma volonté était aussi de faire une pièce où on met à la porte les stéréotypes masculins, pour observer comment des hommes entre eux peuvent être dans l’écoute, l’attention. L’idée principale, c’est la célébration du groupe par l’avènement de la joie, pour finir en célébration.
Il y a un crescendo, un sentiment de joie qui monte ?
Oui, c’est un lien qui se tisse petit à petit dans la pièce, et finit en célébration. Aujourd’hui, c’est d’autant plus important, au regard de l’embrasement politique qu’on observe, de voir que des hommes entre eux peuvent célébrer leur fraternité par la danse.
Cette pièce prend racine dans l’un de vos souvenirs, en Turquie, racontez-nous la genèse…
Je sortais d’un spectacle de danse, à Istanbul, et j’ai vu au coin d’une rue, un groupe d’homme en train de danser avec exaltation. Leur danse m’a marqué, m’a appelé, j’ai voulu redécouvrir ce sentiment, en créant la pièce.
Pourquoi c’est important de montrer la fraternité, on ne la voit pas assez dans nos sociétés occidentales ?
Le démarrage du projet, c’était justement la question : pourquoi les hommes, dans d’autres cultures, comme au Maghreb, en Orient, arrivent à se promener main dans la main avec une joie amicale qui n’est pas regardable chez nous. Se donner la main, c’est un geste qui revient beaucoup dans la pièce, comme l’attention portée à l’autre et qui représente la fraternité. Selon moi, la puissance d’un homme doit se traduire par sa capacité à être fragile. On a tous et toutes à embrasser cette vulnérabilité qui s’ouvre sur l’altérité.
On parle aujourd’hui, de déconstruire la masculinité, c’était déjà le moteur de votre création, il y a dix ans ?
Oui, la pièce avait déjà entamé cette thématique. Les réactions qu’elle suscite nous prouvent la puissance de son propos. Car les questions autour de la masculinité sont devenues centrales.
Comment la scénographie accompagne-t-elle ce groupe d’homme ?
Pour accompagner les huit danseurs, il y a deux musiciens, des batteurs avec qui on s’est amusés à composer une musique entre rock et contemporain, avec des rythmiques qu’on pourrait associer à des danses traditionnelles, rituelles, comme un voyage. La danse et la musique ont été composées en même temps, se nourrissant l’une de l’autre.
Leurs corps ont évolué en dix ans, vous avez dû adapter la chorégraphie ?
Je les trouve encore plus beaux aujourd’hui, même s’il y a des cheveux gris, ou moins de cheveux, leur présence est encore plus forte.
Vous êtes déjà venu au domaine de Bayssan ?
Ce sera ma première fois. Je suis établi en Occitanie, donc c’est un plaisir de continuer à faire vivre mon art dans ma région, et je suis ravi de découvrir le Biterrois.
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