À 34 ans, l’arrière rochelais a retrouvé de bonnes sensations sur ce début de saison, dans la foulée d’une opération bénéfique d’un genou et d’une intersaison profitable. Jusqu’à donner des idées de prolongations de contrat à l’international aux 37 sélections.
La Rochelle est coleader du championnat avec quatre victoires en cinq journées. On imagine que ce seul constat arithmétique vous satisfait..
Comptablement, c’est bien. Et c’est ce qu’il y a de plus important pour lancer la saison. L’an passé, on était déjà dans l’état d’esprit de se dire qu’il fallait cravacher pour rattraper un faux pas à domicile. Collectivement, la montée en puissance n’est pas trop mauvaise même si on est conscient qu’il y a encore des lacunes dans notre jeu. Le but, pour l’heure, est de parvenir à remporter les matchs 50-50. C’est ce qui compte pour se mettre dans les meilleures dispositions.
Un match disputé, c’est encore ce qui vous attend à coup sûr à San Sebastian ce week-end…
Comme lors du déplacement au Racing, on aura pour mission de rivaliser jusque dans les dernières minutes pour s’offrir l’opportunité de l’emporter. On sait que les Bayonnais ne lâcheront rien, d’autant plus que les dernières fois qu’ils ont délocalisé des matchs, ça s’était mal passé. À nous de ne pas nous laisser distancer et de rester focus sur ce que l’on a à faire avant de jouer notre va-tout dans le final.
On a le sentiment que l’esprit de compétiteur qui habite ce groupe a été piqué à l’intersaison…
Si on regarde l’année dernière, on était malheureusement à notre place sur les phases finales. L’équipe n’a pas créé les conditions nécessaires, sur la durée, pour se projeter sereinement et en position de force sur les échéances de la fin de saison. Le bon côté de tout ça, c’est que tout le monde était déçu, dégoûté. Et comme on a eu l’opportunité de récupérer 90 % du groupe dès le début de la préparation, on a pu engranger de l’appétit et de la fraîcheur mentale, ce qui nous a permis de repartir fort. Il faut se servir, se nourrir de ce qu’on a vécu la saison passée. C’est un groupe qui a appris à gagner, qui a dû apprendre à ne plus gagner et qui compte se relancer pour retrouver les sommets.
À ce sujet, l’une de vos caractéristiques tient à la stabilité étonnante de votre effectif avec une seule recrue. Comment percevez-vous cette singularité ?
C’est un parti pris. Ça ne correspond pas aux fonctionnements que l’on voit d’ordinaire mais on ne s’en rend même pas compte de l’intérieur. On y prête juste attention lorsque les gens nous font remarquer : “Mais vous n’avez qu’une seule recrue.” Le staff a choisi ses joueurs et estime qu’ils sont en capacité de proposer. Ça peut être bénéfique parce que ce groupe ne repart pas de zéro avec une dizaine de recrues qui doivent apprendre à se connaître et à jouer ensemble. Pour le moment, ça paye.
S’il y a peu de sang neuf, on a l’impression de voir un Stade rochelais quelque peu différent sur la pelouse. Ce que vous avez annoncé il y a un an se concrétise…
Depuis que “Talo” (Rémi Tales) est arrivé, il est question de faire évoluer notre façon de jouer, c’est-à-dire d’être encore capable, comme face à Lyon, de s’appuyer sur nos « gros » quand on en a besoin et, derrière, d’exploiter les espaces parce qu’on a la capacité de le faire avec nos porteurs qui sont puissants mais ont aussi des mains. Tout le monde s’est rendu compte que d’alterner et d’ouvrir un peu plus les yeux pouvait être bénéfique à l’équipe. L’année dernière, on avait eu du mal à mettre tout ça en place pour plein de raisons. Là, c’est mieux. Ce n’est pas encore parfait, mais on est sur la bonne voie. Tout le monde est dans l’optique de faire les efforts et de prendre du plaisir. Ce qui peut être perçu comme difficile ou dur va progressivement devenir automatique. On a eu la chance de le faire avant l’hiver. J’espère qu’on aura la possibilité de continuer dans d’autres conditions tout en s’appuyant sur nos forces habituelles.
