La semaine dernière, le RCT décidait d’une mise à pied pour Melvyn Jaminet, reconnu coupable par les instances d’avoir diffusé début juillet une vidéo à caractère raciste. Pour la première fois depuis le début de « l’affaire Jaminet », le président du club varois, Bernard Lemaître, prend la parole.
Comment avez-vous appris l’existence de la vidéo à caractère raciste diffusée par Melvyn Jaminet, début juillet ?
La vidéo, je ne l’ai pas vue. Mais j’en ai pris connaissance lors de mon premier jour de vacances… On peut dire qu’elles ont été gâchées…
Dans la foulée de cette vidéo, il y a eu de multiples soubresauts. On a par exemple à l’esprit le jour où des supporters se sont réunis autour du Campus RCT pour faire part de leur mécontentement…
Ce ne fut pas une émeute, n’exagérons rien… Il y avait là une demi-douzaine de personnes… Laurent Emmanuelli (le directeur sportif du RCT, N.D.L.R.) et Cédric Rouhaud (le directeur administratif, N.D.L.R.) sont alors sortis de leurs bureaux ; s’en est suivi un dialogue très correct entre les deux parties, voilà tout.
Vous avez rencontré Melvyn Jaminet à plusieurs reprises, depuis son retour d’Argentine. Comment s’est-il défendu auprès de vous ?
Il m’avait appelé depuis l’Argentine, déjà. Ensuite, quand je suis rentré de congés, je l’ai reçu à mon bureau. Melvyn a une explication des faits qui est crédible mais je lui ai dit que le problème, ce sont les conséquences d’un élément fondateur.
En clair, que lui avez-vous dit ?
Je lui ai dit : « Le problème, c’est que tu te soûles comme un… » Je ne vais pas dire comme qui. Bref… J’ai poursuivi comme ça : « Que tu aies visé dans tes propos un copain d’origine maghrébine, je veux bien l’entendre. Mais que tu ne sois pas maître de toi, je ne le tolère pas. Surtout qu’on a d’autres exemples de situations où tu ne t’es pas maîtrisé. Des situations qui nous ont été rapportées par des gens fiables. »
Quelles ont été les réactions des supporters et des partenaires du RCT ? Certains d’entre-eux ont-ils souhaité quitter le club ?
Personne ne nous a quitté mais il y a eu beaucoup d’agacement chez les partenaires principaux du RCT. On leur a expliqué qu’il y a des choses difficiles à maîtriser, pour nous… (il coupe) Le rugby de haut niveau est le reflet d’une société. Il est partagé entre des jeunes ayant une éducation, certains principes et qui font attention à ne pas déborder. Et d’autres qui ne se rendent pas compte de la portée de leurs actes. (il soupire, reprend) Il y a beaucoup trop de débordements en équipe de France ou dans les clubs de Top 14.
Comment changer les choses ?
Ça passe par beaucoup de dialogue avec les joueurs. Et quand certains franchissent vraiment la ligne rouge, on sanctionne et on ne les garde pas. Il faut instaurer des règles, une charte extrêmement rigide, rigoureuse. Tout ce qui menace de près ou de loin l’institution, tout ce qui menace le rugby de façon globale, doit être considéré comme intolérable.
Le rugby est-il trop laxiste ?
Certaines équipes de rugby ont besoin d’être mieux encadrées, l’équipe de France en premier lieu. Que l’on ait exhorté Baptiste Serin (capitaine de la dernière tournée en Argentine, N.D.L.R.) à demander à ses camarades de ne pas sortir à Buenos Aires… (il coupe) Ce n’est pas au capitaine de demander ces choses-là ! Surtout que l’on sait très bien que ce ne sont pas deux, mais beaucoup plus de joueurs qui sont sortis après le deuxième test disputé en Argentine ! Et tout ça juste une semaine après l’histoire que l’on connaît tous (l’affaire Jegou-Auradou, N.D.L.R.) !
On peut aussi considérer que les rugbymen professionnels sont des adultes responsables… Qu’ils ne devraient pas avoir besoin de chaperons…
Le système répressif, quelle que soit sa forme, a ses limites. J’en conviens et les dirigeants ne sont pas des garde-chiourmes, après tout. Mais les joueurs ne sont pas toujours très responsables, malheureusement…
Revenons à Melvyn Jaminet : comment va-t-il s’entraîner ces six prochains mois ?
Melvyn sera autorisé à jouer fin janvier. Ce qui ne veut pas dire qu’il jouera tout de suite, attention. Après une interruption de six mois, il va bien falloir qu’il se remette dans le rythme d’un match de Top 14 et ça prendra nécessairement du temps. […] Nous, on a calqué notre sanction sur celle de la FFR (34 semaines de ban, dont 8 peuvent être remplacées par des travaux d’intérêt général, N.D.L.R.). Maintenant, c’est à Pierre Mignoni (le directeur du rugby, N.D.L.R.) de définir avec le joueur comment celui-ci doit faire pour se maintenir en forme, quel programme personnel doit-il être mis en place… Six mois sans jouer, ça peut compromettre toute une carrière.
Peut-il s’entraîner avec le squad du RCT ?
Non. Et puis, il y a quelque chose qui n’a pas été fait, c’est la prise de parole auprès du groupe. J’ai exigé que Melvyn Jaminet parle à ses camarades et s’explique. Certains d’entre-eux ont été interloqués, après avoir vu la vidéo. […] Quelques-uns de nos joueurs sont aussi d’origine maghrébine, comme les frères Rebbadj ou Mathieu Smaïli. D’une façon générale, d’autres gens ont été interpellés, pour ne pas dire choqués. Melvyn Jaminet n’est pas quelqu’un qui s’exprime facilement mais il va devoir faire des efforts. Il sera également suivi par une cellule psychologique.
Selon le communiqué de presse, le contrat du joueur a été « substantiellement modifié ». Que cela signifie-t-il ?
D’une part, le contrat est réaménagé du fait de l’absence du joueur. D’autre part, Melvyn Jaminet a par son acte mis le club dans une situation difficile. Sa faute remettait même en cause l’intégralité de son contrat. Il a donc accepté ce réaménagement pour éviter une sanction plus lourde, celle de quitter le club.
Par « réaménager » le contrat, doit-on entendre le « baisser » ?
C’est vous qui le dites. Par définition, c’est confidentiel. […] On a décidé de ne pas prendre de joueur supplémentaire parce que nous avons quelques cartes dans notre jeu : Marius Domon est très prometteur et Duncan Paia’aua a souvent occupé le poste avec l’équipe des Samoa.
Ces affaires extra-sportives vous lassent-elles ?
(il soupire) Je passe dix heures par jour au club. Six jours sur sept. Ça fait beaucoup, à 85 ans passés… Je dis souvent qu’il y a 95 % d’emmerdes et 5 % de plaisir. Mais ces 5 % sont tellement intenses que j’oublie le reste…
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