Depuis les coursives du Stade de France, David Courteix a répondu aux questions qui se posaient après la défaite aux allures de désillusion de ses Bleues en quart de finale des Jeux Olympiques, face au Canada (19-14) : le scénario, la tactique, les dispositions mentales et ses choix de coaching.
Vous nous l’aviez présenté comme un match piège. Ça s’est avéré être le cas, malheureusement pour vous…
Ça ressemblait à un match piège, ça l’a été. Qu’est-ce que je pourrais dire ? Qu’on tombe les armes à la main, que l’on a essayé de jouer notre rugby, je retiens les deux essais qui sont magnifiques. Pour le reste, le rugby est un sport tactique dans lequel l’adaptation l’emporte sur tout. Il y a une petite part de stratégie et, dans ce domaine-là, on prend deux essais sur mêlée sans quasiment les toucher. Est-ce qu’il faut mettre plus de pression, est-ce qu’il faut défendre un peu différemment ? On a plutôt bien défendu tout au long de l’année… Ce sont les deux seuls que l’on prend comme ça. Le Canada nous a bien pris. Pour moi, au-delà des deux essais derrière mêlée, ce qui m’a surpris, c’est la façon dont ils nous ont ennuyés au sol. D’habitude, on est très bonnes dans ce secteur. Ils nous ont ennuyés dans la capacité à récupérer le ballon. Et ils ont été capables de le tenir. Et nous l’avons perdu trop vite. Dire pourquoi ? Je n’ai pas vraiment d’explication. Il y avait peut-être un peu de fébrilité.
Est-ce que les têtes étaient trop tournées vers demain et la demi-finale tant attendue face à l’Australie ?
Ce n’est pas le sentiment que ça m’a donné. Pour avoir passé tout le temps avec elle, je n’ai pas ce sentiment. Je n’ai pas perçu de relâchement ni de tension particulière. Mais parfois, les matchs vous échappent, ça va trop vite… Le 7, tu écris un scénario au fur et à mesure. Chacun prend la plume à son compte de temps en temps. Là, très clairement, elles ont mis la main sur le stylo et on n’a pas été capables de le faire suffisamment.
La pression qui vous rattrape en finale, d’ordinaire, a-t-elle sévi avant ?
Encore une fois, ce n’est pas mon sentiment. Dire que sur le match, il y a des images qui me donnent un sentiment de fébrilité, oui, et on les regardera. Mais après, non, je ne mets pas tout sur le compte de la pression. Il y a aussi en tout cas celle que le Canada nous a mise dans le jeu.
Une question que l’on se pose forcément : vous aviez fait le choix de faire débuter vos deux meilleures marqueuses de la saison, Anne-Cécile Ciofani et Séraphine Okemba, sur le banc. Qu’est-ce qui a motivé ce choix qui, vous comprendrez au regard des résultats, va alimenter le débat à l’heure de refaire le match ?
Je pense qu’il y aura des gens pour faire mon procès, ce n’est pas grave, j’y survivrai. On avait un plan orchestré depuis plusieurs mois. L’idée était d’affronter ces Jeux avec deux équipes en une. Autrement dit, d’être capables de faire tourner, d’utiliser des gens à des postes différents… Je ne vais pas vous la faire : vous savez que quand le plan marche, il est bon, quand il ne marche pas, c’est un con qui l’a élaboré. Je vais prendre le rôle du con avec un immense plaisir. Encore une fois, je n’ai pas de regrets là-dessus. Et puis, sous peine de vous heurter un peu, je ne lis pas dans le marc de café, je ne peux pas être certain qu’en attaquant avec Anne-Cé et Séra, on aurait gagné le match. L’idée était d’inverser le match si besoin avec des atouts sur le banc. La dernière action, je la trouve un peu à l’image du match. On entreprend mais on ne passe pas assez dans le dos alors qu’il y a l’occasion de le faire. Et on s’y perd un peu, par excès de générosité. Ça faisait partie des dangers des choix qu’on avait faits…
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