Comment vous sentez-vous personnellement sur ce début de saison alors que vous venez d’enchaîner trois titularisations, toutes victorieuses ?
J’ai eu des doutes sur la fin de saison dernière. J’avais tout fait pour revenir à temps mais ça s’était peut-être produit trop vite… La question était de savoir comment j’allais me sentir après mon nettoyage du genou au printemps. Avec l’été, les soins et la préparation, c’est reparti comme en “quarante” (sourire). Je touche du bois. Sans les douleurs que j’avais avant, le corps suit de nouveau. Et comme la tête va bien, j’en profite.
Vous parlez d’un retour prématuré en fin de saison passée. On vous a en effet senti en dedans sur la demi-finale…
Il y avait des manques physiques certains, un manque de rythme aussi à ce moment-là. Ça aurait pu bien se passer. Mais ce n’était pas top. Pas spontané en tout cas.
Quel était le problème, au juste, avec votre genou récalcitrant ?
On a découvert un corps étranger, un petit noyau d’un centimètre de diamètre de cartilage qui était caché dans le genou. Il a fini par migrer et, à force, m’avait bloqué la jambe. Le chirurgien m’a dit qu’il devait être là depuis un petit moment. Ça explique peut-être pourquoi j’étais gêné. Et il y avait aussi une perte d’énergie liée à ce pépin.
Dans un passé récent, vous ne pouviez plus jouer sur synthétique en raison de l’état de ce genou. Est-ce de nouveau possible ?
Je pense, oui, parce que tous les morceaux ont été enlevés et nettoyés. Il n’y a vraiment plus de gêne. Même mon quotidien est allégé. Le lendemain des matchs, je n’ai plus ma jambe de vieux qui traîne, qui met une demi-heure à se réveiller (sourire). Je me sens vraiment bien. Je pense que l’après-saison m’a aidé aussi : ça faisait longtemps que je n’avais pas eu du repos et cinq ou six semaines de préparation en suivant.
Du coup, il se dit que vous seriez finalement enclin à repousser l’âge de votre départ à la retraite, initialement programmé pour juin 2025 ?
En avril, si on m’avait posé la même question, j’aurais à coup sûr dit que j’allais arrêter cette année. Là, je dis pourquoi pas… On va voir. Ma plus grosse hantise, c’était d’arriver à 34, 35 ans et de vouloir absolument continuer à jouer alors que… C’est surtout le plaisir et la capacité de ne pas être ridicule qui importent… Ce qui m’a rassuré, c’est que je suis arrivé à dépasser quelques jeunes à l’intersaison et que j’enchaîne maintenant (sourire). J’ai l’envie de vivre quelque chose de plus parce que mon physique le permet. Après, je ne sais pas si le club va être OK pour ça…
Ce serait la tendance, aux dernières nouvelles…
Le sujet est évoqué mais je ne sais pas honnêtement. Après, ici, ailleurs ? Ça va dépendre de beaucoup de choses avec la famille qui entre en compte. Faire un an à l’autre bout de la France, changer mon petit garçon d’environnement… Ce qui est sûr, c’est qu’après le rugby, j’aurai besoin de couper un petit peu : on n’a pas nos week-ends, le rythme est tout de même contraignant… Peut-être que mon discours aura changé dans deux ou trois ans. Pour l’heure, j’ai encore le plaisir de jouer.
Dans quelques semaines, vous allez vraisemblablement atteindre le cap symbolique des 100 matchs sous les couleurs rochelaises (il en est à 97). Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?
Pour beaucoup de gens, ma signature à La Rochelle était un pari. Je savais que c’était le bon endroit. J’avais eu la chance de vivre plus de 100 matchs, déjà, au Racing. Ici, ça va être le deuxième club dans lequel j’aurais passé le plus de temps dans ma carrière. J’ai connu beaucoup de premières ici. Dès que nous sommes arrivés, après le confinement, ma copine et moi, nous sommes tombés amoureux de la région, du club. Notre petit est né ici par la suite. Il y a plein de choses qui font que cette ville est particulière. Quand le côté rugby et la vie personnelle sont en harmonie, tout est facile, tu peux te donner à fond au quotidien, sans arrière-pensée. Je suis franchement très heureux d’avoir fait ce choix il y a quelques années et j’espère connaître encore beaucoup de bonheur.
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