XV de France – « Quand on m’a retrouvé en décembre, je ne faisais plus que 50 kilos » : rencontre avec Roberto Canessa, l’un des héros des Survivants de 1972

En marge de sa remise des maillots à l’équipe de France Développement, Midi Olympique a eu la chance de rencontrer Roberto Canessa, l’un des héros des Survivants de 1972, dont l’épopée a été récemment remise en lumière par le magnifique film Le Cercle des Neiges. Toujours passionné de rugby (« mes deux enfants ont fait partie de l’équipe nationale et mon petit-fils qui a 10 ans joue à son tour, l’héritage est assuré ! »), le héros devenu cardiologue s’est raconté. Et c’était bien…

C’est mardi soir, aux alentours de 19 heures, que Roberto Canessa a pénétré en toute discrétion, dans le hall de l’hôtel Cottage Miraflores où logeaient les Bleus pendant leur escapade à Montevideo. Accueilli par le préparateur physique Nicolas Jeanjean, le légendaire survivant du crash du 13 octobre 1972 (dont l’histoire est récemment (re) devenue mondialement célèbre après la diffusion par Netflix du Cercle des Neiges) avait été convié par le sélectionneur Fabien Galthié (par l’intermédiaire de Gustavo Zerbino, un autre Survivant qui fut le président de la Fédération uruguayenne de 2007 à 2011) pour la remise des maillots aux joueurs. Un cérémonial d’autant plus symbolique qu’en l’époque troublée que traverse le XV de France, la notion de résilience prend tout son sens… Une prise de parole particulièrement goûtée par les Bleus, durant laquelle Canessa échangea tout autant sur l’importance que revêtait ce match pour son pays (« ce match est un cadeau pour nous, Uruguayens, c’est une fierté pour nous de vous affronter sur notre sol et il faut que vous en ayez conscience », leur dit-il) que sur son expérience personnelle. Une histoire sur laquelle il était déjà revenu quelques heures plus tôt dans son cabinet de l’hôpital italien de Montevideo, où il reçoit toujours ses patients en cardiologie pédiatrique, à 71 ans vertement portés. Au long d’un entretien qui vit sa voix douce osciller en permanence de l’Anglais au Français puis de l’Espagnol à l’Italien, sans jamais perdre le fil de ses pensées…

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Roberto Canessa, l’un des héros des Survivants de 1972, dont l’épopée a été récemment remise en lumière par le magnifique film Le Cercle des Neiges

« Trois mois après, j’ai rejoué et nous avons été champions »

Car pour tout dire, au-delà de l’histoire mondialement connue de ce crash à 3 600 mètres d’altitude et de lutte pour la survie pendant plus de deux mois dans des conditions dantesques, au-delà de l’épineux sujet théologique du cannibalisme, c’est bien une tout autre question qui nous brûlait les lèvres depuis longtemps au sujet de Roberto Canessa. Celui-ci avait-il, après sa légendaire traversée des Andes en crampons de rugby, réussi à les rechausser pour rejouer ? « Eh bien oui, nous confia-t-il sans hésitation. J’ai continué à jouer, même si ça n’a pas été facile car j’avais perdu plus de trente kilos ! Avant l’accident, je pesais 82 kg et quand on m’a retrouvé en décembre, je n’en faisais plus que 50. À partir de ce moment, j’ai repris un kilo par jour. D’abord en gras, puis en muscles. Et au mois de mars suivant, enfin j’ai rejoué… Cela a été évidemment très dur de retrouver le niveau que nous avions, mais à la fin de la saison, nous avons malgré tout remporté le championnat uruguayen ! Je me souviens, sur le bord de la touche, du père d’Arturo Nogueira (décédé 34 jours après le crash des suites de ses blessures, N.D.L.R.) qui était venu me congratuler chaudement et me dire : « Mon fils n’est pas là, mais toi tu es ici. » Cela m’avait terriblement ému. »

