Sur la pelouse de Maurice-Boyau, ce vendredi, le néo-Angoumoisin Paul Tailhades fera son retour sur les terrains après des mois, des années très difficiles. Victime de blessures lourdes à répétition mais désormais pleinement rétabli, il souhaite faire table rase du passé pour se tourner vers ce qu’il a toujours aimé : le jeu.
Quatre. C’est le nombre de rencontres qu’a disputées Paul Tailhades depuis le 17 décembre 2021. Oui, vous avez bien lu : 2021. Quatre matchs en 1014 jours ! Celui qui va retrouver les terrains ce vendredi avec le SA XV, sur la pelouse de Dax, a vécu une véritable traversée du désert qu’il nous raconte. Lors de son dernier match sous les couleurs de Montauban à l’hiver 2021 donc, il était loin d’imaginer ce qui l’attendait. Transféré ensuite à Pau pour l’exercice 22/23, il jouera en tout et pour tout 46 minutes sur la saison. L’année dernière, seulement trois rencontres au compteur : une avec Mont-de-Marsan – pour qui il faisait l’objet d’un prêt pendant l’arrêt du Top 14 durant le Mondial en France – et deux avec la Section paloise, en Challenge Cup.
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Mais ce qui se cache derrière cette histoire va révéler la force mentale et le courage de ce solide pilier de 27 ans, qui va donc porter le numéro 1 des Violets pour cette cinquième journée de Pro D2 à Maurice-Boyau. Une titularisation qui peut paraître anecdotique dans un monde du rugby qui voit défiler les noms à la pelle mais une véritable renaissance pour Paul. « Je suis excité d’un côté forcément et j’ai vraiment envie que ça se passe bien. Je veux faire les choses dans l’ordre, ne pas brûler les étapes. J’ai hâte d’y être, ça sera l’occasion de commencer à retrouver mes marques, reprendre du rythme et du plaisir », confie, souriant, le costaud gaucher (1,82 m, 115 kg).
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« Quand tu passes deux ans où tu vois les kinés tous les jours… »
Un sourire qui n’a pas toujours été là les jours de pluie. « Je sors de trois années très, très compliquées où j’ai très peu joué. J’ai subi une opération au bas du dos en janvier 2022 suite à une hernie lombaire, avec une récidive un an plus tard. À Pau, pour mon premier match, j’ai connu une grosse blessure cervicale. Puis une rupture des ligaments croisés dont je reviens à cette intersaison. J’ai enchaîné les coups durs, je crois qu’on peut le dire » réalise-t-il. Avant toutes ces blessures, le Tarnais avait été victime d’un AVC alors âgé de 22 ans, un accident qui l’avait éloigné des terrains pendant plusieurs mois. Des épreuves difficiles dans la vie d’un sportif de haut niveau et même d’un homme. Parfois même dévastatrices pour la suite d’une carrière.
L’impression aussi de perdre son temps, d’avoir fait tant d’efforts pour rien et de décevoir ceux qui ont cru en lui. « Quand tu passes deux ans où tu vois les kinés tous les jours, que tu ne fais pratiquement pas de terrain, pas de collectif, tu réfléchis beaucoup. Tu n’en vois pas le bout en plus, c’est ça qui fait le plus mal. Juste après ma blessure, je me suis dit : « Franchement, c’est ta troisième blessure, ça fait deux ans que tu es arrêté, est-ce que ça vaut vraiment le coup de continuer ? »« Au Cers (Centre Européen de Rééducation du Sportif, N.D.L.R.) à Capbreton, c’est là où j’ai eu la chance de pouvoir travailler avec une psychologue qui m’a vraiment aidé parce que j’étais totalement à bout émotionnellement. » Si le terme fait désormais peur et qu’il est toujours compliqué de l’aborder à pleine bouche, Paul Tailhades était en dépression, en burn-out. Une maladie dont il a su se relever avec force. Pour en tirer les enseignements, en parler. Mettre des mots sur ses maux pour en sortir le positif, pour renaître.
« Le staff a su me parler »
À Soyaux-Angoulême, le staff et les dirigeants ont su lui dire les bons mots pour faire ressurgir la promesse sportive qu’il était et qu’il compte redevenir. Que ce soit le directeur général Antoine Roger, Tanguy Kerdrain, l’entraîneur des avants, ou encore Alexandre Ruiz, le manager : tous ont évoqué le projet sportif sans lui rappeler ses antécédents du passé. « Ils ont su me parler en évoquant le positif me concernant, en me disant qu’ils savaient que j’avais prouvé sur le terrain avant mes blessures. J’ai trouvé ça important » explique le néo-Charentais, installé à Puymoyen avec sa compagne, venu ici pour relever un défi face à lui-même. D’un naturel discret mais travailleur acharné, il sait que son renouveau passera par une place gagnée sur le terrain. Proactif dans ses entraînements, dans la préparation de ses matchs et notamment lors des séances vidéos où il n’hésite pas à prendre la parole devant les cadres, il ne lui reste plus qu’à terminer le travail avec une belle saison sur le terrain.
Cela commencera par Dax, où un sursaut angoumoisin est attendu après la défaite à domicile contre le Stade montois. « J’avais envie de m’impliquer encore plus que les autres, parce que je n’ai pas eu l’occasion sur les derniers mois, dernières années de le faire. Je veux apporter ma pierre à l’édifice dans ce club et participer pleinement à cette aventure. L’environnement est excellent, je prends du plaisir avec ce groupe et j’ai envie de le rendre en match. » Dans les Landes, il aura le soutien de ses amis de la côte basque mais aussi de ses ex-coéquipiers palois Thibaut Hamonou ou encore Mickaël Capelli qui devraient faire le déplacement pour son retour au premier plan. Le regard vers l’avant, Paul veut laisser la place au jeu désormais.
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