Qualifiée en finale du Top 14 pour la première fois de son histoire, l’UBB a une nouvelle fois passé un cap cette saison. Marc Delpoux et Vincent Etcheto, qui ont permis au club de monter dans l’élite, il y a treize ans, donnent leur avis sur cette nouvelle ère.
Que pensez-vous du fait que l’UBB soit qualifiée en finale, pour la première fois de son histoire ?
Marc Delpoux : C’est la suite logique de leur saison. Ils étaient bloqués sur la demi-finale depuis quelques années. En termes de jeu et de régularité, j’ai trouvé normal que l’UBB soit en finale cette année.
Vincent Etcheto : Quand Joris Segonds a touché le poteau, j’ai tout de suite pensé à Laurent Marti. Je me suis dit « ça y est, il y est arrivé ». Ça faisait un petit moment qu’il en rêvait après avoir repris le club en 2007. Alors, il n’est pas encore champion, ce qui est son rêve ultime mais ça a été long, avec trois demi-finales… Ça fait un moment qu’ils frôlaient cette finale, qu’ils manquaient d’expérience. Cette saison, ils possèdent la génération qu’il faut avec derrière des joueurs qui leur font gagner des matchs. Cette qualification est logique.
À Marseille, l’Union Bordeaux-Bègles jouera pour marquer sa jeune histoire quand le Stade toulousain disputera cette finale pour acter un deuxième doublé en trois ans. Voici la présentation de cette finale inédite !https://t.co/sU9vkAWRKp
— RUGBYRAMA (@RugbyramaFR) June 28, 2024
Vous étiez dans le staff quand le club est monté en Top 14. Est-ce que voir le club à ce niveau vous touche personnellement ?
MD : Oui mais ça, c’est de l’histoire ancienne. Plus personne ne s’en rappelle ! Même les joueurs ne savent pas qui était là quand on a fait monter le club. Il reste Heini Adams que je revois avec plaisir, qui est dans le staff. C’est certain que ça fait toujours quelque chose de se dire que nous avons été là lors de la création. Quand je suis arrivé, l’UBB était 15e de Pro D2. Ça veut dire que nous avons participé à une histoire et que l’histoire est aujourd’hui en train de s’embellir. J’ai envoyé un petit texto au président il y a quelques temps en lui disant que je sentais que l’aventure de cette année allait devenir une belle aventure. Nous avons fait certaines fondations mais il manquait les étages principaux. Désormais, nous en sommes presque en haut de la flèche.
VE : Oui, mais nous ne sommes que de passage dans les clubs. C’est la même chose pour moi qui suis Bayonnais et qui n’a été que de passage à l’Aviron. Je sais que quand je vais à Bordeaux, les gens sont reconnaissants. J’y ai passé de très belles années en tant que joueur, en tant qu’étudiant puis en tant qu’entraîneur. J’ai passé quinze ans de ma vie à Bordeaux, Bègles a été ma jeunesse avec Musard qui est devenu Moga… C’est un club qui compte, je suis d’ailleurs monté pour les demi-finales, en étant déçu qu’elles se jouent au Matmut-Atlantique. Même si c’est un superbe stade, ça n’a pas l’âme que nous avons su créer à Chaban-Delmas. Laurent Marti a longtemps cherché la formule magique pour y arriver et là, Yannick Bru est arrivé avec une belle génération de joueurs. C’est l’année ou jamais.
Le fait que Heini Adams soit encore dans le staff est-il important pour que la nouvelle génération connaisse l’histoire du club ?
MD : Pour être allé il y a deux ans au siège de l’UBB à Moga : il y a tout pour se rappeler la belle histoire. Le président est très attentif à ce que l’histoire soit proche. Il y a des photos des joueurs qui ont porté le maillot très longtemps. Il ne faut pas oublier aussi que Bordeaux-Bègles est la fusion de deux clubs historiques (Bègles et le Stade bordelais). Mais il ne faut pas s’appuyer sur cela. Tous les clubs historiques qui ont voulu se servir de leur passé ont périclité.
VE : Heini est important, il est le relais dans cette équipe-là. Je ne le reconnais pas parce que désormais il ne ressemble plus trop à Heini Adams (rires) ! Les mecs comme lui sont un peu les murs. Nous avons l’impression qu’ils appartiennent au club ou que le club leur appartient.
Si vous deviez présenter le club, que diriez-vous ?
MD : Quand j’y étais, il n’y avait pas le centre d’entraînement d’aujourd’hui, nous étions trois dans les bureaux. Comme tout bon club professionnel, rien n’est plus comparable. J’ai eu le privilège de visiter les infrastructures du club récemment. Si je devais présenter le club, je dirais que le travail est bien fait et que le club récolte les fruits de son travail.
VE : C’est un club particulier. Bordeaux est une ville agréable, où nous sortions boire des coups ensemble et où on ne te met pas la pression. Ce n’est pas Bayonne ou Perpignan, où tu as des supporters dessus tout le temps. Tu peux sortir à Bordeaux sans qu’on ne t’embête.
Quel joueur représente le mieux l’ADN de l’UBB ?
MD : Je pense qu’un garçon comme Maxime Lucu a quand même cette « grinta » qui nous avait permis de nous sauver au tout début de l’aventure en Top 14. Ce n’est pas le seul qui a cet état d’esprit mais il est le leader dont avait besoin l’UBB.
