Il y a un peu plus d’un an, les Bleus voyaient leur rêve de devenir champions du monde s’envoler. La suite n’en fut qu’une triste chute, entre Tournoi des 6 Nations raté et tournée d’été en Argentine cauchemardesque. 374 jours plus tard, les fameux « Premium » de Fabien Galthié retrouvent un groupe France en reconquête. Aussi bien sportivement que sur la question de l’image.
« La plus grande gloire n’est pas de ne jamais tomber, mais de se relever à chaque chute ». En se réappropriant en 1998 la citation culte attribuée dans la grande histoire littéraire au philosophe chinois Confucius, le tout aussi légendaire Nelson Mandela idole de tout un peuple sud-africain et modèle de résilience offrait à cette maxime un nouveau souffle de vie et une inspiration sans commune mesure. Combien de sportifs, depuis, ont fait corps avec cette phrase pour surmonter une crise, excuser leurs faux-pas, ou tout simplement mettre des mots sur une détresse personnelle si difficile à décrire ?
Il y a un an les Tricolores, nos Tricolores, s’effondraient sur la pelouse du Stade de France en quart de finale de la Coupe du monde en France. Le fantasme de soulever le trophée Webb-Ellis naquit trois ans plus tôt avec l’arrivée de Fabien Galthié à la tête de la sélection. Il devint une espérance au gré des résultats (grand chelem 2022, succès contre les Blacks et les Boks) jusqu’à se transformer en une ambition concrète au soir du premier match face à la Nouvelle-Zélande, avant de se briser en éclats pour un petit point face aux futurs doubles champions du monde Springboks.
Outre les corps meurtris des Alldritt, Dupont et Danty, ce sont les âmes qui furent le plus durement touchées ce triste dimanche soir d’automne. Et si le sélectionneur appelait de toutes ses forces un retour au sommet de son groupe deux mois plus tard pour le début du Tournoi des 6 Nations, l’ancien demi de mêlée ne se doutait sans doute pas des mois de galère qui attendaient les siens, passés si proches de la postérité…
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Un Tournoi raté, une tournée cauchemardesque
La feuille de route de Galthié était claire au moment de retourner dans l’arène le 2 février dernier face au Trèfle : « inspirer une nation » ; y mettre « un engagement inconditionnel, un esprit de revanche », mais les blessures du XV de France étaient pourtant plus invisibles qu’elles ne laissaient imaginer. La déception (le mot est sans doute trop faible) du Mondial 2023 n’était pas encore digérée par la bande d’un Grégory Alldritt capitaine en l’absence d’Antoine Dupont. Humiliés par l’Irlande (17-38), vainqueurs moches de l’Écosse (16-20) et miraculés face à l’Italie (13-13), les Bleus concluaient ce Tournoi à la deuxième place grâce à deux victoires finales (contre le pays de Galles 24-45, et l’Angleterre 33-31). Mais le but initial n’était pas atteint et certains guerriers des dernières années voyaient leur place remise en question par un certain nombre de suiveurs, appelant de leurs vœux un rajeunissement de l’équipe de France. Même le sélectionneur, plébiscité par des sondages le désignant comme l’homme de la situation après la Coupe du monde, fut ici et là remis en question. Sa communication d’hier, était désormais pointée du doigt par ses pairs, définie même comme une stratégie « d’enfumage » pour les plus virulents d’entre eux qui regrettaient la non-remise en question et l’absence d’explications transparentes après la désillusion.
Le rajeunissement tant voulu intervint lors de la traditionnelle tournée d’été. Fin juin, 21 joueurs sélectionnés partaient en Argentine sans la moindre sélection au compteur. Les « premium » au repos, les jeunes pousses tricolores avaient pour mission de revigorer une terre bleue devenue plus sèche et moins fertile au succès. Après des débuts prometteurs, les « affaires » faisaient basculer la tournée en Argentine dans la rubrique « faits divers » et le rugby français dans le chaos. Neuf mois après le Mondial, l’image du XV de France était au plus bas, et celle du rugby français sauvée par un tournoi olympique fabuleux dans la lignée de Dupont, architecte de rêves.
Le défi de l’image
Dupont, parlons-en, va faire son grand retour avec le XV de France, et avec lui, 17 des 20 « premium » définis comme tels par le staff à l’été 2023 (seuls Baille, Marchand et Ntamack manquent à l’appel). Une heureuse nouvelle pour le Coq qui, au-delà des trois matchs à gagner face au Japon, la Nouvelle-Zélande et l’Argentine, aura la lourde mission de reconquérir le cœur de beaucoup de Françaises et de Français.
Un défi de l’image, en somme, pour un XV de France tristement perdant cet été en dehors du rectangle vert (72 % des passionnés estimaient dans un récent sondage que l’image du rugby en général a été dégradée, et pire encore, 34 % et 29 % confiaient être susceptibles de se détourner définitivement de la discipline).
Car sans faire offense aux joueurs de l’été dont certains ont sportivement réalisé une belle tournée (Guillard, Nouchi, Attissogbe, pour ne citer qu’eux), la renaissance tricolore semble passer par le retour aux affaires des baroudeurs expérimentés pour encadrer les jeunes pépites qui brillent de mille feux chaque week-end. Le tout dans un nouveau cadre de vie cher à Florian Grill qui présentait l’idée dans nos colonnes après sa récente réélection : « On va avoir un nouveau cadre pour le rugby, parce qu’il y aura un avant et après Mendoza. Maintenant, on va avoir cette tournée d’automne avec trois matchs, j’espère qu’ils vont nous donner beaucoup d’énergie et d’envie. » 374 jours plus tard, messieurs, rendez-nous de nouveau fiers de notre sport !
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