XV de France – « S’entraîner avec Antoine Dupont, Thomas Ramos ou Gaël Fickou, c’est très rassurant ! » : Emilien Gailleton (Pau) se confie avant France-Japon, premier match de la tournée d’automne

Samedi soir, Emilien Gailleton (21 ans, 3 sélections) sera titulaire au centre de l’attaque tricolore. L’occasion, pour nous, de découvrir un môme attachant et talentueux. La parole est à vous, Emilien…

Vous allez probablement fêter samedi soir votre quatrième sélection en équipe de France mais le grand public ne vous connaît finalement que très peu. Où avez-vous grandi ?

Découvrir La Tenue des Pros

Je suis né à Londres, dans une banlieue nommée Croydon où le XV de France avait d’ailleurs passé quelques semaines, lors de la Coupe du monde 2015. Ma mère est Anglaise et mon père Français ; il est originaire de Lyon. Tous deux se sont rencontrés outre-Manche, à l’époque où papa travaillait dans une pizzeria quand maman y terminait ses études de kiné.

Et après ça, alors ?

À l’âge de 3 ans, j’ai débarqué avec eux dans le Lot, à une demi-heure de Cahors et dans un tout petit village de 160 habitants nommé Escamps. Il y a plus de moutons que d’habitants, là-bas… Ma première licence, je l’ai donc prise à Cahors. J’avais 5 ans.

C’est très jeune…

Oui. Mais d’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours adoré le rugby. À 7 ou 8 ans, je prenais déjà mon vélo pour faire une dizaine de kilomètres et m’entraîner au stade le plus proche, à Lalbenque : un vrai champ de patates, le truc ! […] Je crois que j’étais un vrai hyperactif, en fait. J’avais besoin d’un sport qui me canalise.

Pourquoi vos parents ont-ils choisi le Lot lorsqu’ils ont décidé de quitter l’Angleterre, au juste ?

Ils trouvaient que la pierre blanche du Causse n’avait pas d’équivalent. Ils la trouvaient belle et voulaient probablement que la maison hébergeant leur famille soit construite avec ce matériau-là.

Vous parlez anglais ?

(Il répond aussitôt en anglais) « I speak english fluently, yes ! » (rires) À la maison, je parle encore anglais avec ma mère mais je pense maîtriser un peu mieux le Français, quand même…

On ne va pas vous refaire l’historique de la rivalité franco-anglaise mais vous êtes-vous souvent fait chambrer, dans votre vie, à propos de vos origines britanniques ?

Quand j’étais petit, oui. Moi, j’ai pourtant toujours supporté la France… même si je voyais bien que ma mère essayait souvent de me convertir. (rires) Chez moi, quand on regardait les matchs du Tournoi, la maison était donc divisée en deux…

PLUS INFO  Coupe du monde de rugby 2023 - Antoine Dupont : "Si je joue, c'est que je suis prêt"

C’est plutôt original.

Ce qui m’a toujours fait marrer, en revanche, c’est de faire croire à mes potes que je soutenais le XV de la Rose : ça les mettait en rogne parce qu’à l’époque, la sélection anglaise battait régulièrement le XV de France. Moi, je trouvais ça drôle…

Avez-vous fait des études ?

Je suis encore en plein dedans, pour tout vous dire. Là, je termine un Master en Staps (Sciences et techniques des activités physiques et sportives, N.D.L.R.), à l’université de Pau.

Et quel était votre rêve de gosse, alors ? Pompier ? Policier ? Autre chose ?

Non, j’ai très vite su que je voulais devenir rugbyman professionnel. […] On n’avait pas Canal + à la maison et je ne regardais donc pas les matchs de Top 14. En revanche, j’étais fasciné par le Tournoi des 6 Nations et les Coupes du monde : je garde encore en tête les essais de Wesley Fofana, les actions de Gaël Fickou… Je rêvais de pouvoir faire un jour les mêmes choses qu’eux.