VE : Il y en a encore quelques-uns qui ont connu la transition. J’ai envie de dire « Bigoudi » (Clement Maynadier), Jeff Poirot, Yann Lesgourgues qui sont encore là. Il y a encore Jandre Marais qui est au club depuis dix ans… Les Dubié et Ducuing ont fait le relais avec la nouvelle génération. Ensuite, il y a Matthieu Jalibert qui est plus professionnel, mais je trouve que c’est un mec bonnard. Au-delà de tout ça, pour moi l’UBB, c’est Blair Connor. Il y avait Matthew Clarkin, capitaine rassembleur, qui était à l’image de notre paquet d’avants : pas un monstre physique mais intelligent et généreux. Il y avait ensuite du talent et de la folie derrière. Nous pouvons aussi rajouter une grosse pincée d’Ole Avei et de Metuisela Talebula.
Désormais, le centre de formation est un élément central de la structure…
MD : L’UBB a toujours bien travaillé sur le centre de formation avec Michel Maillet à sa tête. À une époque où le règlement était différent, nous nous sommes quand même appuyés, c’est vrai, sur beaucoup d’étrangers pour faire monter le club. Les Heini Adams, Blair Connor, Matthew Clarkin… Nous avions des étrangers de grande qualité qui nous ont permis de franchir un premier palier. Depuis, la règle des Jiff s’est mise en place et les joueurs issus du centre de formation performent en équipe une.
Côtoyez-vous encore d’anciens membres de votre épopée ?
MD : Des anciens joueurs. Laurent Armand (ancien entraîneur des avants, NDLR) très souvent, notamment après son problème de santé (il avait été victime d’un AVC avant d’être plongé dans un coma artificiel pendant 20 jours en 2012, NDLR). Après, l’histoire a fait que je suis revenu à Narbonne et que je ne vais pas aux matchs. Je suis tout de même passionnément ce qu’il se passe.
VE : Oui, beaucoup. Avec Blair Connor, Félix Le Bourhis, Julien Rey, Pierre Bernard, le petit Yann Lesgourgues, Julien Seron… Nous sommes heureux de nous voir avec Matthew Clarkin, j’ai eu Ole Avei à Soyaux-Angoulême. J’ai quand même beaucoup d’atomes crochus. À l’époque, le mardi soir, nous avions soirée trois-quarts ou soirée avants, nous nous retrouvions, nous buvions un coup… Nous finissions tard dans les pubs. Nous avions créé un truc super sympa et nous jouions plutôt pas mal au rugby. Surtout, nous avons rempli le stade. Les gens te disent qu’avec Urios, c’était moins rigolo au niveau du jeu, du spectacle, même s’il y avait les résultats derrière. Nous, on nous prenait pour des gentils branleurs mais il y avait de l’émotion à chaque fois. Même si nous ne gagnions pas toujours, il y avait du panache. On nous dit qu’on a rien gagné mais bon il y a des équipes qui gagnent et qui ne se parlent plus l’année d’après…Je pourrais comparer cette aventure bordelaise avec celle à Montpellier cette saison, toute raison gardée. J’étais d’aileurs avec Ben Lam au MHR, avec qui je me suis très bien entendu. Ben, il ne parle que de Bordeaux ! Son expérience, c’est l’UBB et il savait que je faisais partie du club.
Cette finale face à Toulouse est-elle le match le plus important de l’histoire de l’UBB ?
MD : On ne peut pas comparer ce match avec celui contre Albi, qui nous a permis de monter en Top 14. Je crois que si nous n’étions pas montés cette année-là, nous serions montés l’année d’après. Nous avions l’équipe pour et tous les garçons qui ont participé à la montée étaient reconduits l’année d’après. Monter n’était même pas prévu la première année ! Ce vendredi, le club jouera donc son match le plus important de son histoire. L’UBB place une ville comme Bordeaux là où elle doit être. Il ne faut pas que cette finale soit un aboutissement. Une finale, il faut la gagner et que les joueurs écrivent une histoire qui serait le début d’une hégémonie. J’espère qu’ils n’ont pas fait la finale contre le Stade français.
VE : Il est important. Il y a eu la tortue en 1991, avec l’avènement d’André Moga, il y aura désormais l’ère Marti. D’après moi, il y en aura d’autres vu la façon dont le club est structuré. Peut-être que ce sera celle-là, même si l’UBB ne part pas favorite. Le club est déjà dans la pérennité.
Un petit prono ?
MD : On connaît la montagne qui se dresse devant l’UBB. Toulouse est archi favori mais une finale est un match à part.
VE : Bien sûr, je serai supporter de l’UBB mais pour avoir pratiqué les deux équipes cette année, Toulouse est favori. Mais justement, nous avons toujours été bons quand nous étions outsiders. J’espère qu’il y aura de la folie parce qu’il faut attaquer les attaquants et la meilleure façon de battre les Toulousains, c’est de les jouer à fond et de leur faire perdre leurs repères. Si on les laisse dérouler, c’est compliqué.
Serez-vous à Marseille ?
MD : Non. Je travaille sur Narbonne et j’ai rarement vu une finale physiquement.
VE : Je ne serai pas au stade car pour moi une finale, c’est à Paris et pas à Marseille. J’ai vu assez de rugby cette année donc je vais le regarder tranquillement devant la télé avec une bonne bouteille d’UBB Grand Cru.
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