Pour Flavie Estel, qui cultive plantes aromatiques et médicinales : « La solidarité et l’entraide sont porteuses »

Malgré des doutes quotidiens, la jeune exploitante, spécialisée dans les plantes à parfum, aromatiques et médicinales, veut vivre de son métier qu’elle aime profondément.

« Il faut être un peu fou pour se lancer, c’est sûr. C’est un métier passion qui a du sens, vraiment. Mais qui peut vite vous faire passer du rêve au cauchemar… » Sous le soleil écrasant de la mi-journée, au creux des collines d’Autignac, Flavie Estel inspecte ses 4 hectares de guayules (plante du Mexique dont on peut extraire du latex hypoallergénique) et d’hélichryses italiennes (immortelle d’Italie) – la saison des iris à parfum étant terminée.

Les difficultés pour s’installer et pour pérenniser une exploitation agricole, cette maman de deux jeunes enfants les connaît par cœur. Âgée de 31 ans, en exercice depuis cinq ans, elle a d’ailleurs lancé une cagnotte sur Miimosa, au printemps pour, notamment, sécuriser sa ressource en eau et lancer un projet de balades en calèche avec Tempête, son cheval de trait comtois.

Des terres morcelées

Spécialisée dans les plantes à parfum, aromatiques et médicinales (PPAM) et dans le maraîchage – les deux activités en agriculture biologique –, elle navigue entre Fraisse-sur-Agout, où elle s’est installée, et Autignac. « Il y a deux voies quand on s’installe : soit, on a un très gros apport financier, soit on s’endette à mort pour acquérir du foncier ». Ou alors on fait marcher, comme elle, le système D en combinant un apport marginal et en acceptant d’avoir des terres morcelées, le plus souvent louées.

PLUS INFO  Incendie près de Narbonne : attention les autoroutes A9 et A61 sont fermées à la circulation

Diversité des plantations

Mais la Salvatjona (la Sauvageonne en occitan, le nom de son exploitation) préfère jouer la carte de l’optimisme. « L’avantage, c’est d’avoir une grande diversité dans les plantations. Je ne cultive pas les mêmes, en raison des pédoclimats (conditions de température, d’humidité et d’aération du sol, NDLR) très différents entre les deux sites. Difficile de faire pousser du thym ou du romarin à Fraisse, où l’on est quasiment en zone montagne ».

Son amour pour la terre, elle le cultive depuis l’enfance, quand elle accompagnait son père sur la parcelle de vigne qu’il cultivait durant ses loisirs – ses parents sont kinésithérapeutes. « Mais je n’ai pas choisi la viticulture, qui est une profession tellement difficile aujourd’hui. Sans doute que le métier de mes parents m’a donné envie de fabriquer des produits qui soignent ».

Grands plaisirs et coups durs

Saisonnière pendant quelques années, la jeune femme a suivi nombre de formations et de stages, notamment au CFPPA de Nyons, spécialisé dans les PPAM, pour accumuler connaissances et expériences. « J’ai aussi été salariée pendant un an et demi dans un centre d’insertion en tant qu’ouvrière maraîchère. En tout, ça m’a pris dix ans », sourit-elle.

Ses premières années à son compte sont faites de grands plaisirs mais aussi d’écueils et de coups durs. Elle perd ainsi son siège d’exploitation dont elle était seulement locataire et décide de se réinventer à Fraisse. Sa 2e grossesse se révèle très difficile et elle doit stopper son activité de maraîchage. « Et quand j’ai voulu la relancer, je me suis retrouvée mise en demeure bancaire… »

Solidarité et entraide

Le Covid, la guerre en Ukraine et le pouvoir d’achat en berne ne sont pas pour éclaircir l’horizon. Heureusement, la jeune femme peut compter sur une famille en or, qui la soutient de façon indéfectible. Elle bénéficie aussi de l’appui précieux de l’association Solidarité paysans (lire ci-dessous).

PLUS INFO  Bloqués dans le parking d’Ikéa, 250 emplois à la clé dans le Biterrois, 4 000 km solidaires en Twingo : l’essentiel de l’actualité en région

« Et j’ai la chance d’avoir intégré la coopérative Bio Orb PPAM, à Mons-la-Trivalle, qui distille mes plantes et fleurs et qui cherchait des jeunes. J’y ai découvert une ambition et une bienveillance collectives. La solidarité et l’entraide sont porteuses ».

Tempête, la jument de trait de Flavie, est d’un grand réconfort. La Salvatjona

De quoi lui donner l’envie, malgré les doutes quotidiens, de poursuivre son projet de balades en calèche avec des chevaux de trait autour du lac de Vézoles. « Ça pourrait être un complément de revenus appréciable car la saison est courte à Fraisse. Même si je n’ai pas atteint mes objectifs avec la cagnotte, j’ai reçu des lettres qui m’ont émue aux larmes. Ça m’a donné de la force ».