Vous avez donc badé Gaël Fickou avant de devenir son coéquipier à Marcoussis, dix ans plus tard…

C’est un peu ça, oui ! Quand j’ai fait mes premiers pas dans le groupe France, il y a deux ans, ça m’a d’ailleurs fait bizarre de l’y croiser. J’étais assez impressionné, je crois. Mais au fur et à mesure, je me suis fait à l’idée…

Il y a deux ans que vous faites des allers-retours réguliers entre votre club de la Section paloise et le XV de France sans pour autant être indiscutable de la sélection tricolore. Cela a-t-il parfois été difficile à vivre ?

Au début, faire ces allers-retours entre Pau et Marcoussis pour juste m’entraîner avec le groupe France me régalait ; je me disais que j’avais beaucoup de chance de vivre une expérience comme celle-là. Ces entraînements m’apportaient beaucoup.

« J’essaie donc de jouer au maximum dans les espaces libres »

Et puis ?

Ça a duré pas mal de temps et la saison dernière, ces voyages m’ont un peu pesé, sur les plans physique et mental. Les trois premiers jours de la semaine, je m’entraînais avec le XV de France puis retrouvais mes coéquipiers de la Section paloise le week-end : déjà, je prenais la place d’un mec qui avait bossé toute la semaine avec le club et puis, je n’avais pas forcément les bons automatismes avec le reste de l’équipe.

PLUS INFO  Manae Feleu, l’héritière de Céline Ferer

On vous suit…

En clair, ce fut parfois compliqué mais ces voyages entre Marcoussis et Pau m’ont aussi permis de me fondre plus rapidement dans le système tricolore. Désormais, je me sens prêt.

Que pouvez-vous apporter à cette équipe de France ?

Mes qualités premières sont le déplacement et la vitesse. J’essaie donc de jouer au maximum dans les espaces libres. J’ai aussi la chance de n’avoir que 21 ans et d’être encore très frais, physiquement. Sur certains aspects technique ou tactique, il me reste en revanche beaucoup de travail à accomplir…

Vous êtes athlétique, rapide mais pas très massif. Souffrez-vous parfois, dans les duels ?

(Il soupire) Il faut juste savoir quel joueur tu es, en fait… Moi, j’ai toujours été beaucoup plus léger que les autres mais ce déficit de poids m’a aussi aidé à être un peu plus rapide, à me déplacer plus vite et plus longtemps que l’adversaire, sur un terrain. J’ai envie de jouer là-dessus.

D’accord.

Physiquement, en position de un contre un, je perds souvent le bras de fer mais d’un autre côté, je me dis que si j’arrive à me placer dans l’espace plus tôt que mon adversaire direct, il aura peut-être du mal à me rattraper.

Pensez-vous pouvoir vous imposer un jour au milieu de terrain de cette équipe de France ?

Quand j’étais gosse et que je regardais l’équipe de France à la télé, j’avais moi aussi envie de jouer devant toute une nation, d’avoir un peuple qui pousse derrière moi… Mais je sais qu’il va me falloir travailler dur pour accrocher ce rêve : la concurrence est féroce au poste et on voit chaque saison beaucoup de jeunes arriver. Il y a Paul Costes, Léon Darricarrère, Nicolas Depoortère et tant d’autres…

Appréhendez-vous le match de samedi soir ?

Non, pas plus que ça.

Pourquoi ?

S’entraîner avec Antoine Dupont, Thomas Ramos ou Gaël Fickou, c’est très rassurant ! Ils ont tous beaucoup d’expérience et jouent au rugby avec une vitesse qui nous permet souvent d’avoir un temps d’avance sur les adversaires. Avec eux, j’évolue au quotidien dans un certain confort et ça me rassure.

PLUS INFO  Rachat de l'ASBH : "Les joueurs ont la tête dure", Pierre Caillet souligne l'état d'esprit de ses joueurs

Quelle opinion avez-vous du Japon, le prochain adversaire de l’équipe de France ?

C’est une équipe très joueuse, qui déplace énormément le ballon et enchaîne des séquences particulièrement longues. Elle est aussi très disciplinée. Il nous faudra, samedi soir, être très méfiants et ne pas tomber dans la facilité.