Comme une preuve que le rugby est loin d’être un détail anodin, dans la quête des Survivants. Et pas forcément pour les raisons que l’on croit… « Être une équipe de rugby nous a-t-il permis de survivre ? C’est un gros sujet, ça. Carlitos Paez disait que les avants étaient les plus forts, mais il n’a pas réussi à marcher à plus de 2000 mètres de l’avion (sourire). Quand nous sommes partis à l’assaut des montagnes, nous étions une petite équipe : Carlitos qui était pilier, Nando Parrado qui était deuxième ligne et moi qui jouais ailier. Physiquement, je ne suis pas sûr que cela ait joué. C’est surtout que Nando et moi étions en forme. On ne fumait pas, on ne buvait pas trop, et ça nous a forcément aidés d’être des rugbymen. Mais moins pendant qu’après, pour tout vous dire… »

Roberto Canessa, l’un des survivants du crash de 1972, a pu raconter son histoire poignante au XV de France.

« Faire partie d’un club a été crucial dans notre reconstruction »

Parce qu’au-delà d’avoir servi de socle collectif pour cette microsociété, le rugby fut aux dires de Roberto Canessa surtout déterminant dans la reconstruction des hommes, après le drame. « Pour les familles de nos amis décédés, je pense que notre soutien a été très important, tout comme le fait de nous sentir soutenus en retour par elles, expliquait-il. On a souvent dit que le fait d’avoir été une équipe soudée nous a aidés à tenir là-haut, peut-être à transgresser certains tabous. Je crois sincèrement tout autant que le fait d’avoir fait partie d’une entité aussi puissante qu’un club de rugby a été crucial dans le fait de revenir progressivement à la vie quotidienne. Jamais nous n’avons été seuls, et nous ne le sommes toujours pas aujourd’hui. »

Une formidable leçon pour les Bleus d’aujourd’hui, à l’évidence, qui ont fait de la volonté de résilience leur moteur pour traverser la sombre période du moment. « Je ne sais pas exactement ce qui s’est passé à Mendoza, disait à ce sujet Canessa. Les lois sont claires à ce sujet de nos jours, mais je ne peux sincèrement pas croire que des joueurs professionnels puissent faire quelque chose comme ça lors d’une tournée. Nos cas ne sont évidemment pas vraiment comparables, sauf sur un point : il s’agit de supporter une crise, ensemble, et cela passe par la volonté de chacun. Moi, je me suis battu pour revenir à la vie. Je voulais revoir le printemps, les fleurs dans mon jardin, et rejouer au rugby et reprendre mes études de médecine. J’ai gravi ces montagnes pour survivre, pas pour devenir célèbre. On ne vous donne pas de diplôme de médecine uniquement parce que vous êtes un survivant, et c’est heureux. Il faut le mériter. »

« Papy, je veux grimper sur les montagnes et jouer au rugby comme toi et tes copains »

Et lutter au quotidien pour ça, tout en ne laissant jamais le passé contaminer le quotidien. « C’est vrai qu’on me parle tous les jours ou presque de cet accident, mais je m’en fiche qu’on me remémore ces moments-là, au contraire, assure Canessa. Certains pourraient trouver ça pesant, mais ce que je retiens, c’est que 99 % des gens le font pour donner de l’amour, de l’amitié. C’est d’autant plus vrai depuis ce film sur Netflix qui nous a fait revenir sur le devant de la scène puisqu’il a été vu 250 millions de fois au niveau mondial. En voyant le film, mon petit-fils de 7 ans m’a dit : « Papy, je veux grimper les montagnes et jouer au rugby comme toi et tes copains ». C’était la plus belle chose qu’il pouvait me dire. » Et pour tout dire, la meilleure fin que l’on pouvait imaginer…

PLUS INFO  Top 14 - Ronan O’Gara (La Rochelle) enrage : "Je ne veux pas qu’on soit arbitré comme une petite équipe"

https://www.rugbyrama.fr/2024/07/13/xv-de-france-quand-on-ma-retrouve-en-decembre-je-ne-faisais-plus-que-50-kilos-rencontre-avec-roberto-canessa-lun-des-heros-des-survivants-de-1972-12079084.php

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