Même si la cagnotte est close, on peut faire un don sur : https://miimosa.com/fr/projects/plantes-medicinales-maraichage-bio-chevaux-de-trait

Foncier et statut juridique

L’accès au foncier pour les jeunes agriculteurs qui s’installent et n’ont pas reçu la terre en héritage se révèle souvent un parcours du combattant. « Ça peut être un frein considérable ou une source d’endettement problématique. Le prix des terres augmente lui aussi et, selon les zones, il devient quasiment impossible d’y avoir accès ».

L’autre difficulté est de choisir les statuts juridiques, fiscaux et sociaux qui conviennent le mieux à sa situation. « Exploitant à titre principal ou secondaire, en nom propre ou en société, cotisant solidaire – selon le département, cela dépend de la surface exploitée et de l’attribution des cultures –, avec des calculs alambiqués et des coefficients de pondération. Maintenant, il y a aussi le temps de transformation et de commercialisation pour définir le statut, régime du micro bénéfice agricole ou au réel… Bref, c’est un vrai casse-tête. On s’éloigne donc du vrai monde paysan, qui dépend du vivant et n’a que faire de nos prévisionnels sur Excel », conclut Flavie Estel.

PLUS INFO  Sécurité, rodéos urbains à Béziers : un conseil municipal sous haute température…

Lutter contre l’isolement

« Il n’y a pas un jour où on ne se pose pas la question d’arrêter… » Confrontés aux aléas climatiques, aux difficultés financières, aux relations parfois difficiles avec les banques ou la MSA, nombre de paysans ou vignerons se sentent démunis et esseulés. « La réalité est très dure, il n’y a qu’à voir le taux de suicide dans le monde agricole. On peut très vite crouler sous les dettes et recevoir toutes les semaines des lettres de mise en demeure. Ça joue sur la vie de couple, la vie de la famille, la santé mentale. Et c’est difficile d’en parler, même à des collègues ».

Pour surmonter ses difficultés (lire ci-dessous), avec des rentrées d’argent en berne et des dettes exponentielles, Flavie Estel s’est tournée vers l’association Solidarité paysans, qui regroupe des bénévoles, souvent des agriculteurs, qui l’a « soutenue psychologiquement et moralement ».

« Le travail se fait à partir d’entretiens. L’écoute est un premier pas pour que la personne se sente mieux, indique l’antenne gardoise de l’association. On évalue l’urgence, la souffrance psychosociale (manque de sommeil, épuisement…) et on met en place une aide. On ne fait rien à la place de la personne mais on l’accompagne, que ce soit à la MSA, à la banque ou au tribunal ».

À l’échelle régionale, les appels à l’aide sont en hausse et, comme dans d’autres secteurs d’activité, le Covid s’est révélé un « moment charnière », qui a généré beaucoup d’angoisse. « Il y a plus de décompensations, de pétages de plombs ».

https://www.midilibre.fr/2024/07/06/pour-flavie-estel-qui-cultive-plantes-aromatiques-et-medicinales-la-solidarite-et-lentraide-sont-porteuses-12062708.php

.

S'inscrire

spot_imgspot_img

A découvrir aussi
Toute l'info à Béziers

Coup de poing et crachat : l’ancien ministre Jean-Michel Baylet porte plainte pour agression

L'ancien ministre et patron de La Dépêche du Midi affirme avoir été bousculé, frappé et avoir été victime d'un crachat, samedi 8 août 2026 en début de soirée, dans sa commune de Valence d'Agen (Tarn-et-Garonne). Son agresseur présumé a été placé en garde à vue.

Un jeune homme de 16 ans tué lors d’une rixe à Montpellier, il a reçu deux coups de couteau au thorax

Un adolescent de 16 ans a été tué lors d'une bagarre dans la nuit de dimanche à lundi à Montpellier, près du parc Georges-Charpak, dans le quartier Port-Marianne. Les faits ont eu lieu vers 23h. Un suspect est en garde à vue ce lundi matin, indique le parquet de Montpellier.

Top 14 – « Autre philosophie, autre façon de travailler » : Castres veut apprendre de ses erreurs

Saga Castres (1/5). Au sortir d’une saison 2025-2026 qui n’a pas accouché des résultats espérés, le Castres olympique entend bien repartir de l’avant. Au menu cette année, pas de grands bouleversements mais quelques...

SABINE.V EXPOSE À L’HÔTEL DES BARONS LACOSTE

PEZENAS (Hérault)
du vendredi 4 septembre 2026 au mardi 29 septembre 2026
Du 4 au 29 septembre 2026, Sabine Vandermouten expose ses œuvres à l’Hôtel des Barons de Lacoste à Pézenas