O’Driscoll, Smith, Sella…

Le cadre de vie de la sélection a beaucoup évolué depuis la tournée d’été en Argentine. À Marcoussis, les conditions de vie du groupe France sont semble-t-il bien plus strictes qu’elles ne l’étaient auparavant. Cela est-il difficile à supporter ?

Honnêtement, non. Et puis, on n’a encore rien eu à fêter. (rires) Mais je pense que c’est une bonne initiative de la part de Jean-Marc Lhermet (l’élu en charge du haut niveau, N.D.L.R.) et Raphaël Ibanez (le manager des Bleus, N.D.L.R.). Ils ont posé un cadre et désormais, on sait où on va.

Avez-vous des rituels avant un match important ?

Oui et non. J’écoute du rock quand je sens que j’ai besoin de me réveiller : Metallica, Red Hot Chilly Peppers… Ça me met en confiance. Ça me donne envie d’aller à la guerre ! (rires)

Êtes-vous superstitieux ?

Oui et non. J’ai juste un slip porte-bonheur, quoi…

Il est comment ?

De couleur jaune et sont dessinées dessus, en rouge, des vaches béarnaises. J’aime bien le symbole : ça me rappelle le drapeau du Béarn.

Pour vous, qui est le trois-quart centre ultime ?

Il y en a plusieurs… Brian O’Driscoll (l’ancien capitaine irlandais, N.D.L.R.) m’a déjà beaucoup marqué : ce joueur avait un talent incroyable, était fantaisiste et très spectaculaire. J’ai aussi beaucoup aimé Conrad Smith (ancien All Black, N.D.L.R.), qui avait une technique individuelle à mon sens exceptionnelle. Je l’ai souvent croisé à Pau, on a échangé sur plein de choses. J’ai enfin envie de parler de Philippe Sella parce que je suis passé par Agen quelques saisons, qu’il m’a toujours bien conseillé et qu’il reste une légende du poste en France…

Avec qui parlez-vous le plus souvent de rugby, chez vous ?

Ma petite amie (Clémentine, N.D.L.R.), probablement. Elle joue troisième ligne à Blagnac. Elle a mon âge et a déjà disputé trois finales de championnat de France. C’est une vraie passionnée, elle aussi : mais quand on est tous les deux, on essaie de se canaliser et de parler d’autre chose… Sinon…

https://www.rugbyrama.fr/2024/11/06/xv-de-france-sentrainer-avec-antoine-dupont-thomas-ramos-ou-gael-fickou-cest-tres-rassurant-emilien-gailleton-pau-se-confie-avant-france-japon-premier-12306939.php

.

S'inscrire

spot_imgspot_img

A découvrir aussi
Toute l'info à Béziers

Champions Cup – Toulon. International à 28 ans, « cerveau » de ses équipes… Pour « Nacho » Brex, le temps a fait son œuvre

Argentin d’origine, "Nacho" Brex a connu le rugby professionnel sur le tard, avec une première sélection avec l’Italie à presque 29 ans. Dans un RCT qui rêve d’exploit à Dublin (samedi 16h), le parcours de ce souriant...

Graminées, cyprès et frênes : attention, risque pollen élevé et explosion des allergies sur toute la région, voici les traitements et astuces du quotidien

Atmo Occitanie alerte sur une qualité de l'air dégradée sur toute la région Occitanie, à cause notamment d'un risque élevé d'exposition aux pollens de cyprès, de graminées de frêne et de bouleau, des essences pouvant provoquer des allergies. Le changement climatique aggrave le nombre d'habitants concernés.

À peine 2 centimètres de haut et quasi-invisibles : sur la plage de la Maïre, des poussins gravelots vulnérables face aux promeneurs

Plusieurs poussins de gravelots à collier interrompu ont éclos cette semaine sur la plage de la Maïre, entre Sérignan et Portiragnes, dans l’Hérault. Ce site du Biterrois accueille 10 % des 1 500 couples de cette...

Carlos Olsina au Musée taurin

Le célèbre torero français Carlos Olsina a offert son premier habit de lumière au Musée taurin de Béziers ce vendredi...

L’article Carlos Olsina au Musée taurin est apparu en premier sur Le Petit Journal.